MADAME DE SALBRIS, GASTON
madame de sAi.DRis. Un instant, mon beau Monsieur, vous ne nous quitterez pas ainsi. Je n’ai pas voulu, devant ma petite-fille, devant sa femme de chambre, devant tout le monde enfin, amener une reconnaissance... Je ne suis pas pour les dénouements devant témoins... je liens à ce que tout se passe eu famille... et il n’est pluij temps de feindre... je vous ai reconnu.
Gaston. Moi, Madame!
madame de salbris. Cet album est a vous.
Gaston, avec effroi. O ciel!..
madame de salbris. Je vous ai vu là, dans ce salon... le sortir de votre poche.
Gaston, avec effroi. Taisez-vous! ( A part.) Que dirait mon bienfaiteur? {Haut.) De grâce, taisez-vous! madame de salbris. C'est donc vrai?
Gaston. Eh bien! oui... mais si vous en parlez... je me brûle la cervelle.
madame de salbris, avec effroi. Malheureux jeune homme! (Aucc bonté.) Vous ôtes donc bien amoureux?.. Ecoutez-moi, mon cher Bonneval.
Gaston, vivement. Permettez... je ne le. suis pas. madame de salbris, d voix haute. Alors .. je vais tout dire.
GASTON. Je le suis... je le suis!.. (A part.) O mon Dieu !.. comment sortir de là?
madame de SALBRIS. Vous êtes un extravagant, qui vous ôtes donné bien de la peine pour rien. Si vous vous étiez entendu avec moi, ce mariage serait déjà fait.
Gaston. Ce mariage...
madame de salbris. Me convient sous tous les rapports... et depuis que Mathilde vous a vu, j’ai idée qu’elle est de mon avis.
GASTON, vivement. Est-il possible ?.. quel bonheur! {Se reprenant.) Non... non... je suis le plus malheureux des hommes... ôtre obligé de fuir, de me cacher!..
madame de salbris. Et pourquoi donc? tous ces mystères-là n’ont déjà duré que trop longtemps... Aussi l’invitation que vous avez reçue ce malin, à votre château, venait de moi, parce que je veux avant tout qu’on s’explique et qu’on se déclare.
Gaston. Jamais!
madame de salbris. Quelle obstination... {Lui prenant la main.) Non! quelle timidité... car il tremble, ce pauvre jeune homme... (.4 demi-voix.) Faut-il donc vous répéter... que j’ai lu dans son cœur, et que sans se l’avouer à elle-même... Mathilde vous aime déjà?
Gaston, poussant un cri de joie. Ah! c’en est trop!.. (. Revenant à lui.) C’est fini... je m’en vais.
madame de salbris, le retenant. Pour revenir! Songez-y bien, dans une demi-heure, vous vous présenterez ici sous votre vrai nom...
Gaston, avec impatience. Eh! Madame!..
madame de salbris, vivement. Jusque-là je vous promets de garder encore le silence... mais pas plus tard, dans une demi-heure, ou sinon je vous dénonce !
Gaston, à part. Ah! dans une demi-heure, je serai loin de ces lieux, où l’honneur me défend de rester! Courons prévenir M. de Gournay et partons... (Regardant par la porte du fond à droite.) C’est lui... non... impossible... il est avec elle!.. Ah! je le verrai plus tard. madame de salbris. Monsieur... Monsieur...
Gaston. J’obéis, Madame, il le faut!.. (Il sort vivement par la gauche.)