‹ Å’uvres illustréesChapitre 9 sur 1154 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les précédents, ZANETTA.

zanetta, tenant une corbeille de fleurs, et faisant la révérence.

premier codflet.

Voici la jardinière,

Qui choisit, pour vous plaire.

Ses plus jolis bouquets!

Ces fleurs, par moi chéries.

Que pour vous j’ai cueillies.

Madame, acceptez-les!

Prenez, noble princesse;

C’est la seule richesse De l’humble Zanetta!

Son bouquet, le voilà.

Le voilà,

Là!

ZANETTA

DEUXIÈME COUPLET

Voyez, dans ma corbeille,

Près la rose -vermeille ,

Le blanc camélia!

Voyez ces fleurs nouvelles,

Qui sont fraîches et belles Comme vous, signora.

Prenez, noble princesse;

C’est la seule richesse De l’humble Zanetta!

Son bouquet, le voilà,

Le voilà,

Là!

la princesse. Eh mais!., ce présent est très-gracieux, très-aimablo... et vous aussi, ma belle enfant!.. Qui êtesvous?,.

zanetta. Zanetta... la jardinière du château. C’est mon père qui est le concierge... Pietro Thomassi... un ancien militaire.,, un brigadier... un grand seigneur lui a fait avoir cette place, à cause de ses blessures.

la princesse. Le grand seigneur a fort bien fait, et je l’approuve.

zanetta. J’ai aperçu des dames de votre suite qui, par vos ordres, cueillaient des fleurs. J’en demande pardon à votre altesse, mais toutes grandes dames qu’elles sont, elles ne s’y connaissent pas du tout. . tandis que moi, j’ai choisi tout de suite ce qu’il y avait de mieux.

la princesse. Je vous on remercie. (4 Rodolphe.) Je ne l’avais pas encore vue.

Rodolphe, la regardant à peine. Ni moi non plus. zanetta. Je crois bien!., quand la cour vient ici, vous ne sortez pas de vos appartements dorés, et vous ne descendez jamais dans nos jardins, qui en valent cependant la peine... je m'eu vante!..

la princesse. C’est un tort que je réparerai... cl, en attendant, ma chère Zanetta, je veux me charger de toi et de ton avenir.

zanetta. Ça se pourrait bien!

la princesse, riant. Comment? cela se pourrait bien !.. je te dis que cela est.

zanetta. Eh bien ! ça ne m’étonne pas, et je m’y attendais presque.

LA princesse, étonnée. Et pour quelles raisons? zanetta. Je vais vous le dire : il y a, dans les environs de Palerme, une vieille sibylle qui, pour un demi-carolus apprend l’avenir à tout le monde.

la princesse. Et tu l'as consultée?

zanetta. Pas plus tard qu’hier... et en regardant, avec sa lunette, dans ma main, elle m’a dit : « Voilà une ligne qui indique que vous ferez fortune... que vous aurez un ou deux seigneurs... peut-être plus, qui vous feront la cour... finalement, vous serez une grande dame... » Or, la sorcière dit toujours vrai quand on la paie comptant, et j’ai payé d’avance.

la princesse. Alors, il n’y a pas de doutes possibles. zanetta. Aussi, vous voyez... ça commence déjà... voilà votre protection qui arrive, et peut-être d’autres encore...

la princesse, souriant. En effet, cela ne m’étonnerait pas.,. Petite, tu viendras tous les matins renouveler les fleursdu pavillon. Enattendant, arrange- moi, pour ce matin, un bouquet à la place de celui-ci ( Montrant celui qu’elle détache de sa ceinture.) o tun autre pour le bal de ce soir.

zanetta. Votre altesse a raison, cela vaudra toujours mieux ( Montrant le bouquet que la princesse tient à la main.) quevos fleurs artificielles.,, quelque belles qu’elles soient... ( Zanetta s’approche du bosquet, à droite, où est une table sur laquelle elle a placé sa corbeille. Elle y prend des fleurs qu’elle assortit, et dont elle forme un bouquet.)

la princesse, pendant ce temps, prenant Rodolphe à part. Ecoutez-moi, Rodolphe : Vous voyez celte jeune fille... c’est d’elle dont il faut que vous soyez l’amoureux en titre.

Rodolphe. Votre altesse n’y pense pas?

la princesse. Si vraiment!.,

Rodolphe. Mais, c’est d’une extravagance... la princesse. Tant mieux ! on s’en occupera davantage ,. plus ce sera absurde et bizarre et plus cela fera de bruit à la cour; c’est justement ce qu’il faut pour détourner de nous l’attention publique,

Rodolphe. Permettez, cependant...

la princesse. N’est oc pas d!ailleurs cette tnclination romanesque et impossible, cette mésalliance que vous avez promise à mon frère?., vous lui tenez parole,

Rodolphe. Mais quelque envie que j’aie de vous plaire et de vous obéir, je ne pourrai jamais,..

la princesse, souriant. C’est ce que je veux.

Rodolphe. Il me sera impossible d’être galant et assidu auprès de celti paysanne, de cette petite niaise.

la princesse. Vous n’en aurez que plus de mérite. Tout dépend d’ailleurs de l'imagination : ce que vous lui direz, persuadez-vous que c’est à moi que vous l’adressez. noDOLFUE. Ah! cruelle!., vous me raillez encore? la princesse. Non! mais je le veux... je l’exige,,, ou plulût, j'ai tort de parler en princesse. (. Lui tendant la main.) Mon ami, je vous en prie. Et à mon tour, pour reconnaître un si beau dévouement... (Lui présentait le bouquet de fleurs artificielles qu’elle tenait à la main.) tenez... gardez ces fleurs, et quelque demande que vous m’adressiez un jour... je jure, ma parole royale, de vous l’accorder sur-lo-champ... à la vue seule de co bouquet... rodûlphe, avec transport. Ah! Madame!..

la princesse, retirant sa main. Imprudent!.. (S’avançant vers Zanetta.) Eh bien ! ce bouquet est-il prêt? zanetta. Oui, Madame... et digne d'une reine, comme

probablement vous le serez UO jour!

la princesse, vivement. Non pas .. je l’espère! (Bas, à Rodolphe.) Je vous laisse .. faites votre déclaration; mais hàtez-vous, car je vais m’arranger pour vous envoyer des témoins. (Elle sort en laissant son éventail sur la table du bosquet et en faisant signe « Rodolphe de faire la cour à Zanetta,)

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