‹ Å’uvres illustréesChapitre 686 sur 1154 · RIGOBERT, MADAME BERTRAND, LE DUC DE CHAMPCARVILLE · texte numérisé non relu

RIGOBERT, MADAME BERTRAND, LE DUC DE CHAMPCARVILLE

le duc, à part. Ah! encore ici!.. (Haut.) Madame, ma fille qui, du reste, était certaine de mon approbation, a voulu, hier soir, vous garder au château... et mon désir serait de vous y retenir plus longtemps... mais dans la position où nous nous trouvons tous...

madame Bertrand. Vous me conseillez de m’éloigner?., et j’aurais prévenu votre avis, monsieur le duc, si M. Rigobert, avec qui je dois partir, n’avait eu un moment d’entretien à vous demander...

le duc, à part. Encore ce M. Rigobert!.. (Haut.) Depuis deux jours, Monsieur, vous me persécutez pour une audience...

rigobert. Qui parait vous coûter beaucoup... et c’est pour cela, monsieur le duc, que je vous ai fait crédit...

le duc. J’en suis fâché. Monsieur... mais je ne suis pas à vos ordres !.. je vous l’avais accordée hier ; pourquoi n’en avez- vous pas profité?

rigobert. Dans votre intérêt plus que dans le mien... on ne s’empresse jamais d’annoncer aux gens une mauvaise nouvelle... et celle que je vous apporte... le duc, avec impatience. Eh bien! Monsieur?.. rigobert. Remonte un peu haut... et demande deux lignes de préface... Rassurez-vous... jene les aime pas... et ne la ferai pas longue. M. le duc de Champcarville, votre frère ainé, est mort pendant l’émigration, et comme il n’avait aucun héritier direct, c’est à vous que sont revenus et ses biens et son titre. Les titres, je n’y ai aucun droit; les biens, c’est différent!.. Votre frère, qui était un intrépide et zélé royaliste, commandait un régiment dans l’armée de Condé... mais ce régiment, il fallait le payer... et M. le duc n’avait d’autres ressources que ses biens laissés en France, et qui, déjà confisqués, ne pouvaient lui être rendus qu’après la victoire!.. N’importe... un grand seigneur... un prince d’Allemagne, dont je suis l’intendant, ne s’effraya pas d’une hypothèque aussi incertaine , et prêta bravement àM. votre frère un million qui ne lui fut jamais rendu.

leduc. Qu’entends-je?

rigobert, montrant un papier et un bordereau. En voici l’acte, portant la date du mois de mars 1793... ainsi que tous les comptes...

le duc, avec fierté. Hein! un million!.. Qu’est-ce que c’est?

rigobert. Nous n’avons pas voulu, jusqu’à présent, vous importuner d’une réclamation parfaitement inutile; mais ayant appris qu’à la rentrée du roi, vos biens allaient vous

être rendus...

le duc, avec impatience. Assez! assez!

rigobert. Cependant?..

le duc, avec colère , arrachant le borderau des mains de Rigobert. Assez, Monsieur!., je pense qu’on m’accordera bien quelque délai...

rigobert. Des délais!., oh! sans doute... (Froidement ) Je reviendrai dans une demi-heure!

le duc, effrayé. Une demi-heure! (Se laissant tomber sur un fauteuil, près de la table à droite, il dit à part :) Maudit homme ! maudite nouvelle ! Si je sais comment m’en tirer!.. (Examinant le papier avec colère.) Mais je suis ruiné... ruiné sans ressources!

rigobert, s'approchant de madame Betrand et à voix basse. Êtes-vous contente?..

madame Bertrand, de même. Enchantée! ( Lui serrant la main à la dérobée.) Vous êtes quitte envers moi.

rigobert, à part, avec un regard expressif. Pas toutà-fait... mais... mais bientôt je l’espère!.. (Bas à madame Bertrand.) Maintenant que voulez-vous? et que faut-il encore ?

madame Bertrand, de même. Nous laisser!

rigobert. C’est dit!.. ( Ilsortpar la porte dufond.)

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