L'AUBERGE DU HOUX
A Madame Frédéric Godefroj\
Aux petits oiseaux du bon Dieu Les halliers servent de patrie ; Fougère, viorne défleurie, Ronce fauve et houx au milieu.
Le vieux houx est l'hôtellerie Des petits oiseaux du bon Dieu.
A leur vieille auberge du Houx Ils ont le couvert et le vivre ; Sous la neige et parmi le givre, On y donne des rende;^-vous.
Plus d'un habitué s'enivre A la vieille auberge du Houx.
A la vieille auberge du Houx Les moineaux sont sur le qui-vive, Quand la saison d'hiver arrive, Et les roitelets sont jaloux En entendant voler la grive Vers la vieille auberge du Houx.
A la vieille auberge du Houx Les provisions ménagées Par la grive sont ravagées ; Elle les pique à petits coups Et les croque comme dragées A la vieille auberge du Houx.
A la vieille auberge du Houx On n'a pas l'ivresse méchante; L'amoureux, de taçon touchante, Y siffle de petits airs doux.
Quand la taim se tait, le cœur chante A la vieille auberge du Houx.
A la vieille auberge du Houx, Au crépuscule et dans la brume, Jamais chandelle ne s'allume.
On s'y couche au lever des loups.
Tout le monde dort sous la plume A la vieille auberge du Houx.
A la vieille auberge du Houx Les lits sont faits par la nature ; Chacun se perche à l'aventure Et si les vents sont en courroux.
On est bercé dans la toiture De la vieille auberge du Houx.
Pour cave l'auberge du Houx A le frais trésor d'une source ; Le merle y fait halte en sa course.
La carte est la même pour tous :
Nul n'a jamais vidé sa bourse A la vieille auberge du Houx.
A la vieille auberge du Houx L'or ne fleurit point sous la haie Et c'est en chansons que l'on paie.
Les oiseaux sages et les fous Ne donnent pas d'autre monnaie A la vieille auberge du Houx.
Hôtel des oiseaux du bon Dieu, Qui dans le fond de tes chambrettcs, A travers les ombres discrètes, Introduis le firmament bleu, Ah ! fais donc chanter les poètes Comme les oiseaux du bon Dieu !