SCENE II
HENRIETTE, GERTRUDE, entrant gaiement par le fond.
gertrude. Eh bien! cousine, que faisons-nous donc, touto seule à rêver?..
HENftirrtE. Ah! les hommes! les hommes!
gertsude. Les maris surtout!.. Et dire qu’on ne peut pas les supprimer. Aussi, cousine, tu as voulu celte aunée, et malgré mes conseils, épouser Albert le gardechasse... qui u’avait rien. . ni toi non plus.
Henriette. Dame! je l'aimais. U était si gentil .. et si amoureux !
GERTRUDE, avec dépit. Eu vérité!
Henriette. Et tues parents qui s’opposaient à ce mariage.
gertrdde. Raison de plus pour le désirer.
Henriette. Les parents sont si maladroits! Et puis, pendant les piemiers temps j’ai été si heureuse ! Les privations, la peine... tout nous semblait bien... tout était plaisir... Nous étions toujours du même avis. gertrude. Et depuis quand cela a-t-il cessé?
Henriette. Depuis trois mois à peu près... Tiens, cousine, à l’époque où tu es venue demeurer avec nous! Albert, qui était si complaisant et si soumis... est devenu tout à coup contrariant... taquin... exigeant.
GEnTRUDE. C’est son caractère.
Henriette. Voulant toujours commander. gertrude. Ce qu’il ne fallait pas souffrir.
HENRIETTE. Ah ! bien oui !.. Aussi j’ai suivi tes conseils.. . gertrude. Moi qui suis veuve, je m’y connais. Il ne faut jamais céder.
Henriette. Surtout dans les commencements. gertrude. Et continuer de môme.
HENRIETTE. C’est ce que j’ai fait! Naturellement, et de naissance, ma mère m’a toujours dit que j’étais obstinée. gertrude. Et, en exerçant, ça s’est développé. Henriette. Aussi, depuis deux jours...
gertrude. Cela va mieux dans ton ménage...
HENRIETTE. Un mieux. . qui va plus mal... Nous ne nous parlons plus... Il sort dès le matin... il rentre tard... il est toute la journée dans la forêt... ou à boire avec les gardes-chasse ses amis.
gertrude. Ça te donne de la liberté.
Henriette. C’est vrai... mais celte liberté-là... je n’en sais que faire. Et puis, voilà une quinzaineque nous avons deux chambres séparées... l’une à droite, l’autre à gauche, toujours d’après tes avis!
gertrude. Une bonne idée, n’est-ce pas?
Henriette, soupirant. Oh ! mon Dieu, oui. gertrude. De cette manière-là, vous ne vous disputez que le jour! . témoin avant-bier.
Henriette. Pour cette robe de soie...
gertrude. Quelle horreur !
Henriette. N’est-ee pas?.. M’empêcher d’acheter une robe nouvelle pour la fête du pays...
gertrude. Il a même dit avee colère : « Je te le défends! »
Henriette. C’est la première fois!.. Aussi, je l’ai achetée ce malin.
gertrude. C’est bien!.. Empêcher une femme de se parer!
Henriette. C’est de la tyrannie... de l’arbitraire.
gertrude. C’est attenter à nos droits; et dès qu’on les laisse usurper...
Henriette, avec énergie. Jamais! j’y suis décidée... Mais il va être furieux !
gertrude. Qu’est-ce que ça te fait, puisque tu ne l’aimès plus.
Henriette. Mais si! je l’aime toujours... c’est plus fort que moi.
gertrude. Alors, si tu conviens de ça .. tu es perdue. .. Il n’y a plus rien à faire.
Henriette. Mais sois d»ne tranquille. . . je n’en conviendrai jamais. . Je suis trop fière!.. Plutôt mourir!
gertrude. A la bonne heure.
Henriette. Ce n’est pas à moi, c’est à loi de revenir. (On entend en dehors albert qui crie : )Henriette! Ma femme !
HENRIETTE, OI>«C /«»'«. Écoule dODC?.. c’cSl lui !
gertrude. Eh bien?
Henriette. Eh bien ! il m’appelle.
gertrude, avec ironie. Et avant qu’il n’ait parlé, tu cours lui demander pardon!.. Le moyen que tu ne sois pas toujours tyrannisée!
Henriette. C’est vrai! c’est vrai ! c’est à celui qui a tort à faire les premiers pas .. Je m'eu vais.
gertrude. Et il ira te chercher, sois-en sûre.
Henriette, vivement. Tu crois?.. Ah! que je suis heureuse de t’avoir.
gertrude Dame ! si on ne sc soutenait pas entre femmes... entre cousines! Le voici.
Henriette, s'élançant par la porte à gauche. Adieu!