‹ Aux Canadiens-Français émigrés [microforme]Chapitre 2 sur 4 · BETTER · texte numérisé non relu

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Moïse pour le peuple de Dieu, car, comme l’a &it un grand penseur et un grand patriote, le regretté M. Etienne Parent, le prêtre ] ne s’est pas contenté de prier du haut de la montagne, il est des- ) cendu avec nous dans la plaine pour combattre les combats de la 3 | religion et de la patrie. S'il nous a appris le grand problème de 1 la vie, s'il nous a appris à cueillir les seules couronnes qui ne - f périssent pas, il est devenu dans bien des cas l’apôtre de notre

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J Ë progrès intellectuel et matériel. Le prêtre fait pour vous ce qu’il D a fait pour nous, c’est votre meilleur ami, votre meilleur guide.

à . Si vous voulez vous sauver, groupez-vous autour de lui. Il vous e enseignera le chemin de la vertu et de l'honneur.

A ce sujet, laissez moi vous dire qu’en visitant aujourd'hui votre ville si florissante, si laborieuse, je ne me suis pas

: contenté d'admirer ses pouvoirs d’eau incomparables, ses vastes 5 filatures, ses cheminées élancées, ses machines et ses métiers sans ? nombie. Au milieu de ces merveilles de l’industrie, je n'ai pu # m'empêcher d'admirer sur plusieurs points l'action bienfaisante à du missionnaire canadien. Oui, j'ai retrouvé son œuvre dans ces “. superbes églises où vous allez entendre la parole inspirée, dans ces ” écoles destinées à former le cour et l'esprit de vos enfants, dans ces , asiles ouverts à toutes les infirmités, toutes les souffrances. J'ai

. retrouvé ici une partie des bonnes œuvres que le Père Oklat a. 5 laissées sur son passage, dans la plupart de nos villes canadiennes et jusque sur les plages glacées de l'extrême Nord. Per-

Je sonne plus que moi n’apprécie le dévouement de cette congréga- Is tion à toutes les nobles causes ; car il m'est donné de représenter id une ville qui lui doit son premier évêque ; qui lui doit son superbe ge

collége où grand nombre de jeunes gens américains viennent è rendre hommage à la supériorité de notre enseignement; qui lui doit beaucoup d’autres fondations utiles; bref, qui est semée

J de ses bienfaits.

Lu À vous maintenant de seconder l’action du clergé, en transplantant aütant que possible sur le sol américain l’organisation

u paroissiale telle qu’elle existe au pays natal. A vous de seconder

son action en fondant des écoles séparées partout ou elles sont

nécessaires. Pas d'écoles sans Dieu, qui sont le dissolvant, le fléau des sociétés modernes ; pas d’écoles sans Dieu qui frappent à leur base toutes les croyances chrétiennes; mais des écoles où la jeunesse apprendra à conserver la religion et la langue de ses pères. Vous avez de superbes couvents que vous devez au zèle admirable de nos religieuses, mais il nous manque des séminaires pour recruter votre clergé, des collèges, des l'ycées, où l’on dispense une instruction qui convienne parfaitement à vos besoins. Oui, soyez en bien convaincus, votre existence natio nale dépend en bonne partie des sacrifices que vous saurez faire pour établir des écoles françaises.

Fondez aussi partout où il y a un groupe canadien, des sociétés Saint Jean-Baptiste qui seront en même temps des sociétés de bienfaisance. Elles seront pour vous un signe de ralliement et d'union. L'association est un des grands leviers du siècle, sachons en tirer parti. C’est ce que vous avez compris en organisant beaucoup d'associations de ce genre, mais vous ne sauriez donner trop de développement à cette œuvre éminemment patriotique.

Encouragez de toutes vos forces les journaux qui se publient au milieu de vous. Règle générale, la presse canadienne des Etats-Unis est rédigée dans un bon esprit, elle s’est beaucoup améliorée sous ce rapport depuis quelques années, et elle ne peut manquer de contribuer puissamment à élever le niveau intellectuel et moral de nos compatriotes. Si la mission du journaliste est parfois aussi ingrate que difficile, elle doit l'être encore davantage dans les conditions exceptionnelles où elle s'exerce ici. Raison de plus pour lui prêter main-forte et l’e,courager à porter haui et ferme en toutes circonstances le drapeau national.

