MONTMORIN, DIDIER
montmorin. Nous voilà seuls, expliquons-nous; et quelle est cette lettre que Canigou vient de m’apporter de votre part !
didier. Ah! vous l’avez reçue?
montmorin. Oui, morbleu!., et j’accours pour m’en expliquer avec vous!., il y a des gens, je le sais, qui s’écrieront : Montmorin, le notaire, est un homme avide, qui ne veut que s’enrichir, 11’importe à quel prix... moi, qui vous parle, je l’ai entendu dire... je l’ai entendu!.. Certainement je tiens à l’argent... c’est utile à tant de choses... mais je tiens encore plus à ma parole... et quand vous parlez de rompre ce mariage...
didier. Que dites vous?
montmorin. Je me fâche. . je suis furieux... et je me dis : Ce ne sera pas!., voilà comme je suis...
didier. Quand je vous ai écrit cette lettre, mon cher ami... j’étais ruiné...
montmorin, vivement. Qu’importe!..
didier. Laissez-moi achever!.. A présent c’est bien plus terrible encore... j’ai moins que rien !.. Je dois cent mille écus!..
montmorin. Eh! qu’importe! vous dis-je!.. didier. Enfin, Monsieur, s’il faut tout avouer... le seul espoir de salut qui me restait... mon ami Raymond vient de m’être enlevé!., il n’est plus... on vient de me l’écrire.
montmorin. Est-il possible!.. (A part.) la nouvelle était vraie! (Haut.) Un si brave homme... ( Lui donnant une poignée de main.) que vous et moi connaissions depuis plus de vingt ans .. il avait été témoin de mon mariage... témoin du côté de madame Montmorin... un ami véritable... un homme qui vous estimait et qui vous aimait plus encore que vous ne pouvez vous l’imaginer. . car il y a deux ans, lors du service que vous lui avez rendu... quand’ il est venu à Cherbourg, pour s’entendre avec vous sur ces capitaux que vous lui prêtiez si généreusement .. il a passé deux heures à mon élude...
didier. Il ne m’en avait rien dit... ni vous non plus. montmorin. Il m’avait recommandé le silence. . et le devoir du notaire est la discrétion... « Mon cher Montmorin, me dit-il, avec la franchise et la bonhomie que vous lui connaissiez... moi, vieux garçon, j’ai passé ma vie à être le jouet et la dupe des femmes... j’ai eu beau changer, cela n’y faisait rien ; les grisettes, les bourgeoises, les grandes dames; toutes m’ont (rompé... je renonce à l’amour... je ne crois plus qu’à l’amitié, il n’y a qu’un seul être au monde sur lequel je puisse compter, c’est mou ami Didier, et comme je n’entends rien aux articles du Code civil, ayez la bonté d’arranger les choses de manière que tout ce que je possède et posséderai au jour de ma mort, revienue à lui... à lui seul! »
didier. Que dites-vous ?
montmorin. J’ai arrangé les choses comme il me le demandait... et par un bon testament bien en règle... qu’lia signé avant sou départ... vous êtes depuis deux ans légataire universel de deux millions de biens qu’il possédait alors.
DIDIER, levant les yeux et les mains au ciel. Raymond ! Raymond, mon bienfaiteur!..