M. DE GOURNAY, GASTON
Gaston, poussant un cri de surprise. Ah! monsieur de Gournay... c’est vous que je cherchais.
m. de gournay. Mon cher ami, mon cher Gaston, sois le bienvenu! Par quel bon hasard es-tu venu me relancer jusqu’ici?
Gaston. Deux fois, je me suis présenté à votre hôtel, à Paris; on ignorait où vous étiez.
m. de gournay, d’un air mystérieux. Je ne dis jamais ce que je fais, ni ce que je deviens!
Gaston. Je ne savais où vous rejoindre, lorsqu’hier soir, très-tard, passant près du Louvre, j’aperçois votre valet de chambre qui sortait de chez Alphonse Giroux.
m. de gournay. Veux-tu te taire!.. Ne parle pas de cela ici!
gaston, vivement. Je n’en dirai pas un mot! mais je l’ai tant supplié, qu’il m’a avoué que vous étiez à quelques lieues de Meaux, au château de Salbris.
m. de gournay. Chez uDe vieille dame de mes amies qui est ici avec sa petite-fille... une charmante personne... Mais toi, mon garçon, pourquoi désirais-tu me voir? gaston. Pour vous faire mes adieux.
m. de gournay. Tu quittes Paris? toi, un peintre, un artiste?
gaston. Oui , Monsieur.
m. de gournay Quand déjà tu étais lancé? gaston. Grâce à vous... à votre amitié!., mais je sens que maintenant je ne ferais plus rien.
m. de gournay. Et pourquoi cela?
gaston. J’aimerais mieux ne pas vous le dire. m. de gournay, vivement. Allons donc!
gaston. Eh bien! Monsieur, eh bien! mon cher bienfaiteur, je ne peux pas y tenir... j’en perds la tète, je suis amoureux...
m. de gournay. Il n’y a pas de mal ! tu n’es pas le seul... Nous pourrons arranger cela! T’es-tu déclaré?
gaston. A peine si j’ai osé lui parler... car je n’ai dansé qu’une fois avec elle...
m. de gournay. Qu’une fois!., c’est bien peu... gaston, timidement. Oui... mais c’était la polka. m. de gournay. C’est différent... cela compte double. gaston. Aussi, depuis... je l’ai suivie au bal, au spectacle... j’ai passé des heures entières à la regarder, et puis quand l’hiver a été passé, ne la rencontrant plus à Paris, et ne sachant où la retrouver, le désespoir et le découragement se sont emparés de moi... je voulais me tuer...
m. de gournay, avec colère. Ilne manquait plus que cela ! gaston. Mais j’ai pensé à vous, Monsieur, à vous à qui je devais tant... votre souvênir m’a arrêté... m. de gournay. Voilà qui est mieux!
LES SURPRISES
gaston. Je me suis dit : Je m'en irai; je quitterai la France.
m. de gournay. Je t’en empêcherai bien.
Gaston. Impossible, Monsieur, impossible... Songez doue qu’elle a de la fortune, un nom, de la naissance... et moi rien!..
m. de gournay. Écoute-moi : te rappelles-lu, il y a deux ans, à Enghien, cette fête sur l’eau, ces barques pavoisées, celte surprise que je voulais faire à des dames où je manquai de me noyer?.. C’était une affaire faite, moi et ma fortune, nous allions au fond sans toi... oui, morbleu! toi qui étais là à dessiner en artiste... loi qui ne me connaissais pas, toi qui ne savais pas même nager...
Gaston. Permettez...
m. de gournay. Pas mieux que moi... car tu étais sans connaissance quand je t’ai fuit transporter dans la maison de mon fermier.
gaston. Et ce qui est arrivé depuis, croyez-vous que je l’aie oublié?.. Quel cœur généreux et bizarre!., ne pas me dire qui vous étiez... vivre avec moi en ami, en camarade, en artiste... et un jour, au bord du lac...
m. de gournay. A l’endroit même où tu m’avais sauvé !
Gaston. Cette jolie maison où nous entrons et que j’admirais!.. A qui est-elle'?.. A toi, m’avez-vous dit... Et, à l’instant, mes amis qui m’entourent... un dîner qui nous attendait, un orchestre dans les jardios... c’était féerique, c’était magique... c’était un comte des 1 Mille et une Nuits.
m. de gournay, se frottant les mains . N'est-il pas vrai!., le sultan Haroun-al-Raschild! Eh bien! Monsieur, eh bien! ingrat que vous êtes, pourquoi désespérer du ciel et ne pas attendre de lui un nouveau miracle? Moi, d'abord, si je peux trouver, pour t’uuir à ta passion, quelque coup imprévu, quelque dénoùment qui tombe des nues, je suis là !
gaston. Ah! c’est trop de bontés!
m. de gournay. Ce n’est pas pour toi... c’est pour moi... pour mon agrément personnel et pour ma santé... ça m’est nécessaire... Quant à ta fortune, je m’en charge, parce que tu es un brave garçon que j’estime et dont je suis sûr.... Je n’eu dirais pas autant de tous mes amis ! .. j’en ai beaucoup... qui ne m’aiment guère... et j’ai de plus beaucoup de parents qui ne m'aiment pas... ils n’aiment que mou vin de Champagne... Aussi, les gaillards, je vais leur donner l’occasion d’en boire... j’ai l'idée de me marier!
gaston, souriant. Vraiment!
m. de gournay. Première surprise. . tu vois... toimême!.. J’aurai ensuite trois, quatre, cinq enfants. . autant de surprises que je leur ménage... Et comme je ne veux pas en avoir le démenti, si ce mariage n’a pas lieu... h je t’adopte!
r gaston. Moi!..
M. DE GOURNAY
Air d ’Aristippc.
Pour te laisser après moi l'opulence,
C'est le moyen de tout régler.