SCENE XV
Il fait une nuit complète. — M. DE GOURNAY, qui a fait quelques pas pour s'éloigner, revient et reste près de la table, à droite. — MATHILDE est debout, de l'autre côté de la table. — GASTON entre par le fond. — L'orchestre joue en sourdine l’air du Comte Ory, de Rossini :
D’amour et d’espérance Je sens battre mon cœur!
Gaston, à part. Point de lumière!.. C’est dans cet appartement cependant qu’on m’a dit avoir vu entrer tout à l’heure M. de Gournay, que je cherche...
mathilde, o part et tremblante. Ah! le cœur me bat... d’une force... ( Gaston s'avance à tâtons, rencontre Mathilde, qui tressaille.) Ah! mon Dieu!
GASTON, à part. Qui est là?.. ( Lui prenant la main.) Cette main... (A voix haute et avec surprise.) Celle d’une femme !
mathilde, poussant un cri. C’est lui!.. (Elle chancelle, prête à perdre connaissance.)
Gaston, la soutenant. O ciel: .. Mathilde ! Mathilde ! m. de gournay, à part. La voix de Gaston!.. Ah! traître !.. tu me le paieras !
Gaston. Là!., dans mes bras... sur mou cœur. . tout ce que j'aime!.. Elle se trouve mal!.. Quelqu’un!., du secours!..
mathilde, revenant à elle. Non!., non!.. Tout ce que vous aimez... dites-vous?
Gaston. Ah! mon trouble et ma frayeur m’ont trahi... Pardon, Mademoiselle, pardon... je ne suis pas ce que vous croyez... je n’ai pas le rang, la fortune qu’on me suppose...
mathilde. Eh! qui donc êtes-vous?
Gaston. Quelqu’un qui ne peut vous aimer... et qui ne peut vous le dire... sous peine d’être un ingrat.
mathilde. Mais vous le serez encore plus, Monsieur, si vous ne m’aimez pas!
gaston, tombant à ses pieds. Ah! c’est trop de bonheur pour un coupable. (Se relevant brusquement.) Adieu... adieu !..
mathilde. Ab!..
Gaston, avec désespoir. Il le faut... car je ne puis rester sans trahir mon ami, mon bieufaiteur... le meilleur des hommes.
m. de gournay, à part. C’est mieux!., c’est mieux!.. gaston. Et votre main, pour laquelle je donnerais ma vie, me serait offerte en ce moment... que je vous dirais : Ce n’est pas moi... c’est lui qui en est digne.
m. de gournay, à part, et essuyant une larme. Mieux... mieux encore! et cela mérite récompense! (Il frappe dans ses mains.) Partez! (On entend dans le jardin une détonation d'artifice. On aperçoit, par la croisée du fond, les jardins qui sont tout à coup illuminés, et un orchestre bruyant se fait entendre.)
CHOEUR, en dehors.
Air : Vive, vive l’Italie.
Vivent! vivent les surprises,
C’est le bonheur ici-bas;
Les faveurs les plus exquises •
Sont celles qu’on n’attend pas!
mathilde et gaston, effrayés. Ah ! qu’untends-je?