‹ Å’uvres illustréesChapitre 805 sur 1154 · BLANCHE, DIDIER · texte numérisé non relu

BLANCHE, DIDIER

blanche, allant à son père qui est assis. Se hâter, dites-vous?., et pour quelle raison?

didier. C’est que tout est perdu!.. C’est que la maison Dordrecht ne paie pas.

blanche. O ciel!..

didier. Elle fait faillite... et moi... ma fille... et moi qui croyais ne rien devoir à personne... voilà cent mille écus que je ne puis acquitter... La misère, je 1 accepterai; mais le déshonneur!..

blanche. Courage!., me disiez-vous; courage, mon père!., il y a peut-être encore quelque espoir?

DIDIER L’HONNÊTE HOMME

didier. Je n’en ai plus... Il est des jours de fatalité, 04 le sort semble réunir tous les malheurs sur la tète .d’uu seul homme... comme. pour l’accabler... le coup le plus' cruel vient de me frapper au coeur.

blanche. Encore!., mon Dieu!.. Et qu’est-ce donc? didier. Le seul coup... contre lequel je me trouve désarmé et sans force... Je te disais bien que si mon frère, si mon ami Raymond ne me répondait pas... blanche. C’est qu'il était malade!..

didier. Raymond est mort !..

blanche, poussant un cri. Ah!..

didier, d’une voix entrecoupée. Tiens!., tiens, voici la lettre que je reçois d’Antoine, son premier commis. [Il donne la lettre à sa fille, appuie ses coudes sur la table et cache sa tète dans ses mains.) Raymond!.. Raymond, je t’ai perdu!..

blanche, pendant ce temps, lisant la lettre avec émotion. « Monsieur, depuis plusieurs jours, mon honoré pa- « tron était en proie à une agitation fébrile qui nous alar- « mait : le mardi 19 courant, M. Raymond a été frappé « d’un coup de sang... On s’est empressé de le saigner... « Ces secours l’ont ranimé, mais la soirée fut mauvaise... « Le lendemain, le mal empira et le repos le plus absolu « lui fut commandé... Néanmoins, et malgré nous, il a « voulu se lever pour écrire à son ami Didier... » didier. A moi!., tu entends?..

blanche, continuant. « Pour lui faire ses derniers « adieux... A peine avait-il eu la force d’achever et de « cacheter sa lettre qu’il fut pris d’une seconde attaque « qui l’emporta. (Elle s’arrête, essuie une larme sans « que son père la voie et continue.) Si ma présence « n’était pas nécessaire aux intérêts de la maison, j’aurais « été moi-même vous annoncer cette triste nouvelle et « vous porter la lettre qu’il m’avait recommandé de ne « remettre qu’en vos mains... Mon frère, que j’ai chargé « de ce soin, est parti ce matin et vous donnera de vive « voix tous les détails, etc., etc. »

didier, toujours assis près de la table et dans le dernier accablement. Oui, son dernier souvenir a été pour moi!., il est mort me croyant heureux... et estimé... il n’a pas su... il ne saura pas que le déshonneur était réservé à mes derniers jours !

blanche. Que dites-vous, mon père?

- didier, se levant. La vérité!., oui!., ces gens du peuple, ces matelots, ces ouvriers qui croyaient eu moi comme en Dieu, qui avaient placé dans ma maison leurs économies... l’avenir de leurs enfants... il faudra donc leur dire... Ce que vous m’avez confié, je ne puis vous le rendre!.. .

blanche. Quand ils sauront notre malheur. didier. Et s’ils n’y croyaient pas.., s'ils pensaient que comme tant d’autres... je m’enrichis de leurs pertes! blanche. Ah! quelle idée!..

didier. Cunigou le croira!., et me vois-tu rougir devant lui... vois-tu, quand nous passerons dans la rue, chacun me montrer du doigt et murmurer à voix busse : Voilà ce Didier qu’on appelait 1’lionnète homme... Ah! je conçois que l’on se tue!..

blanche. Qu’osez-vous dire!..

didier. Pardon, mon enfant... pardon... il y a des mo- ,;ments où le cœur le plus pur peut avoir une mauvaise pensée... j’ai blasphémé!., j’ai accusé le ciel... qui m’a laissé ma fille... Je ciel... qui pendant si longtemps m’a rendu constamment heureux... le ciel enfin qui m’envoie aujourd’hui l’adversité... mais chacun en ce monde doit en avoir sa part... C’est mon tour! Dieu m’éprouve!., qu’il me donne seulement la force de lutter et de combattre... c’est tout ce que je lui demande.

blanche. Et il vous la donnera. . . ( Montmorin entre par le fond.) Monsieur Montmorin !.. je vous laisse avec lui... Mon père... il faut tout lui dire... (Elle salue Montmorin. A part.) M011 pauvre père!.. (Elle sort à droite.)

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