‹ Å’uvres illustréesChapitre 979 sur 1154 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les mêmes, LE PRINCE.

le prince. Oui, grand homme!.. Et d’après ce que j’ai vu, tout lui est ^possible !

cagliostro. Vous vous exagérez quelques résultats, dus au hasard plus qu’à la science!

le prince. Je peux parler sans crainte devant Monsieur qui vous doit la vie... et moi, je viens vous demander bien plus encore... oui... plus que la vie!

caracoli. Vi m’étonnez!., car ze connais peu de choses piu indispensables et piu utiles per vivre.

le prince. J'ai un nom, de la naissance... je ne suis pas mal...

caracoli. Vi êtes très-bien !

le prince. Je suis un des plus riches seigneurs de la Bavière, et, de plus, amoureux à en perdre la tête, d’une personne qui ne m’aime pas et se moque de moi! cagliostro. Ce n’est pas naturel!

caracoli. Il y a un sort!

le prince. C’est ce qui me semble !.. Et ne pourrait-on pas combattre ce sort?

cagliostro. Je vous ai dit que tout était possible. le prince, avec transport. Ah ! tout ce que je possède est à vous!

cagliostro. Quelle est cette personne?

le prince, vivement. Ce qu’elle est!., charmante, adorable!.. Rien que d’en parler, le cœur me bat, et la fièvre me prend... Voyez plutôt...

caracoli. Pauvre prince!

cagliostro. Je vous demande qui elle êst? le prince. Une fée, une magicienne, une sorcière!.. cagliostro. Mais son rang?"., une comtesse, une marquise?

le prince. Si cg n’était que cela, je n’aurais pas besoin de vous.

cagliostro. O ciel! une princesse?

le prince. Bien plus encore!., une reine, une déesse ... la diva Gorilla, la première cantatrice de l’Italie!

cagliostro. Pardon! pardon... absent du pays depuis rinq ans, je ne connais pas...

caracoli. Ze connais pas davantage!

le prince. Vous ne connaissez pas laCorilla?.. la prima donna de San Carlo!., c’est là où je l’ai vue et entendue pour la première fois... Depuis, elle a été à Venise et à Milan... je l’y ai suivie et admirée de loin, et toujours aux premières loges. ..Elle est depuis quelques jours à Paris... voilà pourquoi je suis venu en France... et comme elle doit bientôt partir pour Vienne, je m’apprête à voyager en Allemagne... C’est ainsi que j’aurai fait mon tour d'Europe. cagliostro. Et elle ne vous aime pas?

le prince. Non, monsieur le comte!

caracoli. Elle veut que vi l’épousiez!

le prince. Je le lui ai proposé... et elle refuse! cagliostro, étonné. Votre main et votre fortune? le prince. Oui, Monsieur!

cagliostro. Oh ! ce n’est pas une cantatrice comme une autre.

le prince. Je le crois bien... Uue froideur, une indifférence!.. Voilà pourquoi ce n’est pas trop de vos philtres les plus rares, les plus précieux... N’épargnez rien... Si, avec ma fortune, dont je ne sais que faire, j’achète le bonheur qui me manque, c’est toutbénéfice... [Se mettant à table.) Et un mot de moi sur mon banquier... Que vous faut-il? dix, vingt mille livres?

cagliostro. C’est ti%p! c’est trop... la moitié suffira... d’abord... plus tard, nous verrons!

le prince, avec ivresse. Elle m’aimêra donc! elle m’aimera donc bien?

cagliostro. Pas tout de suite... ni trop vivement... Il

ne Tant jamais de doses trop fortes, surtout en amour, qui demande au contraire à être pris peu et souvent.

le prince. Qu’elle commence par ne plus me haïr et parme supporter... voilà tout ce que je demande.

cagliostro. Nous y arriverons. . . Vous me présenterez à elle...

le prince. Elle passe toute la journée à Paris... elle me l’a dit, et ne veut recevoir personne... C’est pour cela que je suis venu à Versailles, faire ma cour au roi et au cardinal de Rohan, à qui j’ai un service à demander! cagliostro. Pour vous ?

le prince. Non, pour elle! toujours pour elle!.. cagliostro. C’est bien... A demain donc!., et bientôt, je l’espère, je vous remettrai cette fiole! Silence! (Un domestique entre par la porte à gauche, et s’adresse à Caracoli.)

le domestique. Madame a fait préparer pour monsieur le marquis une collation dans la pièce à côté. caracoli, vivement. Z’y vais!

cagliostro, bas. Et observe toujours !

caracoli, bas. A zeun, ze souis mauvais observateur... ma, dès que z’aurai manzé...

le domestique, à Cagliostro. Madame la marquise prie monsieur le comte de l’attendre ici, dans une demiheure. [Le domestique sort.)

cagliostro. Oui, certes! [A part.) Et sa petite-fille qui m’attend au jardin... j’y cours... Il faut de l’ordre dans ses rendez-vous... [Au prince.) Adieu, Monseigneur, dès demain... dès aujourd’hui même, cela ira mieux, je vous le promets... [Il sort par la porte du fond, et Caracoli par la porte à gauche.)

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