GERTRUDE, ALBERT, POTTINBERG, GARDES- CHASSE
Quand les frimas couvrent la terre,
Quand la neige blanchit nos champs,
Quel plaisir de boire à plein verre A l’abri des sombres autans!
ALBERT
Quoi! vous venez, amis...
TOTTINBERG.
Te prendre pour la chasse:
Mais déjeuner auparavant chez toi!
ALBERT
Rien n’est prêt!..
( Voulant appeler.)
Henriette!
GERTRUDE
Oh ! je vais à sa place (Aux autres gardes-chasse )
Tout disposer! Allons donc!., aidez moi?
(Pendant que Gertrude et les gardes-chasse dressent la table et la couvrent de ce qui est dans le buffet.)
pottinberg, prenant Albert à part, au bord du théâtre, lui dit à voix basse.
J’ai voulu, comme ami, te rendre un bon office.
Quand on a du chagrin en ménage, en amour,
11 faut boire et chasser!..
Albert, soupirant.
Nous buvons tous les jours!
pottinberg.
Et tu me trouveras toujours à ton service (A part.)
Quand tu paîras!
(Haut et se retournant vers la table qui est mise.)
Fêtons d’abord ce jambon d’ours!
CHŒUR, s’asseyant à la table, excepté Gertrude. Quand les frimas couvrent la terre.
Quand la neige blanchit nos champs.
Quel plaisir de boire à plein verre A l’abri des sombres autans!
Albert, s’animant.
Oui, du vin la vapeur enivrante Fait oublier la tristesse!
POTTINBERG.
Et le froid !
gertrude, versant à boire à Albert.
Buvez alors!
ALBERT
Ah ! vous êtes charmante !
gertrude, à part.
Enfin donc il s’en aperçoit!
Albert, toujours s’adressant à Gertrude.
C’est le beau temps après Torage.
GERTRUDE
Vraiment!..
ALBERT
C’est le bonheur qui semble revenir.
gertrude, à part.
On ne peut empêcher, hélas! leur mariage;
Mais on peut les brouiller... ça fait toujours plaisir! CHŒUR.
Quand les frimas couvrent la terre.
Quand la neige blanchit nos champs,
Quel plaisir de boire à plein verre A l’abri des sombres autans !
pottinberg. Certainement, ce vin-là n’est pas mal... il se laisse boire... mais je me rappelle en avoir dégusté chez loi de bien meilleur... une certaine bouteille de tokai... tu n’en as plus?
Albert. Si vraiment!., mais c’est que ce n’est pas moi... c’est ma femme qui a les clefs de la cave. pottinberg. Eh bien!., demande-les.
albert. C’est facile... mais...
pottinberg. Il n’ose pas!., il a peur de sa femme! ALBERT. Moi?..
pottinberg. 11 en a peur!., les maris sont si faibles!.. Albert. Ce n’est pas moi, du moins.
pottinberg. Toi comme les autres; et la preuve, c’est que tu n’oses pas nous donner de ce vin de tokai... sans la permission !
albert. C’est ce que nous allons voir!.. (Appelant.) Henriette ! Henriette !. .
Les précédents,. HENRIETTE, sortant de la porte à gauche.
HENRIETTE, avec émotion. Il m’appelle!.. O ciel!., il est à table... et moi. qui l’attendais là... et le cœur me battait d’impatience.. .
gertrude, à voix basse. Ne laisse voir aucun dépit. HENRIETTE, de même. Sois tranquille.
ALBERT. Ces messieurs, pour boire à ta santé, voudraient une bouteille de bon vin... tu sais... ce vin dont le recteur nous a fait cadeau l’année dernière?
Henriette. Oui, lors de notre mariage.
LA NUIT DE NOËL
aluert. Il y en avait six bouteilles, je crois?
Henriette. Il n’en reste plus qu’une.
Albert. Eh bien, veux-tu nous la monter, ma chère femme ?
Henriette. Dès que cela vous est agréable... à l’instant même.
DUO
Albert, à ses convives.
Nous n’en avons qu’une bouteille,
Mais c'est d’une fameuse treille!
C’est du tokai ! ce mot suffit !
Henriette, qui a allumé le bougeoir et qui est prête à partir.
Du sauterne... vous voulez dire?
ALBERT
Non, je sais ce que je veux dire,
Dans ma mémoire c’est écrit :
Bouteille antique et surannée!
HENRIETTE
Le recteur, qui vous l’a donnée.
M’a dit sauterne!
ALBERT
Oui, par erreur.
Je m’y connais!
HENRIETTE
Mais le recteur Encor plus que vous est habile.
C’est du sauterne !
ALBERT
On verra bien.
Et j’en ai un très -bon moyen.
Va le chercher...
Henriette, posant le bougeoir sur la table.
C’est inutile.
C’est du sauterne!
Du tokai!
HENRIETTE
Vin de France!
ALBERT
Vin de Hongrie)
HENRIETTE
J’en suis sire !
ALBERT
Je le parie!
HENRIETTE
Du sauterne !
ALBERT
Du tokai !
HENRIETTE
Sauterne !
ALBERT
Tokai !
(S'échauffant.)
Tokai ! tokai ! tokai !
HENRIETTE
Ce n’est pas vrai ! ce n’est pas vrai !