LÉGENDE
Nelly, la jeune fille.
S’en venait chaque jour.
Leste, accorte et gentille.
Emplir sa cruche au puits du carrefour!
Un soir, il arriva Qu’elle rencontra Là
Le jeune et brave Edgard,
Archer du roi Richard.
Le bel archer l’aida.
On causa.
Devisa,
Et chaque soir, oui-dà,
On se retrouva Là.
Que de sermens d’amour!
Jusqu’à sou dernier jour.
Tout ce qu’elle jura,
Oui, Nelly le tiendra!
Mais un serment D’amant
S’envole avec le vent!
Un triste soir, hélas!
Edgard ne revint pas !
Nelly, dans sa douleur.
Attendait le trompeur.
Qu’elle croyait toujours Fidèle à ses amours!
Elle se plaçait là,
Disant : « Il reviendra. . »
Mais tout à coup voilà Qu’un'cortége passa. .
Un brillant officier.
Au corsage d’acier,
Allait, devant l’autel.
Former nœud solennel!..
Ah ! chacuu a frémi :
Un cri A retenti !
C’est la pauvre. Nelly,
Au front pâli.
LE PUITS D’AMOUR
Donnant à son Edgard Triste et dernier regard J Elle s’élança Là,
Et dans l'abîme se jeta!
Ah ! ! !
Depuis ce moment -là,
Dans le puits que voilà Nul ne puisa !
Le puits d’Amour on l’appela,
Et la légende finit là!
Mais l’auteur ajoute cela :
Si, pour serments faits et trahis,
On se jetait au fond d’un puits,
Mes bons amis.
Je vous le dis,
Nos puits seraient bientôt remplis!
CHŒUR
Si pour serments faits et trahis, etc.,.
la princesse, à Fulby. Merci, Monsieur, grand merci ! bolbury, qui est remonté vers le fond, redescendant. Une nouvelle litière arrive du palais... Son Altesse veutelle qu’on la fasse avancer?
la princesse. Non... nous allons à sa rencontre... Je vous suis obligé, monsieur le shérif... Votre nom ? fulby. Maître Bolbury!
le comte, vivement et à demi-voix au shérif. Bolbury ! Vous vous nommez Bolbury ?
bolbury. Oui, Monseigneur!
le comte. Vous êtes le cousin d’une jeune Irlandaise arrivée récemment à Londres ?
bolbury. Miss Géraldine... et pourquoi?.. le comte. Oh! rien... Hier on parlait d’elle à la cour de sa beauté... de...
la princesse, se retournant. Monsieur le comte! le comte. Me voici, me voici, Madame ! bolbury, à part. On parle déjà de ma future à la cour! Me voilà lancé!., je serai grand shérif... ( Il suit la princesse et le comte qui disparaissent par le fond à droite : la nuit commence à venir.)
fulby, qui a regardé la croisée de la maison à droite. Rien encore!., qui peut l’empêcher?.. (En ce moment un vase de fleurs est placé sur l’appui de la fenêtre .) Ah! enfin, voici le signal... (Il observe s'il ne peut être vu, ouvre la porte et se glisse rapidement dans la maison : au même instant parait par la gauche un homme envelopppé d’un grand manteau et qui semble examiner les localités.)
LE ROI, seul.
RÉCITATIF
C’est bien ici qu’hier j’aperçus cette belle!
Et peut-être à mes yeux viendra -t-elle s’offrir? Promenons-nous!.. Un roi peut faire sentinelle Quand la consigne est amour et plaisir!
CAVATINE
O passe-temps enchanteur!
Sous ce manteau protecteur L’incognito, c’est le bonheur Sur terre!
Déguisements,
Accidents Et dénouements Très-piquants,
Vous seuls savez, en tous les temps, Me plaire !
Qu’entends-je ici, la nuit?
Un malheureux gémit,
Au désespoir il est réduit...
Il va finir son sort...
Quand une bourse d’or Soudain
Tombe en sa main !
Comme à sa détresse Succède l’ivresse!
Trésor et richesse,
Puissé-je sans cesse Vous placer ainsi !..
Doux passe-temps pour mon cœur,
Des rois plaisir enchanteur,
L’incognito, c’est le bonheur Sur terre !
Pour la puissance et la grandeur Voilà le vrai bonheur!
Ici, je vois Des grivois.
Fêtant Bacchus et ses lois...
Bravo! je suis De votre avis.
Mes frères !
— Vive le roi ! — Doux aspect !
— A sa santé buvons sec !
— Mon verre alors se choque avec Leurs verres !..
Sous ce balcon, j’entends Causer ces deux amants!
« Il faut, liélas! cruels parents, .
« Pour obtenir ta foi,
« Etre officier du roi! »
Sois donc nommé par moi!
Par moi.
Le roi!
Douce jouissance !
Aussi ma puissance,
De la Providence Usurpe en silence Les secrets Décrets!
O passe-temps enchanteur!
L’incognito, c’est le bonheur Sur ferre!
Oui, pour vous, prince ou grand se’gneur, C’est là le vrai bonheur !
(Il examine la maison du shérif )