SCÈNE PREMIÈRE
Le théâtre représente un site agreste attenant à la demeure de Théodora.
IRÈNE, la jeune fille de Baudoin, que l’on a vue enfant au premier acte, et LÉON, tous deux assis sur un banc rustique, lisent ensemble dans le même livre ; THÉODORA entre par le fond.
théodora, s’arrêtant, et désignant Irène et Léon, qui ne la voient pas.
RÉCITATIF
Douze ans sont écoulés depuis que ma tendresse Les conduisit tous deux sur ces bords étrangers. [cesse Frère et sœur, l’un pour l’autre... Ah! puissent-ils sans Vivre ainsi loin du monde, hélas! et des dangers!.. (S’approchant d’Irène et de Léon, et leur adressant la parole.)
Vous lisez, je le vois, les saintes Écritures?
IRÈNE
Où j’apprends chaque jour à vous chérir tous deux,
O ma sœur!., ô mon frère!..
Léon, se levant, et s’éloignant d’Irène.
Ah! cachons à leurs yeux De mon cœur ulcéré les mortelles blessures !
TRIO
ENSEMBLE
irène, à Théodora.
Dans ce riant asile S’écoulent mes beaux jours;
LE JUIF ERRANT
J'y veux vivre tranquille En vous aimant toujours!
leon, à part.
Affreux tourments, remords stérile!
Qui me poursuit la nuit, le jour!
Hélas! ma force est inutile
Pour vaincre un trop coupable amour !
THÉODORA
Puissé-je, en cet asile Témoin de vos beaux jours.
Calme, heureuse et tranquille.
Vous conserver toujours!
Léon, à Théodora.
Des rives de l’Escaut, où le ciel nous üt naître.
Ma sœur, sommes-nous donc éloignés pour toujours?
THÉODORA
Baudoin, comte de Flandre, était notre seul maître, Quand Dieu permit qu’il fût empereur d’Orient.
Je voulus le rejoindre, et j’allais à Byzance Le revoir, le servir...
(A part, et regardant Irène.)
Lui rendre son enfant!
( liant .)
Lorsqu’en route, j’appris ses revers, sa souffrance Et sa mort. En ces lieux, au pied du mont Hémus,
Je vins cacher vos jours, élever votre enfance, Attendant du Très-Haut les décrets inconnus!
ENSEMBLE
iréne, à Théodora.
Dans ce riant asile, etc., etc.
Léon, à part.
Affreux tourments, remords stérile, etc., etc.
THEODORA
Puissé-je, en cet asile, etc., etc.
ENSEMBLE
Léon, à part, regardant Irène avec amour.
Cruels remords!
O vains efforts !
Oui, près de moi Quand je la voi.
Mon cœur succombe,
Et dans la tombe Il faut la fuir ;
Il faut mourir...
Dieu tout-puissant.
Juste et clément,
Cach -leur Ma douleur Et l’ardeur Dont mon cœur Et rougit,
Et frémit 1
irène et théodora, examinant Leon.
Mon D.eu, quelle douleur soudaine Eclate en son cœur en ce jour!
Je voudrais partager la peine Qu’il veut cacher à notre amour !
iréne, s’élançant près de Léon.
O mon frère!., mon frère!..
théodora, la retenant.
Silence!
(Se tournant vers la porte du fond.
Des étrangers eu ce logis!