En voyageant aux Etats-Unis j'ai remarqué avec regret qu’un certain nombre de nos compatriotes semblaient rougir de leur origine et traduisaient leurs noms. Ah! élevons-nous de toutes nos forces contre cette tendance regrettable autant que ridicule. Ne rougissons pas de nos noms. Ge sont pour beaucoup les plus

beaux noms de France. Ce sont les noms des compatriotes de Jacques-Cartier, de Champlain, de Larochejaquelein, de Charette, de.Châteaubriand. Ce sont les noms de ces fiers enfants de la Bretagne et de la Normandie, qui ont tracé à la pointe de l'épée quelques-unes des plus belles pages de l’histoire française, et qui eussent sauvé la mère-patrie dans sa dernière guerre, si ?lle avait pu être sauvée. Ce sont les noms des fondateurs de cette Nouvelle France qui, suivant le témoignage du P. Charlevoix, a eu plus de noblesse anciènne qu'aucune autre colonie française. Ah ! r’allons pas ainsi déchirer notre blason, n’allons pas répudier noire sang ; ce serait faire acte d’apostasie.

Pratiquez l’économie. J’ai entendu ce soir avec plaisir l’honorable M. Lilley vanter votre industrie, votre apphcation au travail. C'est un bel éloge, un éloge amplement mérité, le travail étant la première loi imposée à l’homme, Mais ce n'est pas tout de travailler, il faut savoir en profiter. Les sueurs que vous versez coûtent trop ch'r pour être stériles. Epargnez chaque sou dont vous n’avez pas besoin, dans votre intérêt, dans l'intérêt de vos familles. J'ai remarqué dans votre ville des institutions financières s’intitulant modestement: Thefive cents Bank. Apprenez à les visiter souvent, les épargnes les plus minimes porteront leurs fruits. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Sous ce rapport, vous ne sauriez être trop Français. L'économie est en effet l’une des meilleures qualités du paysan, de l’ouvrier, du bourgeois francais. C'est aussi l’un des grands ressorts de la fortune publique, de la prospérité sans égale de l’ancienne mère-patrie. L’épargne peut devenir à un moment donné le salut d'une nation. Ainsi, quand Bismark crut la France broyée sous le talon du uhlan prussien, il lui imposa une rançon de cinq millards, croyant qu’elle ne pourrait jamais y faire face ; mais il avait compté sans l'économie et le patriotisme du peuple français, qui se leva comme un seul homme pour offrir ses épargnes et libérer le territoire. Oui, pratiquez l’économie de toutes vos forces ; avec de l'économie, vous ne craindrez pas de voir le spectre de la misère s'asseoir à vos foyers; avec de l'économie, vous acquerrez l’aisance qui vous permettra de remplirplus facilement vos obligations sociales ; avec’ de l’économie,

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vous pourrez espérer même d'arriver à larichesse, et vous savez qu'aux Etats-Unis plus que partout ailleurs peut-être l'argent est le nerf de bien des choses.

J'ai suivi avec intérêt tous les d'scours que vous avezentendus ce soir, mais je dois à ma franchise, je dois à mon amour pour mon pays, pour ma race, de relever l'opinion exprimée par l’un des vôtres, M. Dubuque, Ce monsieur vous a dit qu'il espérait voir arriver le jour où le Canada formerait partie des Etats-Unis. J'ignore quels sont vos sentiments à cet égard, mais laissez-moi vous dire hautement que, dans l'intérêt de la nationalité, Je suis opposé de toutes mes forces à l'annexion, et que les neuf-dixièmes de nos compatriotes du Canada ne pensent pas autrement.

En maintes circonstances mémorables, en 1775, en 1778 et en 1812, nous avons refusé l’étreinte de l'aigle américain; nous avons même versé notre sang, accompli des prodiges de vaillance, puis fait la journée à jamais mémorable de Châteauguay pour rester Canadiens. Je crois entendre encore retentir les séduisantes parol:s de Washington aux Cauadiens: ‘‘ Venez frères, ‘ vous joindre à nous dans une union indissoluble......Sachez “ distinguer entre les bienfaits de la liberté et l'esclavage qui avilit Oui, généreux citoyens, venez vous ranger sous le drapeau “ de la liberté, sous ce drapeau contre lequel ne prévaudront ‘ jamais la force et les artifices de la tyrannie.” Mais les Canadiens n'oublièrent pas que ceux qui leur parlaient si pompeusement de liberté avaient envoyé une pétition au parlement anglais, en 1774, pour réclamer l'abolition du catholicisme au Canada comme étant, disaient-ils, une religion impie, hypocrite et meurtrière, ! Oui, nous avons refusé de nous rendre à l'appel pressant des Washington et des d'Estaing, et cet appel serait-il présenté sous des formes plus engageantes, qu’il aurait aujour-

