GERTRUDE, ALBERT
albert, entrant en appelant. Henriette!.. Henriette!.. Ab ! c’est la cousine Gertrude. (A part, avec douleur.) Ah ! autrefois e’était ma femme qui venait au-devant de moi!. (Haut.) Comme c’est agréable!.. Sortez donc de grand matin pour les affaires de la maison .. et au retour, rien de prêt., pas même à déjeuner quand on meurt de faim... ( Apercevant Gertrude.) C’est vous, cousine?
gertrude. D’où venez-vous donc ainsi?
ALBERT De la ville, où j’ai fait des démarches. La place de forestier général est vacante, et je me mets sur les rangs.
gertrude. Une belle position!
Albert. Je crois bien .. huit cents écus! Je serai riche à jamais !
gertrude. Et de qui dépend cetle place.
ALBERT. De la ville de Brême .. Et le père Léonard, üe vieux recteur qui u*’a élevé, connaît le bourguemestie... Mais on ne nomme que sur la présentation du baron de Loyvembourg... C’est un droit, un privilège seigneurial attenant à ce flef... (Secouant la tête.) et le, baron de Lowembourg...
gertrude. Eh bien?
albert. D’abord... il n’est pas dans le pays... il voyage en France... .
gertrude. On l’attend d’un jour à 1 autre.
albert. Oui... mais fl serait ici... que je n aurais pas grand espoir. .
gertrude. Et pourquoi? .
ALBERT. Jè ne sais... mais, lors de mon mariage, je lui ai présenté ma femme ..il ne m’a pas trop bien reçu. Et, si ce n’était la comtesse sa mère qui nous protégé. . je crois qu’il m’ôterait la petite place qui seule nous fait
LA NUIT DE NOËL
vivre... et le logement que nous occupons ici, dans le vieux château.
GERTRUDE. Ça n’est pas possible.
Albert. Ça ne m’étonnerait pas... rien ne me réussit... ni au dehors... ni chez moi...
gertrude. Allons ! allons, vous voilà encore aigri... irrité contre votre femme.
Albert. J’ai peut-être tort... une indifférente... une ingrate!.. et si je ne vous avais pas, cousine, pour m’aider et me consoler... si vos conseils et votre amitié... Mais àussi comment soupçonner que cette femme, si douce et si bonne, deviendrait tout à coup d’un entêtement et d’une obstination que rien ne peut vaincre. Si je veux blanc, elle veut noir... c’est un esprit de contradiction de tous les instants.
gertrude. Défaut que vous partagez... car, vous aussi... vous êtes obstiné.
Albert. Parbleu! on le deviendrait... La patience vous échappe... on se fâche.., on s’emporte; puis on est furieux... de s’être mis en colère... Enfin c’est un enfer que notre ménage... Et si elle le voulait... je céderais tout de suite.
gertrude. Et vous auriez tort! parce que, enfin, on est homme; on doit défendre sa dignité. (A voix basse.) Et j’ai essayé tout à l’heure de la faire revenir... sur votre discussion... vous savez?..
Albert. Laquelle?., car nous en avons chaque jour une nouvelle!
gertrude. De la faire renoncer... à cette robe de soie qu’elle voulait se donner pour la fête du village.
Albert. Oui., nous n’avions pas de quoi la payer; mais rassurez-vous... je viens de la ville... où j’ai vendu mon beau fusil... et ce qu’elle désirait tant...
gertrude. Cette robe... Eh bien.'..
Albert. Je la lui rapporte... je l’ai achetée.
gertrude. Dépense inutile... car, de son côté, elle avait eu la même idée.
Albert. Quoi! malgré ma défense...
gertrude. L’acquisition est faite.
Albert. Ah! c’est indigne... et je vais,..
gertrude. Vous fâcher encore... faire du bruit devant vos amis... que j’entends!
ALBERT. C’est vrai!..
gertrude. Vous voyez bien que si je n’étais pas là pour empêcher les scènes...
Albert, lui serrant la main. Ah! vous avez raison!..