‹ Å’uvres illustréesChapitre 810 sur 1154 · DAUBRAY, CANIGOU · texte numérisé non relu

DAUBRAY, CANIGOU

canigou, à la cantonade. C’est bon! c’est bon! Si ça vous dérange...

daubray. Ah! quelqu’un de la maisoD... M. Didier?.. canigou. Pas possible de le voir, encore moins de lui parler..

daubray. Il ne reçoit pas?

canigou. Si... il m’a reçu, moi... mais très-mal... Il m’a envoyé au diable, et pourtant je suis de la maison... Aiusi, jugez, vous, un inconnu !.. je ne sais pas où il vous enverrait, mais ça pourrait vous mener loin. daubray. S’il sSvait quel Intérêt m’amène!.. canigou. L’intérêt?., je devine... Monsieur est créancier... je peux vous rassurer... (A demi-voix.) Vous toucherez... je viens de toucher...- il y a des fonds à remuer à la pelle... nous avons fait une succession ! et pour moi et mes sacoches, qui venons d’en porter une partie... daubray, à part. O ciey

canigou.

Air : De sommeiller encor, ma chère.

J’ réponds qu’elle n’est pas légère.

Ce sont des militons d’écus !

Par le maître et propriétaire Je comprends qu'ils sont bien reçus !

Mais, moi, je les trouve moins 'drôles.

Et c’est ennuyeux en effet, ,

D’en avoir tant sur les épaules.

Et pas un seul dans son gousset.

daubray. Des millions, dit-il ?..

canigou, riant. Oui, des millions!., j’aime à répéter ce mot-là, il me réjouit... il m’égaye... Il paraît que ce n’est pas comme ça pour vous... Quelle ligure sombre et renversée !

DIDIER L'HONNÊTE HOMME

blanche. Partei, de grâce! — Acte i, scène t*.

daubray, à part. Adieu tout mon espoir. ... [Haut.) M. Didier est riche... (Avec émot ion.) Alors. ,. je n’ai plus rien à lui dire.

CAnigou. Ça se trouve bien... car à peine s’il vous écouterait... lia un air rêveur et préoccupé!., il ne parle à personne... pas même à sa fille!

daubray. En vérité!..

canigou. Il a un très-mauvais caractère, le bourgeois... quand il hérite ! et il paraît que les millions produisent sur lui... le même effet que sur vous... cela le fâche. daubray. Allons donc !

canigou. Enfin... voilà une demi-heure à peine qu’il a touché le premier à-compte... cent mille écus!.. moi! ça m’aurait rendu aimable et gracieux...

daubray. Eh bien?

canigou. Eh bien! lui, qui d’ordinaire est le meilleur des maîtres, est devenu insupportable, bourru, emporté... il fronce le sourcil... il se promène en grognant... la tète courbée... enfin, un dernier trait qui vous fera juger... je ne suis pas avide... et ne demande jamais que le strict nécessaire... mais il est de nécessité absolue que j’aie cinq mille francs pour m’établir... uri fonds de merceries

qui en vaut le double... a. ors, croyant le moment favorable... j’ai hasardé ma requête... savez-vous ce qu’il m’a répondu, . .

daubray, sans l’écouter. Non!..

canigou. Je vous l’ai dit tout à l’heure : Va-t’en au diable... je n’ai rien... je ne possède rien!., lui qui possède des millions .. liein?.. Monsieur, comme la fortune change le caractère...

daubray, rêvant. C’est étrange!..

canigou. Tenez... tenez... voilà mam’selle...

Air de la valse de Giselle.

La voyez-vous, elle qui d’ordinaire,

Vous a toujours un air si gracieux,

La v’ià maintenant triste comme sou père,

Et comme lui sombre et baissant les yeux.

DIDIER L’HONNÊTE HOMME

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