1 Voici le texte de la résolution adoptée à cet eflet par le Congrès de Philadelphie :

“ Nous ne pouvons nous empêcher d’être étonnés qu'un parlement britannique ait jamais consenti à permettre une religion qui a inondé de sang l'Angleterre, et qui a répandu. l'impiété, l'hypocrisie, la persécution, le meurtre et la révolte dans toutes les parties du monde,”

d'hui moins d’écho encore qu'il n’en trouva, il y a plus d’un siècle, sur les bords du Saint Laurent.

C'est que nous, Canadiens, avons appris à rêver autre chose que d'ajouter quelques étoiles au drapeau constellé. Nous p'içons nos aspirations plus haut. Altius tendimus. Au lieu d’ambitionner un rôle effacé dans votre république, nous voulons devenir une grande nation au nord de ce continent. Notre seule province de Québec est aussi vaste que la France elle-même, et notre confédération, qui ne connait de limite septentrionale que le pôle nord même, et qui, comme la vôtre, étend ses bras entre deux océans, renferme tout autant d'espace que la république améri- Caine. Oui, nous voulons fonder une nationalité nouvelle, une civilisation plus avancée que la vôtre, une civilisation pétrie de l'esprit chrétien. Nous avons foi dans cette prédiction de l’ur de vos hommes politiques les plus éminents, lillustre William H. Seward : ‘ Les Htats-Unis regretteront un jour d’avoir traité le ‘* Canada avec autant d’orgueil et de jactance. Le Canada est # destiné à devenir le siège d’un immense empire, la Russie du “ nord américain, mais une Russie avec une civilisation plus “ avancée que la Russie d'Europe. Toutes les étoiles politiques “ du Sud doivent s’éteindre, tandisque celles qui éclairent ‘ le pôle nord augmentent toujours en éclat et en splendeur” C'est là l'avenir que nous rêvons pour notre pays, et c’est notre foi robuste, notre foi inébranlable dans cet avenir, qui nous empêche de courir toutes ies autres aventures politiques que l’on pourrait nous proposer.

En second lieu, nous ne voulons pas de l'annexion, parce que nos institutions politiques sont plus libres que les vôtres. Nous les regardons comme supérieures aux institutions purement anglaises, comme supérieures aux institutions républicaines. Notre système fédéral est mieux équilibré et plus véritablement responsable que le vôtre. Vos gouvernants sont inamovibles durant une période fixe, l’impeachmaent' et la balle de l'assassin

veuvent seuls les déloger du pouvoir; tandis que les nôtres

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peuvent être révoqués chaque fois qu'ils déméritent de leurs concitoyens.

Nos institutions renferment plus de garanties que les vôtres pour les droits des minorités. Non loin d'ici, dans l'Etat du New-Hempshire, sur cette terre tant vantée de la liberté, un catholique était jusqu’à tout dernièrement un paria politique, il ne nouvait obtenir aucune charge publique. Eh bien, il n’est pas une seule province canadienne où ia constitution ostracise ainsi ceux qui professent nos croyances religieuses. Tous sont égaux devant la loi.

J'ai entendu discuter dans votre convention la question de l'établissement des écoles françaises, Or, l’objection principale | qu’on a formulée est qu’il vous faudra continuer de payer la taxe l'Etat si vous voulez fonder des écoles françaises. Au Canada, rien de tel. La minorité es! protégée autant. que la majorité. El n’y est pas fait violence à ses sentiments, à ses convictions les plus chères. Dans la province d'Ontario, la province la plus anglaise de la Confédération, nos compatriotes ont non seulement droit d'établir des écoles séparées, sans être tenus de contribuer au fonds des écoles communes, mais ils recoivent même une allocation de l'Etat au prorata du nombre des élèves. Cependant vous êtes relativement plus nombreux au Massachusetts que ne le sont nos nationaux dans Ontario. La minorité protestante est traitée avec encore plus de libéralité dans la province de Québec. Eh bien, je vous le demande, notre système n'est-il pas infiniment plus libre que le vôtre, n'offre t-il pas plus de sauvegarde pour la protection des minorités ?

