SCENE X
RODOLPHE, ZANETTA
DUO
Rodolphe, à part.
M’imposer un devoir semblable !
Ah! pour moi, quel mortel ennui!
Et dans le dépit qui m'accable,
Que faire?., et que lui dire ici?..
zanetta, à part.
Qu’il est gentil, qu’il est aimable !
Et qu’il me parait bien ainsi!,.
Mais, hélas! quel chagrin l’accable,
Et dans ses traits quel sombre ennui !
Qui peut donc l'attrister ainsi ?
(S’approchant de lui timidement, après une révérence.) Je voudrais bien, Monseigneur, mais je n ose Vous aborder!..
RODOLPHE
Pourquoi pas?., tu le peux?
zanetta, avec compassion.
Vous avez l’air si malheureux!
Rodolphe, vivement.
Tu dis vrai!
ZANETTA
C’est bien mal! .. Qui donc ainsi s’expose A vous fâcher?
rodolpue, à part.
La pauvre enfant Me le demande ingénument!
Et ne sait pas, morbleu, qu’elle seule en est cause !
(Haut.) .
Mais, à mon tour, Zanetta, je voudrais...
ZANETTA
zanetta, vivoment.
Quoi donc?
Rodolphe, t'approchant d'elle, avec embarras. C’est quo, vois-tu...
{A part et s'éloignant d’elle.)
Je no pourrai Jamais !
ENSEMBLE
Vous, qui brillez par vos conquêtes, Apprenez-moi comment vous faites.
Pour exprimer sans embarras L’amour que vous n’éprouvez pas ?
Moi, je le veux... et ne poux pag!
J’essaye en vain, je ne peux pas ;
Non, non, je ne peux pas!
ZANETTA
Quoi détourner ainsi la tâte,
Lorsqu’à l'écouter je m’apprête ! . .
Mais on ne doit peut-être pas Aux grands seigneurs, parler, hélas!
Je n’ose plus taire un seul pas!
Je n’ose pas!
Non, non, je n’ose pas!
Rodolphe, à part, et cherchant à se donner du courage.
A ma promesse, allons! soyons fidèle...
Mais, avant de tomber aux geuoux d’une belle,
Il faut lui dire au moins non nom!
(Haut.)
Ma belle enfant.
Savez-vous qui je suis?
ZANETTA
Depuis longtemps !
Rodolphe, étonné,
Comment?
ZANETTA
Depuis plus de trois ans!., c’était lors de la guerre... Le comte Rodolphe, autrefois,
S’arrêta dans notre chaumière !
11 l’a sans doute oublié?
RODOLPHE
Non!..
(A pari, riant.)
Je crois
Que j’y suis enfin !
(Haut, avec chaleur.
Non, ma chère!
J’en ai toujours gardé fidôlo souvenir.
ZANETTA
Serait-il vrai?
RODOLPHE
Rien n’a pu le bannir !
Et s’il faut que je vous apprenne C.s noirs chagrins, cette secrète peine.
Sur lesquels votre cœur interrogeait le mien...
zanetta, avec émotion,
Eh bien! Monseigneur?..
Rodolphe, hésitant.
Eh bion! ch bien!..
ENSEMBLE
Rodolphe, à part, s’éloignant d’elle.
Ah! dites-moi comment vous faites,
Vous qui brillez par vos conquêtes ;
Comment peindre sans embarras L’amour que l’on n’éprouve pas?
Moi, je le veux... et ne peux pas.
J’essaye en vain, je ne peux pas,
Non, non, je ne peux pas! j
ZANETTA
Quoi! détourner ainsi la tète,
Lorsqu’à l’écouter je m’apprête.
Mais c’est bien étonnant, hélas!
Pourquoi donc ne parle-t-il pas?
Oui... l’on dirait qu’il n’ose pas!
Il n’ose pas.
Rodolphe, regardant du côté du bosquet.
Dieu ! le baron qui vient de ce côté !
Et que vers nous sans doute envoya la princesse.
Allons! allons! il le faut... le temps presse!
Et j’ai déjà trop longtemps hésité!..
(En ce moment paraît le baron dans le bosquet. Il aper-
çoit et prend sur la table l'éventail que la princesse y a laissé et qu’elle lui a envoyé chercher. Il va s’éloigner, lorsqu’il aperçoit Rodolphe en tcte-à-lcte avec Zanetta. Il fait un geste de surprise et de curiosité et se retire dans l’intérieur du bosquet en faisant signe qu’il va écouter.)
Rodolphe, qui, pendant oc temps , a suivi de Vœu le baron, s'adresse à haute voix et avec véhémence à Zanetta..
Eh bien ! à votre cœur, 11 faut faire connaître Ce secret dont le mien, enfin n’est plus le maître... zanetta, étonnée.
Quo dit-il?..
RODOLPHE
Je voulais et vous fuir et bannir Un amour dont mon nom m’oblige de rougir ;
Mais malgré mes combats, malgré vous et inoi-même,
Il le faut... il le faut!.. Zanetta, je vous aima!
(Zanetta pousse un cri. Le baron avance sa tête dans le bosquet, fait un geste de joie et de surprise, et sc retire en indiquant qu'il écoute toujours .1