D’AMOUR. W
le roi, avec embarras. J’en suis désolé... et s’il n’avait tenu qu’à moi... je serais ici depuis longtemps... ces Messieurs vous le diront... Mais un roi n’est pas maître de ses moments...
le comte. Ni souvent de sa personne!
le roi. Et je vous le confie à vous, Madame, il s’agissait d’une conspiration à déjouer... et au moment de réussir...
i.e comte. Votre Majesté à été arrêtée?
le roi, riant. Oui... arrêtée... dans mes projets... saDs avoii-pu découvrir le fil et les auteurs de ce complot... la princesse. Queje connais...
le roi, le comte et fulby, vivement. Que dites-vous? la princesse. Je sais tout...
le roi, avec embarras. Et comment?
la princesse. Par un magistrat fort habile, un shérif très-dévoué, maître Bolbury, pour qui je vous demanderai une récompense qu’il mérite bien...
le roi, avec colère. Certainement...
la princesse. Car il est venu m’appvendre qu’il avait saisi, cette nuit, et tenait enfermé chez lui, sous les verroux, notre ennemi le plus redoutable, ce fourbe, cet imposteur, ce faux Édouard...
le roi. En êtes-vous bien sûre?..
la princesse. Il m’a proposé de le conduire sous bonne escorte, ici, au palais... et, en votre absence. Sire, j’avais donné ordre à un détachement de vos gardes de prêter main-forte au shérif, qui va amener devant vous ce prisonnier pour que vous l’interrogiez. .
le roi. Devant moi?.. Eh bien! ce sera curieux!.. la princesse. N’est-ce pas?.. Je serai charmée, pour ma part, de juger de la ressemblance... que l’on prétend prodigieuse. .. Nous en causions, tout à l’heure encore, avec miss Oventry, qui ne voulait pas me croire... le roi, vivement. Miss Oventry est arrivée!.. la princesse. Oui, Sire, depuis ce matin... le roi. Ah! j’en suis charmé!.. (Se reprenant et à Salisbury.) pour vous, comte, à qui j’en fais compliment... le comte. Votre Majesté est bien bonne... le roi, J’ai eu le plaisir de l’apercevoir quelquefois... de loin... il est vrai... de très-loin!.. Mais, autant que j’ai pu en juger, c’est une ravissante personne... la brune la plus piquante...
la princesse. Non... non... elle est blonde. le roi. Allons donc!
la princesse. Je vous l’atteste...
le roi. Gela irait fort mal avec sa taille haute et imposante...
la princesse. C’est qu’au contraire... elle est petite et toute gracieuse...
le roi. Ce n’est pas possible...
le comte. Elle sera peut-être chiyigée... la princesse. Et puis, comme Votre Majesté nous le disait tout à l’heure... elle l’a vue de si loin qu’elle aura pu se tromper...
le roi. De si loin... de si loin... Enfin, je serai charmé de reconnaître mon erreur... (A la princesse.) Et puisque miss Oventry est dans votre appartement... je vais avec vous, princesse...
un huissier de la cour, entrant et annonçant. Le shérif Bolbury demande à parler à Leurs Majestés...
le roi, avec impatience. Le shérif... (A part.) Qu’il aille au diable !
la princesse. Faites entrer!.. Il nous amène son prisonnier, le faux Edou ird, que vous devez interroger... le roi. Plus tard...
la princesse. Et pourquoi?
le roi, avec impatience et embarras. Pourquoi?., pourquoi?.. Parce que, dans ce moment, il me serait trèsditficile de le voir... je dirai même impossible... car miss Oventry cl toute la cour nous attendent... la princesse. Je vais les faire prévenir... Mais les af-
LE PUITS D’AMOUR
faires d’Etat avant tout... ( Sur la ritournelle du morceau, et avant l'entrée de Bolbury, Fulby reprend le manteau sur le fauteuil à gauche et le jette vivement sur les épaules du roi, qui s' enveloppe et cherche à se dérober aux regards du shérif.)
FULBY, LE COMTE, debout ; BOLBURY, LE ROI et LA PRINCESSE, assis.
QUINTETTE
bolbury, s'adressant à la princesse.
Madame... Madame... je vicn...
LA PRINCESSE
Parlez an roi ! c’est lui !..
bolbury, saluant et avec embarras.
Je le vois bien,
Car les traits gracieux de notre auguste maître Ne ressemblent que trop à ceux de ce brigand...
Autant qu'un Iront royal peut décemment Ressembler à celui d’un traître...
LA PRINCESSE
Qui sera puni !
bolbury, se troublant.
Certes, il l’a bien mérité...
Et plus qu’on ne le croit, tant son adresse est grande ! Mais, dans mon intérêt, avant tout... je demande A raconter les faits... dans toute leur clarté!
LE ROI
Vous le pouvez !..
bolbury.
Je le peux? je commence .
Cette nuit, dans un lieu de suspecte apparence,
( Chacun répète après lui le signalement suivant.) Un gaillard... fort bien mis... taille haute et l’air fier, Chapeau noir... manteau brun... chaine d’or... pourpoint
[vert...
(Le roi referme avec soin le manteau qui le couvre.) bolbury, continuant.
Se disant Edouard, notre roi!., quelle audace!
Fut arrêté par nous, mis dans la salle basse...
( Chacun répète après lui.)
Porte en fer... bons verroux... poings liés... bien gardé... Eh bien!., le scélérat!., s’est soudain évadé!..
tous.
Evadé !
bolbury, à part.
Quel déshonneur pour la police ,
Qui doit tout voir et tout savoir !
On va me croire son complice ;
Rien n’égale mon désespoir!