SCENE VIII
Les mêmes, JÉROME, puis BRINDAMOUR.
Jérôme. Le voici! le voici!
rigobert, à madame Bertrand, qui veut s’élancer, et la retenant par la main. Silence ! vous pouvez encore vous abuser!
madame Bertrand. Nod, non, j’en suis sûre... mais... mais...
rigobert, voyant son embarras. Mais... je vous gène... je vous empêche d’être toutàlui... il fallait donc le dire... je vous laisse.
madame Bertrand, à voix basse, et lui serrant la main. Merci !
rigobert, s’en allant. Et de la prudence ! (Il sort par le fond à gauche après avoir jeté un coup d'œil du côté par où arrive Brindamour.)
TRIO
Jérôme, qui, pendant ce temps, regarde à droite, se rapproche de madame Bertrand, au moment où Rigobert s'éloigne.
C’est trois cents francs, hélas! qu’il nous coûte!
MADAME BERTRAND
C’est bon !
JÉRÔME
Et, de plus, il veut voir celle qui le délivre.
Pauvre garçon! Pourquoi tarde-t-il donc!..
Jérôme.
Il avait grand’peine à me suivre...
Attendu que, dans sa prison.
Pour se désennuyer, il buvait en luron...
MADAME BERTRAND
C’est faux!..
JÉRÔME
A preuve qu’il est ivre!
Voyez plutôt...
MADAME BERTRAND
C’est lui...
( Elle va pour se jeter dans ses bras et s'arrête, en voyant qu'il se soutient à peine.) brindamour, ivre et entrant par la droite.
Vive le vin du Rhin!
Plus vif et plus malin.
Que le Suresne même !
Guilleret et piquant.
LA CHARBONNIÈRE
C’est en fait d’Allemand,
Le seul luron que j’aime 1
ENSEMBLE
MADAME BERTRAND
Quoi! c’est lui! Le voilà!
Voilà le fils que j’aime!
Ah! je ne sais moi-même Ce que j’éprouve là!
BRINDAMODR.
Vive le vin du Rhin ! etc , etc.
Jérôme, examinant madame Bertrand.
Devant ce luron-là.
D’où vient ce trouble extrême!
Je n’entends rien moi-même Au trouble où la voilà!
madame Bertrand, voulant l’interroger.
Il va nous expliquer...
brindamour, se soutenant à peine.
Oui, j’aime qu’on s’explique!
madame Bertrand, de même.
Savez-vous!..
brindamour.
Oui, je sais que le vin germanique Vous altère sensiblement!
J’ai soif!..
JÉRÔME
Le malheureux!
brindamour, allant à la table à gauche et frappant dessus.
A boire sur-le-champ!
Pour me désaltérer!..
flatmann, paraissant.
Terteiff... toutes nos caves...
Y passeront!
brindamour.
Versez...
FLATMANN.
Non!..
brindamour, avec colère.
Non!..
(. Apercevant quelques soldats de son régiment qui sortent du cabaret.)
A moi, mes braves.
(Montrant Flatmann .)
11 veut, par un complot,
(Chancelant d’un air aviné.) Dont on voit les effets,
Faire mourir de soif tous les soldats français!
brindamour.
Loin que j’endure Pareille injure.
Ici, je jure Son châtiment!
C’est une offense Faite à la France,
J’en veux vengeance Et vivement !
madame Bertrand, à part.
O voix si pure De la nature !
Douce imposture.
Rêves charmants!
Ah ! sa présence Change en souffrance Douce espérance,
Qu’hélas! j’attends!