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SCENE XIII

LA MARQUISE, CAGLIOSTRO, entrant par la porte du fond.

CAGLiosmo. Enfin, me voici libre et tout à vous, Madame !

la marquise, indiquant la porte à gauche, Silence ! Voyez a cette porte! (Elle vu, pendant o» temps, regarder à la porte à droite )

cagliostro, entr'ouvrant la porte à gauche, et apercevant Caracoli , lui dit à demi-voix: Ah| tu es toujours là?

caracoli, de mim(. Le rival a fait sa demande officielle.. Je l’ai entendu et bien d’autres choses encore | cagliostro, vivement , poussant ta porte. C’est bien; écoute et sois à ta réplique.

la marquise, revenant. Nous sommes seul»!.. Personne. .

cagliostro. Personne!..

la marquise. Ne peut venir non» interrompre ? CAGLiosTRO.fi part. Per Dio! qu'est-ce que cela signifie? la marquise. Veuillo» vous asseoir près de moi... plus près...

cagliostro, s'asseyant, à part. Est-ce que je serais voué aux grandes aventures !

la marquise. Monsieur le comte, vos talents et votre mérite...

cagliostro, à part. Je crains d'en avoir trop! la marquise. M ont inspiré une confiance dont je vais vous donner la pins grande do tonies les preuves. cagliostro, à part. Ceci devient effrayant! la marquise. Le rang et la fortune que je possède, ma position à la cour, nu m'empêchant pas d’être la plus malheureuse des femmes... et je donnerais à l’instant lout ce que j'ai... pour ce que je u’ai plus...

cagliostro. Que voulez-vous dire, Madame? la marquise. Telle que vous me voyez, monsieur le comte, j’ai été adorée, courtisée ; lo feu roi lui-mème et toute sa cour ont éiô âmes pieds... Enfin, j’ai eu la jeunesse la plus brillante, la plus lollc, la plus enivrante... et cette jeunesse je l’ai fait durer, je puis le dire, aussi longtemps que possible... Mais enfin, l’on a beau faire... il vient un moment où l’on est obligé de l’abandonner... c’est celui où décidément...

cagliostro. Elle vous abandonne !

la marquise. Vous l’avez dit... C’est elle qui a commencé... et depuis, je ne l’ai jamais revue... mais jamais aussi je n’ai cessé d’y penser et de la regretter... 11 n’y a pas de nuit où je ne me retrouve, en rêve, devant une glace... ayec mes attraits et ma fraîcheur de dix-liuit ans... ou bien, je me vois entrer dans les salons de Versailles,., dans un hal à la cour !..

cagliostro. En grande toilette ?

la marquise. Au contraire!., en robe de gaze... les bras nus et une rose dans les cheveux... et de tous les coins de la salle s’élèvent des exclamations de surprise, d’amour, d’envie... murmures enivrants qui, par malheur! me réveillent et me désespèrent... Eh bien ! monsieur le comte, eh bien! dites-moi... n’y aurait-il pas moyen de faire de mon rêve une réalité?

cagliostro. Quoi ! c’est cela que vous me demandez ? la marquise. Répondez-moi, de grâce!

cagliostro, à part. Ma foi, il faut tout risquer ! la marquise. Cela est-il possible?

cagliostro, ouec aplomb. Oui, Madame!

LA marquise, poussant un cri. Ah! je vous crois!., car le cœur me bat déjà comme à quinze ans ! il les a...

cagliostro. Le difficile maintenant est que tout le reste revienne au même âge... et pour y parvenir... la marquise. Vous avez dit que cela était possible! cagliostro. Eh! sans doute!., mais je dois vous parler avec franchise...

la marquise. Il le faut!

cagliostro. Si je tente uue pareille entreprise... la marquise. Eh bien!

cagliostro. Quel en sera le prix ?

la marquise. Je vous l’ai dit... tout ce que je possède... toute ma fortune!

cagliostro. La fortune, j’y tiens peu!., car je puis, si j’en prends la peine, éclipser tous vos fermiers généraux. la marquise. C’est vrai!

cagliostro. Quant aux titres et aux honneurs, croyezvous que roi ou ministre les refuse à celui qui peut prolonger leurs jour» et leur pouvoir?

la marquise. C’est vrai! Que puis-je donc pour vous? cagliostro. Je vais vous le diro... J’ai vu mademoiselle Cécile, votre petite-fille... Elle a seize ans... elle est charmante, elle ressemble à ce que vous étiez autrefois., ou plutôt à ce que vous allez être... c’est vous dire, madame la marquise, que je n’ai pu la voir sans l’aimer!

LA MARQUISE. Ocicl!

cagliostro. Nommez-moi votre gendre... et je fais pour vous, ma heUe^picre, ce que je ne ferais pour personne au monde,., et je vous donne à la fois la plus grande preuve de mon amour et de mon désinléressement... Car vous faire rétrograder jusqu’à seize ans... c’est vous dire asso* quo je ne compte pas sur votre succession !

la marquise. Oui, oui, vous avez raison... mais mon neveu qui à l’instant même vient de me demander sa couline en mariage.,.

cagliostro. Et vous avez promis?

la marquise. Rien encore... mais ce soir, il doit venir chercher ma réponse.

cagliostro. Je me retire, Madame.

la marquise. Non, non... restez!

cagliostro, avec ironie. Si votre neveu vous aime assez peu pour immoler vos beaux jours aux siens...

la marquise, vivement- Ah! vous dites vrai... je ne me laisserai pas sacrifier par ma famille ! cagliostro, à part. Je l’emporte !

la marquise. A une condition... c’est que vous me donnerez à l'instant cetlc eau merveilleuse !

