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LES PERDREAUX

Les renlreauii s'.iit i ar bande -l iiiclient ••iisi-mlili- au creux des sillons, pour sVnlivcr a la moindre aie» le, éparpillés dan-i la volée t'oninie une poipnée de grains qu'on sème. Ali lioi'Se Dai'dct.

A u milieu des regains ils se sont tous blottis. ^/"^L'aubc apparaît ; le père éveillant les petits Vers les sillons voisins en courant les entraîne. Comme aux jours de l'enfance, ils marchent à la traîne,

Impatients pourtant de prendre leur essor.

Dormir, manger, courir, voler, voilà leur sort.

Ni soif ni faim, toujours de la rosée aux herbes,

Toujours des œufs, du grain au fond des champs su-

Où l'amour maternel de tout les a comblés. Tperbes,]

Ils sautèrent du nid sous la verse des blés

Un matin, pour franchir le champ qui les vit naître,

Couvert frais et charmant où le rayon pénètre

De loin en loin, furtif, pâle et mystérieux.

Quand la pleine lumière apparut à leurs veux

Son fluide aveuglant fatigua leur prunelle.

La mère les reprit aussitôt sous son aile.

Mille bruits plus distincts arrivaient dans le vent,

Un émouché passa, rapide, et décrivant

Dans les hauteurs du ciel des courbes fantastiques.

\on loin d'eux, l'air vibra sous des appels rustiques.

lin un pli du terrain ils restèrent tapis.

Ce pendant que, penchés, chuchotaient les épis.

Ils grandirent, — vivant de joyeuses journées.

S'ébattant au miHeu d€s terres sillonnées,

Audacieux, naïfs, croyant au lendemain.

Ignorant les fléaux, le mal, le genre humain.

Le chien flaireur, quêtant sur la plaine battue,

La poudre, qui vomit au loin le plomb qui tue !

O doux aveuglement ! Ils ne se troublaient point

Quand un oiseau chantait : Voici le jour qui point !

Lorsqu'au près de son nid terreux, que l'aube éclaire,

La caille tout-à-coup jetait sa note claire.

Quand les râles gloutons, picorant deux à deux,

Accéléraient soudain leur manège autour d'eux.

La moisson librement pouvait rouler ses vagues :

Ils se laissaient bercer par la brise aux chants vagues.

L'arbre était beau, malgré sa muette épaisseur ;

Ils voyaient s'y poser la tourterelle sœur.

Ils ne se doutaient pas qu'aux branches de cet orme

La buse repliait aussi son aile énorme.

Tout les émerveillait, ces perdreaux innocents :

L'herbage, l'échalier où causent les passants,'

Les filles de campagne aux gaules accoudées.

Ah ! le ciel pouvait bien envoyer ses ondées ;

Ils n'auraient jamais peur, ils n'auraient jamais froid !

Perdreaux, où courez-vous ? Et quel subit effroi

A pu jeter ainsi le trouble en vos cervelles ?

Puisque les blés sont mûrs, on les met en javelles.

Vous pourrez désormais mieux fouiller les épis ;

Les avoines là-bas vous offrent leur tapis ;

Suivez les cailleteaux, écoutez l'alouette.

Perdreaux, contez-moi donc ce qui vous inquiète ?

^^ous semblez à présent ne plus tenir au sol.

A quoi bon dans les champs éparpiller son vol

Pour une ombre qu'on voit, pour uii souffle qui passe !

Vous allez fatiguer vos ailes dans l'espace

Et, pour trop vous montrer fuyant aux alentours,

Laisser de votre plume aux griffes des vautours.

Revenez tous aux blés à travers l'orge haute ;

Ne vous effrayez pas si la grenouille saute,

Si le petit grillon, sous le chaume rôdant,

Roule son cri-cri clair, métallique et strident.

Mais voici les faucheurs qui battent leurs armures. Les blés sont engerbés, les avoines sont mûres. On a coupé la nielle, on tranche le bluet. Les ronciers, envahis par le râle fluet, Sentent l'oiseau courir dans l'herbe desséchée, Et la hase, en rouelle au fond de sa couchée, Songe aux sentiers perdus que ses petits prendront, Quand les chiens pantelants sur la piste aboîront. Le vieux bouquin sur pied, en proie au même songe, Fait une randonnée aux fourrés et s'y plonge.

Les champs, les champs si beaux où les perdreaux sont

Les voilà maintenant rasés, découronnés ! Fnés],

Adieu la moisson d'or, mouvante, échevelée,

Le rappel matinal de toute la volée

Et le rassemblement et le bruyant départ.

L'homme est venu, l'oiseau réclame en vain sa part.

Les épis sont fauchés : voilà sa joie éteinte.

Bientôt, du plomb mortel il sentira l'atteinte ;

Il ira palpitant, agonisant, meurtri,

— éo —

Aux sombres boqueteaux demander un abri.

Oh ! le bruit de la poudre ! Oh ! les cris ! Oh ! les râles !

Les perdreaux sont tombés, les chiens prennent les râles

Tout vivants, à travers les touffes de sainfoin.

Les levreaux affolés disparaissent au loin

Et la caille, piétant les remises peu sûres,

Essuie au trèfle épais le sang de ses blessures.

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