‹ Å’uvres illustréesChapitre 815 sur 1154 · CANIGOU, DIDIER · texte numérisé non relu

CANIGOU, DIDIER

canigou. Ne vous dérangez pas, c’est moi!

DIDIER. En voilà un!., je ne sais pas comment il s’y prend, mais il arrive toujours quand je suis en colère!

canigou. C’est que vous vous mettez toujours en colère quand j’arrive... Aussi, je ne viens plus vous parler de mes ciuq mille francs... quoiqu’ils me soient bien utiles, et qu’ils ne vous servent à rien...

didier. Encore!

canigou. Je viens seulement d’apprendre par mademoiselle Blanche que la personne dont vous avez hérité, il y a trois quarts d’heure, était ce bon M. Raymond de Marseille.

didier, brusquement. Qu’est-ce que ça te fait? canigou. Tiens ! est-ce que mon père, Sébastien Canigou, n’était pas jardinier chez lui?.. C’est à cause de cela que vous m’avez pris chez vous !

didier. Eh bien?

canigou. Eh bien ! quand ça devrait me coûter un peu cher, je viens vous demander s’il faut que je prenne le deuil? l’habit noir?

didier. Toi?

canigou. Il est vrai que cet habit-là pourra aussi me servir pour mon mariage.

didier. Toi, le deuil!., et à quoi bon?

canigou. Parce que M. Raymond était mon parrain. didier, stupéfait. Son parrain !

CANIGOU

Air : Contentons-nous d'une simple bouteille.

Mon vrai parrain! et pour lui que j’honore,

J’ veux prendr’ le deuil!., avant tout cependant Instruisez-moi d’un détail que j’ignore.

Si mon parrain, dedans son testament.

Ne laisse rien à son filleul qui l’aime,

Il n’est pas just’ que je le pleure ici.

J’ai bien assez d’ m’affliger pour moi-même,

Sans êtr’ forcé de m’affliger pour lui.

didier, le prenant par la main. Es-tu bien sur de ce que tu me dis là?

canigou. Ceriainement!

didier. Tu es le filleul de Raymond?

canigou. Et depuis longtemps! (A demi-voix.) Est-ce qu’il y a quelque chose pour moi?

didier. Quelle preuve en as-tu ?

canigou. D’abord, son nom qu’il m’a donné... rien que cela! (A demi-voix .) Combien y a-t-il?

didier. Tu te nommes Charles’

canigou. Charles Canigou, dit Chariot... mais sur mon extrait de baptême il y a Charles, vous le verrez! didier. Mais alors ta mère était...

canigou. Certainement... sa jardinière; Jacqueline, la jolie jardinière, comme on disaitalors; une beauté dans son temps, parce qu’à présent... (A demi-voix.) Est-ce qu’il y aurait aussi quelque chose pour elle?.. Ça serait juste! vu qu’il a eu des torts à son égard.

didier. Des torts?

canigou. Je m’en souviens!., moi qui suis venu au monde dans la maison !.. même que j’y ai été élevé jusqu’à l’àge de trois ans. D’abord, il nous aimait bien, mon parrain... moi et maman la belle Jacqueline!., pour le papa Canigou, il no pouvait pas le sentir; et puis un jour voTà qu’il nous mut tous à la porte... Ce n’était pas bien... mais s’il se repent, s’il répare cela aujourd’hui. .. A combien que ça se monte, son repentir?

didier, avec émotion. Je te le dirai; va seulement me chercher ton extrait de baptême!

canigou. Je l’ai là-liaut avec mon livret... et mes autres papiers... Tout ce que je demande seulement, je ne suis

DIDIER L’HONNÈTE HOMME.

pas exigeant, c’est que ça aille à cinq mille francs... vous savez pourquoi?

DIDIER, de même. Si tu es ce que je crois, ce sera plus encore !

canigou. Quinze?

didier Sois tranquille.

canigou. Ou bien trente!..

didier, avec impatience. Comme tu voudras ! canigou. C’est qu’alors j’en voudrais soixante... je l’aimerais mieux!..

DIDIER, de même. Qu’à cela ne tienne... ce que je t’ai dit doit te suffire.

canigou. Non pas!., parce que vous comprenez bien que si ça peut s’élever jusqu’à la centaine... Cent, voyez-vous, c’est un compte rond !

didier, avec colère. Je ne te dis pas non... Va me chercher ce que je te demande... et nous verrons.

canigou, hors de lui. J’y vas... je reviens!.. Cent mille francs... est-il possible... c’est là ce qu’il me fallait!.. J’ai donc enfin le nécessaire !..

CANIGOU

Air : Pardon, car je crois voir.

Ah! quel événement!

C’est donc pour moi le testament;

Le ciel me devait ce présent !

Si longtemps indigent,

C’est donc mon tour! j’ai de l’argent,

Je suis riche à présent.

Je puis comme eux, je puis être insolent;

J’ai des écus, je suis riche à présent :

Salucz-moi, j’ai de l’argent!

didier, à part.

Dieu! quel événement!

Fortune ou hasard inconstant,

Vous changez tout en un instant!

O pouvoir de l’argent!

Pour sa raison je crains vraiment,

Tant son bonheur est grand !

Allons, modère un tel enivrement.

Pour sa raison, je tremble en ce moment. canigou, à Montmorin qui entre.

Vous m’aid'rez, M’sieur le notaire,

A placer mes fonds... Ah! grands dieux!

Je n’ peux plus épouser la mercière.

Il me faut quelque chose de mieux.

MONTMORIN

Qu’a-t-il donc?

canigou.

Ce que j’ai?

ENSEMBLE

Ali ! quel événement, etc.

DIDIER

Dieu ! quel événement !

Fortune ou hasard inconstant.

MONTMORIN

Dieu! quel extravagant!

Que rêve-t-il en ce moment?

Que parle-t-il de testament ?

En lui quel changement!

Non, je ne conçois rien, vraiment,

A son air insolent!

Pour sa raison je crains en ce moment.

Réponds ! réponds ! d’où vient ce changement.

( Canigou sort.)

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