Si nous nous plaçons maintenant au point de vue français, qui oserait affirmer que notre nationalité serait mieux traitée aux Etats Unis qu’elle ne l'est au Canada? Qui oserait soutenir que nous serions aussi puissants dans la province de Québec, que nos lois civiles seraient aussi bien respectées, que notre langue continuerait d'y être la langue souveraine? Dans le parlement fédéral, notre langue et la langue anglaise sont également recon-

nues, nous pouvons recourir à l’une ou à l’autre quand il s’agit de défendre nos droits et nos intérêts. Où pourrions-nous rêver une plus grande somme de lib:rté? Le Canitole de Washington a-til jamais retenti des échos de notre langue? Certes, non. Cest à peine s1 notre nationalité ose aujourd’hui montrer la tête dans l'ancien pays de la Louisiane—qui fut cependant une terre française jusqu’au commencement de ce siècle. Oui, nous nous défions du gouffre de l'annexion, car il pourrait être notre Niagara.

Je vois inscrit sur vos murs le nom de Montcalm à côté d'autres noms également glorieux. Vous tous qui avez lu son histoire—c'est l'histoire d’un héros—vous vous rappelez qu'au jour tristement célèbre où la victoire qui lui avait été si longtemps fidèle l’'abandonna pour toujours—et cette victoire allait coûter à la France presque tout un continent; vous vous rappelez, dis-je, que lorsque Montcaim fut emporté du champ de bataille, épuisé par la lutte, noirci de poudre, couvert de blessures, il laissa échapper ces touchantes paroles: ‘Je meurs content, an moins je ne verrai pas les Anglais dans Québec.” Eh bien, nous, nous avons vu les compatriotes de Wolfe en possession de nos vieux remparts, de nos belles campagnes, de nos riches cités, de notre grand fleuve, de nos superbes montagnes ; mais nous régnons maintenant à côté d'eux, nous marchons la tête haute et fière, nous jouissons des mêmes droits, des mêmes libertés, et les descendants du vainqueur se demandent parfois s’il est bien vrai qu’il n’y a plus de domination française.

Nous songeons d'autant moins à nous jeter dans les bras des Etats Unis, que notre pays est entré dans une ère inouïe de progrès. Nous sommes aujourd’hui aussi prospères que votre république. Le travail est aussi abondant, aussi rémunérateur, sans é‘re constamment aux prises avec le capital. Notre agriculture n'a jamais donné autant de rendement, notre industrie a pris un essor incomparable. Chaque jour nous bâtissons plusieurs milles de chemins de fer, chaque jour nous voyons surgir une usine, une fabrique nouvelle, chaque jour nous voyons la torêt reculer

ses limites pour recevoir des essaims de travailleurs. On m’assure

. que des milliers de canadiens de Lowell et d’autres centres

industriels sont retournés au pays natal depuis un an, et je n’en suis pas surpris Nonseulement nous occupons tous les bras disponibles, mais nous sommes obligés de les faire venir par milliers des vieilles contrées de l’Europe. Oui, vous tous qui le pouvez, reprenez le bâton du pèlerin et revenez prendre votre place dans la grande famille canadienne. Pour chaque repatrié nous tuerons le veau gras. Vous nous avez quittés pour la plupart dans les jours de deuil, dans les jours de détresse, venez partager notre bonheur, notre abondance. Si assurée que soit notre existence nationale, la patrie a cependant besoin du secours de tous les bras, de tous les cœurs, de tous les dévouements. Nos luttes ne sont pas finies. Si nous avons dû combattre par le passé, il nous reste encore d’autres combats à soutenir. Après avoir conquis au prix de tant d'efforts ce que nous possédons, il nous faudra combattre maintenant pour conserver le fruit de nos luttes. Eternal vigilance is the price of liberty. N'’allons pas nous endormir dans une fausse sécurité, elle pourrait nous être fatale. N'oublions pas que nous sommes la minorité, et que nous nous trouvons en face de races envahissantes. Ia marée européenne va jeter sur nos rives des flots de peuple qui nous sont complètement étrangers. Préparons-nous à leur résister, à ne pas nous laisser entamer, à ne pas céder un pouce de terrain. Respectons les droits des autres, mais sachons aussi faire respecter les nôtres, Notre mission est belle, grande, glorieuse.. Soyons à la hauteur de tous les devoirs, de tous les sacrifices qu’elle impose.

