Aux champs
v>(E n'est pas aujourd'hui dans les ranifs des poètes Que sont les cœurs aigris et les mauvaises tètes ; Notre ancienne colère est chez les prosateurs, Notre bile est passée au sang des orateurs ; Nous seuls, pour nos rivaux exempts de petitesse, En gens bien élevés gardons la politesse ; Nous seuls, comme il convient entre civilisés. D'opinions sans doute entre nous divisés, Sans nous traiter de fous et sans briser les nôtres, Nous savons respecter les marottes des autres. Pour nous le soleil luit, le ciel est radieux, Et nous croyons encore à tous nos anciens dieux. Les rimeurs sont croyants et non pas philosophes. Sur l'univers (jui croule ils arrangent des strophes. Peut-être la Raison est elle morte, mais La Rime, mon ami, ne périra jamais.
GuSTAVK \.K VwASSKUR. [La Rime).
V^N s'instruit dans les champs, rien qu'à s'y laisser vivre, Rien qu'à n'y pas fermer obstinément les yeux.
Car l'esprit ne vit pas du maigre pain des livres ; Il se nourrit encor de soleil, de grand air. Des fluides sacrés dont les forêts sont ivres, Des atomes ardents qui gonflent notre chair.
Allons prendre conseil de la terre natale ; Interrogeons l'esprit des vallons familiers ; Pour nous verser à flots sa science vitale La nature enseignante attend ses écoliers
Victor de Laprade. {Le Livre d'un Pèfé).