Cagliostro, à part. Uiavolo! (Haut.) A l’instant, ce serait difficile... car il faut composer cet élixir... et je ne l’obtiens qu’avec le suc des plantes rares cueillies par moi-méme, au péril de ma vie, sur la cime des plus hau es montagnes du globe... Hier encore j’en avais sur moi un

flacon.- •

la marquise, avec impatience. Eli bien?

cagliostro. J'en ai disposé ou faveur d’un vieil ami de quatre-vingt-dix-huit ans... un enfant que j’ai vu naître... un fou, un étourdi, qui a vidé d’un seul trait le flacon que j'ai là!..

la marquise. Vous l’avez encore?

cagliostro, tirant un flacon de sa poche. Oui, Madame, il l’a bu jusqu’à la dernière goutte... (Le regardant.) Non, il en reste encore une ou deux. la marquise. Ah! donnez-ies-moi, de grâce! cagliostro. A quoi bon?.. Il y aurait là à peine de quoi vous rajeunir pendant dix minutes ou un quart d heure. la marquise. C’est toujours un à-compte! cagliostro. Ou plutôt un regret... Les roses revenues un instant sur votre visage ne tardera’ en t pas à disparaître... J’aime mieux vous distiller à loisir pour un siècle de fraîcheur et de beauté... Cela est plus durable!

la marquise. Sans contredit... Maiscelan’empêchepas... Je vous en prie, je vous en supplie... Laissez-moi tenter cette épreuve... Je n’en veux pas d’autre... Après, je consens à tout!

cagliostro, souriant. C’est de la folie! c’est de 1 enfance..!

la marquise. C’est possible !.. Mais quand on est si près d’y revenir...

cagliostro. C’est juste, et je me rends... Voyez seulement si personne ne peut nous surprendre! (La marquise va regarder en dehors, à la porte à droite et à la porte du fond, elle les ferme en dedans au verrou. Cagliostro, pendant ce temps , s'est approché de la porte a gauche que Caracoli vient d’ en tr' ouvrir.)

DUO

cagliostro, bas, à Caracoli.

Tu nous entends?

caracoli, à voix basse.

Si, Signor.

cagliostro, de même.

CAGLIOSTRO

( Regardant autour de lui , pendant que Caracoli ferme la porte.)

. Dans ce salon

Point de trumeau, point de perfde glace...

(Apercevant un petit miroir sur la table à droite.) Si vraiment, ce miroir...

(Il ouvre la fenêtre à gauche, et le jette.) tA marquise, revenant, à Cagliostro.

Que faites-vous, de grâce?

Je regardais... Personne à moi ne vient s’offrir!

Nul indiscret ne peut à présent nous trahir?

LA MARQUISE

Non, non, personne, et prudemment sur nous,

(Allant fermer la porte à gauche.) Fermons ces derniers verrous!

la marquise, avec émotion.

D’espoir et de surprise Je tressaille, et j'ai peur Qu’en mes mains ne se brise Go cristal enchanteur!

O liqueur douce et bonne,

Quoi! pour quelques instants,

Tu vas rendre à l’automne,

Les roses du printemps !

CAGLIOSTRO

D’espoir et de surprise Elle tremble, elle a peur Qu’en ses mains ne se brise Ce cristal enchanteur...

Oui, oui, je vous le donne.

Et pour quelques instants,

Il va rendre à l’automne Les roses du printemps.

la marquise, à Cagliostro d'une voix tremblante. Donnez! donnez!

cagliostro, lui remettant le flacon.

Le voici !

(La marquise avale les dernières gouttes du flacon. cagliostro, d’un air satisfait.

Eh bien? eh bien?

LA MARQUISE

Un miroir! un miroir!

Donnez, je veux me voir!

Je veux me reconnaître !

(Cherchant sur la table.)

Mon miroir ! mon miroir!

Eh bien ! où peut-il être?

Mon miroir ! mon miroir !

cagliostro, cherchant à la calmer.

Silence! on peut nous entendre!

LA MARQUISE

Qu’importe !

caracoli, frappant à la porte en dehors.

Ouvrez, de grâce !

LA MARQUISE

Eh ! mais, on frappe à cette porte !

caracoli.

C’est moi... moi!

LA MARQUISE

caracoli, entrant et regardant la marquise.

O ciel! que vois-je là!

Quelle est cette jeune fille?

la marquise, poussant un cri de joie.

Ah!

CARACOLI.

Mais, qui donc êtes-vous ?

la marquise, riant. j

Monseigneur, qui m’admire...

cagliostro.

Ne vous reconnaît pas !

la marquise, avec joie.

Oui, vraiment, je le voi...

cagliostro, en riant, à Caracoli.

C’est la marquise!

CARACOLI.

Allons, vous voulez rire!

LA MARQUISE

C’est bien moi!

(Avec exaltation.) C’est moi ! c’est moi !

ensemble.

LA MARQUISE

Mon sang s’agite Et court plus vite;

Flamme subite Brûle mes sens!

Ah! quelle ivresse Enchanteresse!

C’est la jeunesse.

C’est le printemps!

Plaisirs et fêtes.

Riches toilettes,

Douces conquêtes.

Tendres amants!

Que sous ma chaîne Vite on revienne.

Car je suis reine;

Oui, j’ai quinze ans !

cagliostro et caracoli.

Son cœur palpite Et bat plus vite;

Flamme subite Brûle ses sens!

Ah ! quelle ivresse Enchanteresse!

C’est la jeunesse.

C’est le printemps!

Plaisirs et fêtes.

Riches toilettes.

Douces conquêtes,

Tendres amants !

Que sous sa chaîne Vite on revienne.

Car elle est reine ;

Elle a quinze ans!

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