‹ Å’uvres illustréesChapitre 783 sur 1154 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

MADAME DE SALBRIS, seule. Ou dira ce qu’on voudra, je suis toujours pour mon opinion première, c’est M. de Bonneval, parce que, nous autres, nous avons un tact... que n’ont point ces jeunes tètes... Aussi je ne leur ai point parlé de l’idée que j’ai eue ce matin, mais il faut absolument que uous fassions connaissance et qu’il se présente par la grande porte... parce que les amours à deux battants ne sont point d.iyigereux! (S’approchant de la porte à gauche qui est celle du salon.) Ah! c’est notre jeune musicien... Il tire un album de sa poche... 11 va dessiner... (A haute voix.) Monsieur. . Monsieur! pourrais-

LES SURPRISES

je vous parler? Très-bien... il pose son album sur la table... il vient! .

GASTON, sortant de la porte à gauche; MADAME DE SALBRIS, descendant au bord du théâtre ; MA- THILDE, sortant de la porte à droite.

uathilde, entrant. C’est d’un goût exquis !

Gaston, entrant de l’autre côté. Me voici à vos ordres. Madame. (Apercevant Mathilde, il pouse un cri.) Ah! mathilde. Qu'est-ce donc?

Gaston, à part. C'est elle... je la retrouve! madame de salbris, à Mathilde. C'est ce jeune homme... ce musicien qui vient pour le concert de ce soir.

Gaston, à part, avec joie. Ah ! M. de Gournay n’a que de bonnes idées! (Haut, en cherchant à cacher son émotion.) Certainement... j’étais loin de m’attendre... c’està-dire... je savais bien... ( A part.) Remettons-nous.

madame de salbris, bas, à Mathilde. Il parait troublé à votre aspect... regardez-lc donc!

mathilde, de même. C’est vrai!

madame de salbris, de même. Ce n’est pas un musicien. mathilde, de même. Vous croyez?..

madame de salbris, de même. C’est mieux que cela! mathilde, de même. Eh! qui donc?..

madame de salbris, de même. Je m’en doute... mais nous le saurons.

mathilde, haut, après avoir regardé Gaston. 11 me semble que ce n’est pas la première lois que j’ai le plaisir de voir Monsieur... Au bal... cet hiver...

Gaston, vivement. Chez madame de Simiane. mathilde. Ailleurs encore.

Gaston. Quoi! Mademoiselle 11e l’a pas oublié... madame de salbris. Et vous ignoriez que vous deviez rencontrer ici ma petite-fille?

Gaston, Oui, Madame... l’on m’avait dit au château de Salbris... et j’étais loin de me douter que mademoiselle habitât près de vous.

mathilde, d’un air railleur. Ce qui me parait fort extraordinaire, c’est qu’un homme que vous ne connaissez pas... car vous ne le connaissez pas...

Gaston. Non, Mademoiselle.

mathilde, de même. Vous ait ainsi envoyé vers nous et que vous ayez accepté.

Gaston. Pourquoi pas?., on m’a dit : Vous verrez un château superbe, une société très-aimable, des femmes charmantes... et jusqu’ici je dois convenir que cet inconnu est un honnête homme qui ne m’a pas trompé... et puis il s’agissait d’un concert où il fallait faire une partie... et moi, artiste, moi qui adore la musique... mathilde. Ah! Monsieur est artiste?

Gaston. Oui, Mademoiselle...

madame de salbris, 6as, à sa nièce. Ce n’est pas vrai! mathilde, à Gaston. Artiste amateur, à ce que je suppose, et fort riche ?. .

Gaston. Non, Mademoiselle, je n’ai presque rien; mais je ne me plains pas... je suis heureux... (Regardant Mathilde.) aujourd’hui du moins...

madame de salbris, bas, à Mathilde. Comprends-tu? mathilde, de même. Oui, je crois qu’il y a quelque chose ! (Haut.) Oserais-je, Monsieur, vous demander quel est votie nom?..

Gaston. Gaston!..

madame de salbris, bas, à Mathilde. Un nom supposé. mathilde. Il y a un jeune peintre de ce nom... un peintre distingué... qui commence une belle réputation. gaston, troublé. C’est... c’est moi, Mademoiselle. mathilde, souriant. En vérité!

madame de salbris, bas, à sa nièce. Il ment très-bien ! mathilde, souriant. Vous disiez d’abord que vous étiez musicien?

gaston. Cela n’empêche pas... j’âi toujours cultivé et aimé la musique... dans ce moment, plus que jamais... puisque je puis être utile à ces dames... et si elles veulent que nous répétions les morceaux de ce soir ..

mathilde. Je craindrais d’abuser de votre complaisance ..

gaston, vivement. Ordonnez de moi! commandez! je serais si reconnaissant de vous obéir!

mathilde. Tenez, Monsieur; regardez-moi bien en face et dites-moi franchement... Etes-vous bien sûr d’être un peintre, un musicien?..

gaston. Mais oui, Mademoiselle!.. Il y a un piano au salon... A moins que vous ne préfériez cette guitare... mathilde. Monsieur accompagne aussi sur la guitare? gaston. Oui, Mademoiselle.

madame de salbris, bas, à sa nièce. C’est ça !.. en héros espagnol!.. Je n’en crois pas un mot.

mathilde. Ni moi non plus... (A part.) ou du moins ce serait dommage !

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