SCENE PREMIERE
LA DUCHESSE, près d'une table , écrivant des lettres , GOETHE.
un huissier, précédant Gœlhe. Monsieur Wolf Goethe. la duchesse. Très-bien... je suis à lui. (Achevant d'écrire et se levant.) Je vous ai écrit, Monsieur...
goethe. C’est à madame la duchesse de Stadion que j’ai l’honneur d’ètre présenté?..
la duchesse. Moi-mème, première dame d’honneur de la duchesse de Saxe-Weymar ; et c’est en son nom, ou plutôt en celui* de son neveu Charles-Auguste, le prince héréditaire, que je vous ai prié de vouloir bien vous rendre au château de Tierfulh.
goetue. Me voici aux ordres de Son Altesse, et aux vôtres, Madame.
la duchesse. Monsieur Goethe, ici, à la cour de Weymar, nous aimons beaucoup les arts, la littérature... surtout la liltérature dramatique; nous avons lu comme
toute l’Allemagne, Goethe de Berlichingen, que vous avez composé pour la lecture, plutôt que pour le théâtre. goethe. C’est vrai, Madame.
la duchesse. Eh bien! Monsieur, le. prince héréditaire qui s’est passionné pour cet ouvrage, a le vif désir de le voir représenter... Est- ce possible?
goethe. Oui, Madame, en supprimant quelques développements... et puis cela dépendra des acteurs.
la duchesse. Ali ! pour cela, ne vous inquiétez pas, nous en avons d’excellents, le prince lui même, moi, le chambellan mon mari, jusqu’au surintendant des finances, M. de Muldorf, qui apporte une lettre... et puis, toutes les plus jolies femmes de la cour pour actrices... Vous distribuerez vous-même les rôles.
goetue. Le difficile sera de choisir.
la duchesse. Ainsi, vous acceptez l’offre de Son Altesse ? goetue. Pour un pauvre jeune homme à peine connu... c’est un grand honneur!
la duchesse. Et peut-être une source de fortune... Le prince héréditaire veut créer, je le sais, une place de directeur des spectacles de la cour... cela vous revient de droit, à vous, qui aurez dirigé nos premières répétitions... Je vais donc lui annoncer votre arrivée... il est ce matin très-occupé...
goethe. En vérité!
MAITRE JEAN
la duchesse. De notre concert de ce soir, et de notre représentation de demain. . Nous donnons un ouvrage de vous : les Caprices d’un Amant, votre premier ouvrage, je crois!
goethe. Oui, Madame ; et, malgré mon père qui en a été furieux, je l'ai fait jouer, il y a quelques mois, à Francfort.
la duchesse. Et puis, une petite pièce où il y a un rôle d’ingénue... Le prince s’intéresse beaucoup à ce rôle... Je vous expliquerai cela... je vous dirai ses idées, à lui... et les miennes, à moi... vous n’aurez qu’à vous i laisser guider... Du reste, je vous l’ai dit, vous êtes entièrement libre. . je liens seulement à ce que votre principal rôle soit bien joué... c’est l’essentiel! goethe. Vous êtes trop bonne. ..
la duchesse. Voilà pourquoi je vous le demanderai.
ENSEMBLE
Air : Bon voyageur (du Serment d’Auber).
goethe, s’inclinant.
En vérité, c’est trop d’honneur!
[A part.)
Sur l’avenir qui m’inquiète.
Vous avez rassuré mon coeur,
Et désormais je n’ai plus peur.
la duchesse.
Comptez toujours sur ma faveur.
Dans ce rôle, je suis parfaite!
J’aime les arts avec ardeur.
Et les servir est mon bonheur !
Je vois le prince et reviens à l’instant.
{A part.)
De ce monsieur je suis fort satisfaite.
( Haut .)
Moi, j’ai toujours protégé le talent.
(A part.)
Il n’est vraiment pas mal... pour un poëte. REPRISE.
Comptez toujours, etc.
(Elle sort par la gauche.)
GOETHE
En vérité, etc.
ijïiN. Suis-je heureux de le rencontrer! — Acte 1, scène 3.