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SCENE IX

ASHÉVRUS, à gauche ; THÉODORA, venant du port, et se dirigeant vers sa maison, à droite.

ashvérus, poussant un cri de joie.

Théodora!.. qu’ici le ciel m’envoie!.

(Faisant quelques pas vers elle, et sesoutenant à peine.) Ah! malgré moi, je cède... à mon trouble... à ma joie! DUO.

théodora, l’apercevant.

Un pauvre voyageur!..

ashvérus.

Errant et misérable !..

théodora, le regardant.

Que brise la fatigue...

LE JUIF ERRANT

ASHVÉRUS.

...Et que la soif accable!

( Théodora entre un instant dans sa maison, et en ressort tenant un verre d’eau qu’elle offre à Ashvérus.) THÉODORA.

Tenez!., tenez!., buvez!..

ashvérus, à part.

... O remords!., ô douleur!

Cette eau!., par moi, jadis, refusée au Sauveur!

C A part, et jetant le verre d'eau sans que Théodora le voie.)

Non, je ne boirai pas!..

( Rendant le verre à Théodora.)

... Merci, merci, ma fille!

[La regardant, ainsi que l’enfant.)

O mon seul bien sur terre!., ô ma seule famille!

théodora, lui montrant la maison.

Entrez en mon logis...

ASHVÉRUS.

... Je ne puis m’arrêter!

Un seul quart d’heure, à peine, ici je puis rester !

théodora, le regardant avec émotion.

Qu’ai-je entendu?..

ENSEMBLE

ASHVÉRUS.

Rien ne suspend des heures L’impitoyable cours !

Heureuse, tu demeures !

Moi, je marche toujours !

La voix que je redoute Bientôt va retentir,

Me traçant une route Qui ne doit pas finir!

théodora, le regardant toujours.

Eh! quoi... pour lui... des heures Rien ne suspend le cours!

Et loin de nos demeures 11 doit marcher toujours !

Aveu que je redoute.

Et qui me fait frémir...

„ C’est lui... c’est lui sans doute!

Il vient de se trahir !

théodora, étendant les bras vers lui.

Mon père!..

ASHVERUS.

... C’est loi qui l’as dit!

Oui, ce chef de ta race... un proscrit!., un maudit!

A qui, depuis mille ans, la colère céleste

N’a permis qu’un bonheur... celui de t’embrasser!

théodora, courant dans ses bras.

Mon père !..

ASHVÉRUS.

... Le temps vole, et je dois me presser! (Remettant l’enfant dans les bras de Théodora.) D’uu sang royal voici le dernier reste !

Cet enfant... je le livre à tes soins, à ta foi!

Veille sur lui... je veillerai sur toi!..

Adieu!..

théodora.

... Restez encor!., restez auprès de moi !

(On entend dans les deux une musique d’un caractère imposant et terrible.)

ASHVERUS.

Eh! ne l’entends-tu pas.

Cette voix terrible et fatale?..

Ah! que ne puis-je encor, vous pressant dans mes bras, (Lui montrant l’enfant.)

Vous bénir toutes deux!..

(Se sentant repousser loin de Théodora par une force invisible.)

. . Mais Dieu ne le veut pas!

De ce noir tourbillon l’invincible raffale Emporte loin d’ici ma douleur et mes pas !

ensemble, au milieu de la foudre et des éclairs.

ASHVÉRUS.

L’éclair rayonne!

La foudre tonne En longs éclats !

Ma force est vaine.

Le vent entraîne Au loin mes pas!

Fille chérie,

Tu m’es ravie!

Il faut partir!

O loi cruelle!

Peine éternelle!

Toujours souffrir!

Jamais mourir!

THÉODORA

L’éclair rayonne!

La foudre tonne En longs éclats!

Sa force est vaine,

Le vent entraîne Au loin ses pas !

( Prenant l’enfant.)

Fille chérie,

A toi ma vie.

Mon avenir!

(A Ashvérus.)

Veille sur elle...

Ma voix t’appelle,

Pourquoi partir Sans nous bénir

(Le ciel est en feu. — La foudre éclate. — La trompette céleste retentit. — Ashvérus s’enfuit, repoussé par la puissance invisible qui l’éloigne de Théodora.)

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