‹ Å’uvres illustréesChapitre 722 sur 1154 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PERDIGAN, puis PALOMITA.

perdican, à la porte du fond. Bourgeois de Séville, rentrez chez vous! n’obstruez pas ainsi la voie publique, et ne me forcez pas, moi Perdican, votre voisin et votre ami, à exercer contre vous mes rigoureuses fonctions d’alguazil... Bien... bien, ils obéissent... ils se séparent... ils rentrent dans leurs boutiques. Us font bien. . . car sans cela. . .

palomita, entrant. Eh mon Dieu ! qu’est-ce donc, seigneur Perdican? qu’y a-t-il?

perdican. Vous ne savez pas la nouvelle?.. palomita. Je ne sors jamais... je garde la maison du seigneur Velasquez mon maître, qui est toujours dehors, et qui n’a que moi de servante.

perdican. Eh bien! hier soir, un jeune seigneur, qui sortait sans doute d’un joyeux souper, traversait la grande place au moment où la foule assistait à la sérénade, et piqué par une curiosité que je comprends très-bien, il a essayé de soulever le voile blanc dont Lazarilla, la chanteuse, couvre toujours ses traits. Celle-ci, indignée, s’est enfuie... et ce matin, grande rumeur dans le quartier... Des groupes se sont formés sur la place... et l’on craint généralement que Lazarilla ne revienne pas ce soir...

palomita. Et qu’est-ce que c’est, s’il vous plaît, que cette Lazarilla... cette chanteuse?..

perdican. L’idole du peuple et aussi des grands seigneurs : les uns viennent à pied et les autres en équipage pour l’entendre.

premier couplet.

Tous les soirs sur la grande place On voit la foule qui s’amasse !

Soudain au loin et dans la nuit.

Une guitare retentit.

Alors, la gitana s’avance ;

Sa taille est pleine d’élégance ;

Mais les longs plis d’un voile épais A tous les yeux cachent ses traits!

La foule heureuse Et radieuse Dit : La voilà!

C’est notre infante,

C’est la charmante Lazarilla.

Elle commence.

Dieu ! quel silence !

Tra, la, la, la, la !

PALOMITA.

Quoi ! dans la foule Elle roucoule Comme cela :

Tra, la, la, la, la!

PERDICAN

Oui, dans la foule Elle roucoule Comme cela :

Tra, la, la, la, la !

ENSEMBLE

Et puis s’élance Un bruit immense :

Brava, brava,

Lazarilla !

PERDICAN

TROISIÈME COUPLET

Lazarilla vers tout le monde Va, tour à tour, faisant sa ronde, Présenter de sa blanche main Sa riche bourse de satin.

Pour obtenir de la quêteuse La révérence gracieuse,

Les grands seigneurs et les bourgeois Soudain lui donnent à la fois j Car pêle-mêle,

Comme la grêle,

Tombent, morbleu!

Doublon, pistole,

Et puis, l’idole.

Pour seul adieu,

Gaiment s’empare De sa guitare.

Tra, la, la, la, la !

Et puis s’esquive Aux cris de : Vive Lazarilla !

Brava, brava,

Lazarilla !

PALOMITA.

De sa guitare Elle s’empare Comme cela :

Tra, la, la, la, la!

LA CHANTEUSE VOILÉE

PERDICAN

Di; sa guitare Elle s’empare Comme cela :

Tra, la, la, la, la!

ENSEMBLE

Et puis s’esquive Aux cris de : Vive Lazarilla !

palomita. J’ai idée maintenant que tous les soirs mon | maître va entendre la cantatrice en plein air! Voilà pourquoi hier il est rentré si tard... à telles enseignes qu’il n’est pas encore levé.

perdican. A dix heures du matin!., un peintre qui devrait être à l’ouvrage au lever de l'aurore... ne fût-ce que pour la peindre !

palomita. Il ne travaille plus .. il ne fait rien! perdican. Un jeune artiste d’un si grand talent... que j’ai toujours aimé... vous le savez!.. Pendant toute une année qu’a duré l’héritage de sou père... je ne l’ai pas quitté d’un instant. Que de plaisirs!., que de folies! je soupais tous les soirs avec lui... malheureusement je n’étais pas le seul...

palomita. Tous les mauvais sujets de Séville!., qui, lorsque la fortune a disparu, ont fait comme elle, et il ne lui est resté que des dettes...

perdican. Autre chose encore... Palomita, sa gentille servante, qui est demeurée fidèle au malheur...

palomita. Et puis, vous, monsieur Perdican, qui ne l’avez jamais abaudonné...

perdican. C’est vrai!., je lui prêtais gratis ma figure toutes les fois qu’il avait à peindre une tète de caractère! Je ne suis pas riche... mais je suis sensible, et la sensibilité d’un alguazil est une chose si rare... que si on pouvait la montrer pour de l'argent...

palomita. Votre fortune serait faite...

perdican. bien loin de là!... cette sensibilité a été souvent mise à de rudes épreuves... Croiriez-vous que, cinq ou six fois, dernièrement, des créanciers se sont adresses à moi pour l’appréhender au corps... lui, mou pauvre Velasquez!

palomita. Vous avez refusé?..

perdican. Un autre s’en serait chargé; et il vaut mieux être arrêté dans la rue par un ami... que par un étranger... Je m’étais donc fait une raison, mais chaque fois qu’Oreste se disposait à verbaliser contre Pilade, le ciel, qui protège l’amitié et les arts, me venait en aide, et je recevais le moulant de la somme exigible... palomita. En vérité!..

perdican. Par un avis mystérieux qui me défendait sur ma tète de parler à Velasquez de ce secours inconnu, et m’ordonnait de lui laisser croire qu’il venait de moi, de sorte que mon pauvre ami est prêt, dans sa reconnaissance, à se jeter au feu pour moi, et, le cas échéant, ma position est telle que je ne pourrais pas l’en empêcher...

palomita. Il n’y pas de mal, monsieur Perdican, cela le forcera à travailler, ne fût-ce que pour s’acquitter avec vous... Mais depuis quelque temps, je vous l’ai dit... il s’est fait en lui un changement inexplicable... Il n’a plus de coeur à rien... il passe ses journées entières immo- * bile... taciturne... et dans une tristesse...

perdican. Dont je me suis aperçu... Un alguazil doit tout voir, tout savoir par état... je lesoupçonne amoureux. palomita, vivement. Vous croyez?..

perdican. D’une grande dame!., la marquise de Villa réal qui est venue dans son atelier... pour ce portrait qu’il n’a pas encore achevé.

| palomita. Ah ! vous pensez.

perdican. Qu’un fol amour lui trouble l’esprit... car il comprend la distance qui le Sépare de celle qu’il aime... de là son découragement.

palomita. Oui! mais sa mauvaise humeur, sa colère contre moi, car depuis sa dernière maladie... perdican. Où vos soins lui ont sauvé la vie... palomita. Il m’a prise en grippe... 11 me déteste... perdican. Vous, senorita, ça n’est pas possible. . Vous qui toucheriez tous les cœurs... même ceux des alguazils... Car j’ai pour vous une affection...

PALOifiTA. Que je vous rends bien, monsieur Perdican. perdican, avec joie. Vraiment!

palomita. Parce que vous êtes bon, obligeant, dévoué... Mais, lui, il me rudoie... il me gronde sans cesse... VELASQUEZ, en dehors , appelant. Palomita! Palomita! palomita. Tenez! tenez! l’entendez-vous?

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