TYRANS, CAR LE PEUPLE SE RÉVEILLE LIBERTÉ, PAIN
DU PEUPLE, VOLONTÉ DS DlEU — PLUTOT UNE LUTTE SANGLANTE QUE L’OPP&ÇSSION û’UN POUVOIR CORROMPU
— L’union du peupl%'tErreur des grands — Honte
aux tyrans qui veulent nous rendre esclaves
Point de coercition ^ D’abord qu’on a droit, on
MARCHE EN AVANT — -‘ EXPORTATION, PUISSE GoSFORD
être la première — Pjsu*ple du Canada, aide-toi, le ciel' t’aidera — Etc. u
A l’assemblée de Saittïë-Scholastique, on déploya un
grand drapeau blanc sur ' lequel étaient peints deux aigles : l’Aigle américain, et à côté un aigle canadien tenant une branche d’érable. Sur un autre grand drapeau, on voyait une tête de mort avec ces mots : A bas le Conseil législatif. Ce dernier valut plus tard à son auteur d’être exilé aux Bermudes.
Tous ces drapeaux disparurent avec la tourmente qui les fit flotter, à l’exception d’un cependant qui est conservé comme une relique de ce temps légendaire de patriotisme. Il était rose, mais aujourd’hui la couleur est disparue. Il porte vers le haut un castor, au milieu ùn achigan, au bas deux grandes lettres J E (Jean-Baptiste),
monogramme du peuple canadien, et deux branches d’érable encadrant le tout. Ce drapeau fut peint par M. Girouard, de Saint-Benoît, patriote qui a laissé un nom respecté dans notre histoire.
Aux combats de Saint-Denis, de Saint-Charles et de Saint-Eustache, il n’est pas fait mention de drapeau.
En 1854, la France et l’Angleterre s’unirent pour faire la guerre à la Russie. A la nouvelle de la prise de Sébastopol (septembre 1855), les Anglais, débordants d’enthousiasme, pavoisèrent toute la ville de Londres des drapeaux unis de la France et de l’Angleterre. A Québec et à Montréal, même enthousiasme. De toute part, on vit se déployer, à côté du drapeau britannique, le drapeau français, ce drapeau aux trois couleurs qui nous est si familier aujourd’hui, mais qui était alors à peu près inconnu parmi nous.
Ce fut son entrée au Canada.
On commença dès lors à s’en servir ostensiblement dans la célébration de la Saint-Jean-Baptiste. Mais, pour le rendre canadien, on avait soin de l’orner de nos emblèmes nationaux: le castor et la feuille d’érable. Puis, peu à peu, on s’est déshabitué d’y mettre ces emblèmes de la patrie, et le tricolore nous est resté. Pour un grand nombre de nos compatriotes, aujourd’hui, c’est le drapeau national, quoiqu’il n’ait absolument rien qui puisse lui mériter ce titre.
Mais, va-t-on répéter, c’est le glorieux drapeau de la mère patrie :
Car ce haillon troué, que tant de gloire inonde,
A passé, mon enfant, sur le ventre du monde, etc.
Eh bien, quoique nous éprouvions quelque peine à le faire, il nous faut dire la vérité sur ce drapeau, afin que personne ne soit tenté de le garder plus longtemps en considération des gloires qu’on lui attribue ; car c’est une méprise bien étrange que celle qui nous fait associer à ce tricolore de nos jours les gloires militaires de la République et de l’Empire.
Ouvrons le NOUVEAU LAROUSSE ILLUSTRE, à l’article Drapeau.
Nous lisons :
Le drapeau des armées de la République se composait d’un fond blanc sur lequel le bleu et le rouge étaient disposés de façon différente, suivant les demi-brigades. Mais tous portaient pour emblème le faisceau surmonté d’un bonnet tricolore.
Le drapeau de la 32e demi-brigade est donné, dans le texte, comme illustration de ces drapeaux de la République. Il est formé d’un triangle rouge à l’angle supérieur gauche du drapeau et d’un triangle bleu à l’angle inférieur droit, sur fond blanc orné d’un faisceau et d’un bonnet tricolore.
Ainsi, ni dans la campagne d’Egypte, ni dans la campagne d’Italie, ni dans aucune victoire républicaine, notre tricolore n’a été inondé de gloire : il n’existait pas encore !
Car ce qui fait le drapeau, ce n’est pas seulement le choix des couleurs, c’est aussi leur disposition. Beaucoup de drapeaux, autres que le drapeau français, sont formés des trois couleurs bleue, blanche et rouge ; et ce qui les constitue tel drapeau plutôt que tel autre, c’est la disposition des couleurs. Exemple: le drapeau hollandais.-
Lamartine a bien pu, dans sa harangue aux insurgés de Paris qui lui réclamaient avec des menaces de mort la consécration officielle du drapeau rouge, leur dire emphatiquement: “ Ce drapeau rouge, je ne l’adopterai jamais; car le drapeau tricolore, citoyens, a fait le tour du monde avec la République et l’Empire, avec vos libertés et vos gloires, tandis que le drapeau rouge n’a fait que le tour du Champ de Mars, trainé dans le sang du peuple.” Mais cette assertion oratoire ne peut pas détruire un fait historique incontestable, à savoir, que le tricolore actuel n’a pas été le drapeau des armés de la République.
Voyons maintenant pour l’Empire:
Les drapeaux distribués par Napoléon 1er à l’armée, en 1804, étaient à losange central blanc, entourés de quatre triangles alternativement bleus et rouges. Les drapeaux donnés à l’armée, après la campagne de 1812, furent, probablement tous, à trois bandes verticales, dans la disposition qu’elles ont encore aujourd’hui. Mais, pendant le premier Empire même, certains corps eurent des drapeaux ou étendards de couleur différente, tel l’étendard des chasseurs de la garde qui était tout en soie verte avec bordure or et argent.
Donc, notre tricolore n’a fait son apparition en France qu’après la désastreuse campagne de Russie, c’est-àdire, aux derniers jours du premier Empire. Il n’a donc été témoin d’aucun des grands triomphes napoléoniens, et
pas plus sous l’Empire que sous la République, il n’a passé sur le ventre du monde.
Ce drapeau disparut avec Napoléon pour faire place au drapeau blanc de la Restauration ; mais il fut repris en 1830 par Louis-Philippe. Or, la monarchie de Juillet et la seconde République n’ont rien fait pour illustrer ce nouveau tricolore; le second Empire ne lui a guère laissé d’éclat. Reste donc la présente République pour l’inonder de gloire.
N’oublions pas que c’est par tolérance que nous pouvons faire flotter le drapeau politique de la France au Canada. Vienne un conflit entre la France et l’Angleterre, que ferons-nous de ce drapeau ? Ne vaut-il pas mieux l’abandonner maintenent de notre plein gré, que d’attendre qu’on nous donne l’ordre de le faire disparaître ? L’incident Laval-McGill, à Montréal, lors de la délivrance de Ladysmith, doit nous apprendre ce qui pourrait arriver.
Laissons-îe repasser la mer sans trop de regret, car sa présence ne nous a guère été avantageuse, même au point de vue patriotique.
Pour nous en convaincre, constatons d’abord que notre patriotisme n’est plus ce qu’il était autrefois. Ainsi, ce Chant national, préparé pour la célébration de la Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, en 1901, et que La Presse publiait, avec sa notation musicale, quelques jours avant la fête, a pour titre et pour refrain :