Quant à vous que le sort rive à l’union américaine, continuez de vous montrer dignes de vos ancêtres, de votre histoire, de vos frères du Canada. Il vous incombe de vous assurer une position enviable dans cette terre que les Joliet, les Lasalle, les Marquet et les Nicolet ont les premiers ouverte à la civilisation ; dans cette terre que les Lafayette et les Rochambeau ont si puissamment contribué à rendre libre et indépendante ; dans cette terre où tant d'Etats, tant de territoires, tant de villes vous doivent leur établissement et une partie de leur prospérité ; dans cette terre qui a bu

le sang de plus de trente mille de vus compatriotes morts au champ d'honneur. Vous formez aujourd’hui un élément important dans la Nouvelle-Angleierre. Vous êtes les meilleurs artisans de sa fortune et de son développement, vous êtes le meilleur essaim de sa vaste ruche ouvrière. Non seulement vous remplissez ses usines, mais vous commencez à prendre racine dans le sol, notamment dans le Maine et le Vermont. Le jour même n’est peut-être pas très éloigné où toute la vallée du lac Champlain sera française jusqu’à l’ancien fort de Carillon—immortalisé par Montcalm et ses soldats. Cest un envahissement lent, mais sûr, inévitable, d’une large portion de la Nouvelle-Angieterre. C'est la conquête par la force du travail de ce que nous avons perdu par le sort des armes ou l’incurie de nos diplomates.

Oui, déjà vous excitez l'envie des anciens puritains—ils sont bien dégénérés, hélasi—qui se sentant menacés dans leur suprématie, se demandent avec effroi ce que sera dans vingt-cinq ans, dans cinquante ans, dans un siècle, ce peuple venu d’hier, ce peuple au sang jenne et vigoureux, aux mœurs simples et austères. Il pourra même se trouver des hommes qui, comme le colonel Wright, vous traiteront publiquement d'esclaves blancs et de Chinois de l'Est, de même qu’on nous a quahfiés un jour au Canada de race inférieure. Mais tout en relevant fièrement ces outrages, ne leur donnons pas plus d'importance qu’ils ne méritent. Les insulteurs passeront et seront oubliés, mais il sera impossible de vous ignorer. L'avenir vous vengera de même qu’il nous à vengés, Car l'avenir appartient aux peuples qui travaillent, aux peuples qui vont leur chemin en aimant Dieu.

Si les deux grandes branches de la famille canadienne sont appelées à des destinées politiques différentes, il est du moins une union étroite que nous pouvons former, c’est l'union des cœurs, des volontés, des aspirations nationales. Cette union peut être in destructible comme l'idée qui l’inspire, car elle repose sur un senment qui résiste à l’action du temps, à l'éloignement, aux circonstances les plus adverses ; elle repose, dis-je, sur cet amour sacré que ressent tout homme pour son pays, que ce pays soit un rocher

ou beau en toute perfection comme le nôtre, suivant l’heureuse expression de Champlain. Cette union, nous l'avons renouvelée, il y a deux ans, à la face du ciel, sur les plaines d'Abraham, sur les lieux mêmes où nos pères crurent s’ensevelir avec la patrie, alors que cent mille Canadiens, accourus de tous les points de l'horizon, jurèrent un inviolable attachement à leurs traditions nationales et religieuses. Cette union, vous ne cessez de lui donner de nouveaux gages dans les efforts si courageux, si persistants, si patriotiques que vous déployez pour la perpétuer et la rendre indissoluble. Cette union, vous êtes venus encore lui offrir un éclatant tribut en couronnant votre convention par la plus belle et la plus émouvante des démonstrations, dont j'emporterai pour ma partun souvenir ineffaçable. Continuez de rester fidèles à une union qui seule peut permettre à la race française de remplir le rôle qui lui incombe dans le grand drame du continent, et la patrie qui pleure votre absence regrettera moins de vous avoir perdus.

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