‹ Å’uvres illustréesChapitre 68 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les précédents; deux Domestiques, apportant du thé sur un guéridon qu’ils placent près de la marquise.

la marquise. Ali! c’est bien. C’est mon déjeuner. ( Aux domestiques.) Retirez-vous... (A Galifard.) Vous permettez, monsieur Galifard?

galifard. Comment done, Madame!..

la marquise. Oserais-je vous offrir une tasse.de thé? galifard. Certainement, Madame. Aux termes où nous en sommes... c’est un honneur que tout autre que moi serait peut-être bien téméraire d’ambitionner. Mais, comme je vous le disais hier, je ne crains rien; j'ai confiance, j’accepte.

la marquise, d'un air aimable. Et vous avez raison. Prenez un siège; mettez-vous là, et parlons d’affaires., galifard, s’asseyant. Parlons-eu de bonne amitié.

DUO

(M. Auber.) ensemble.

Douce amitié! par ta puissance Tout ici-bas est oublié.

Et qu’entre nous régnent d’avance La confiance et l’amitié.

GALIFARD.

Ainsi donc et pour lTtalie

Tous deux nous partons dés demain.

la marquise, faisant le (hé.

Nous partirons pour l’Italie,

Puisque tel est votre dessein.

galifard, la regardant.

C’est là que d’une tendre amie L’amour me destine la main.

la marquise, préparant toujours le thé .

Ah! c’est là qu’une tendre amie Doit au vôtre unir son destin.

galifard.

Destin glorieux qui m’honore !

la marquise, souriant.

Ah! nous n'y sommes pas encore.

(Versant du thé, d’abord dans sa tasse, puis ensuite dans celle de Galifard.)

Déjeunons, mon futur époux.

GALIFARD.

C’est juste.

(La marquise met du sucre dans sa tasse et boit. Pendant ce temps, Galifard, qui a pris son portefeuille, en ouvre le ressort, prend le papier rouge, et jette dans sa tasse une pincée de la poudre qui s’y trouve renfermée.)

la marquise, le regardant faire.

Eh! mais, que faites- vous?

galifard, froidement, et d’un air détaché.

Rien : c’est mon régime ordinaire!

Une espèce de vulnéraire Qui rend le thé très -stomacal,

(Souriant, i

Et l’empêche de faire mal.

la marquise, souriant.

Une. semblable inquiétude Entre amis! * galifard, souriant aussi.

C’est égal,

On peut, sans le vouloir, se tromper... l’habitude .. la marquise, pendant qu’il boit.

Oh! je ne dis plus rien.

C’est bien.

galifard.

N’est-il pas vrai?

la marquise.

Très-bien, très-bien, très-bien.

ENSEMBLE

Douce amitié ! par ta puissance Tout ici-bas est oublié.

LA MARQUISE DE BRINVILLIERS

Et qu’entre nous régnent d’avance La confiance et l’amitié.

la marquise, avec gaieté.

Nous partons donc pour l’Italie !

Et nous partirons dès demain?

GAUFARD.

Ah! combien l’hymen qui nous liç Nous promet un heureux destin !

LA MARQUISE

Et quel bonheur sera le nôtre } GAUFARD.

Point de contrainte, de façons.

LA MARQUISE

Jamais de secrets l’un pour l’autre, galifard.

Quel bon ménage nous ferons !

ENSEMBLE

L’hymen qui nous rassemble N’aura que de beaux jours ; Buvons, buvons ensemble A l’hymen, aux amours.

galifard, à part.

Ah ! pour moi quelle ivresse !

J’ai su, par mon adresse.

Partager sa richesse Et l’engager à moi,

Ah! quel bonheur extrême!

Malgré celui qu’elle aime,

Je la force elle-même A me donner sa foi,

la marquise, à part.

Ah ! pour moi quelle ivresse !

Sa haine vengeresse D’une telle promesse A dégagé ma foi.

Oui, par ce stratagème.

C’est son adresse même Qui vient aujourd’hui même De le livrer à moi.

ENSEMBLE

L’hymen qui nous rassemble N’aura que de beaux jours; Buvons, buvons ensemble A l’hymen, aux amours.

une grande preuve. Un événement horrible est arrivé. la marquise, à part. Aurait-il appris déjà?,, saint-briçe. Hier soir à Versailles...

la marquise, à part. Il sait tout.

saint-brice. Concevez-vous un malheur pareil? le soir même de leurs noces, à peine les avions-nous quittés. la marquise. Eh bien! achevez.

saint-brice. Expiré sur-le-champ, comme frappé de la fouijre.

la marquise. O ciel! celle que vous aimiez tant! cette pauvre Hortense!..

saint-brice, vivement. Non, Madame, ce n’est pas elle. la marquise, stupéfaite. Et qui donc?

saint-brice, de même. Son mari! la marquise, atterrée. Ah! grand Dieu! mais ce n’est pas possible ; c’est épouvantable !

saint-brice. Lanouvelle n’en est que trop certaine; et vous sentez que l’honneur, la délicatesse, me forcent seuls à contraindre des sentiments que maintenant je serais maître de laisser éclater ; car enfin elle est libre, moi aussi; nous nous aimons tous deux, et rien ne peut nous empêcher plus tard d’être unis.

la marquise, à part. Tant de périls, tant de crimes, pour en arriver là !

saint-brice, continuant avec chaleur. Mais d’ici à ce qu’il me soit permis de réaliser un tel projet, jusqu’à ce que je puisse lui rendre publiquement mes soins et mes hommages, c’est près de vous que je lui ai conseillé de chercher un asile, près de vous qui seule nous avez témoigné de l’intérêt; et dans ce moment elle doit être ici, chez vous.

la marquise, troublée. Chez moi! je ne puis... craignez de me la confier.

saint-brice. Et pourquoi?

la marquise. Je ne sais, mais les convenances et votre présence chez moi...

saint-brice. Je m’éloignerai. Je sais qu’elle est là; daignez l’accueillir; convenez avec elle du temps, de l’époque où je pourrai me présenter devant elle, je me soumets à tout; et même aujourd’hui, avant mon départ, je ne lui ferai mes adipqx qu’au tant qu’elle et vous daignerez v consentir.

la marquise. C’est bien : laissez-nous.

saint-brice, lui baisant la main. Ah! que vous êtes bonne! (Il sort par le fond.)

Page 1