J. DE GLOUVET
DÉCOUPLÉS au fond des grands bois, Les chiens mêlent leurs longs abois Au son joyeux de la fanfare.
Un souffle de guerre a passé...
Taïaut ! Taïaut ! C'est le lancé !
Le dix-cors débuche et s'effare.
A pleins naseaux il hume l'air ; Sur ses quatre jarrets de fer, Il bondit, ramure couchée, Dans les hasards de la forêt.
En avant ! Téquipage est prêt Pour une ardente chevauchée.
L'amazone, fleur de beauté, Monte son cheval indompté, Ses doigts fins serrent la cravache.
Le danger plaît à ses vingt ans, La dentelle, aux réseaux flottants.
Sur son front sautille en panache.
En chasse ! En avant 1 en avant !
Chaude est la voie et bon le vent ; Madame, au loin le cerf détalc.
Mettez l'éperon meurtrier Au flanc de votre destrier :
Le piqucux sonne la Royale.
Chasseresse et coursier, volez !
A travers les taillis foulés, Devancez la bête entrevue.
Le gros des chiens est affolé ; Entendez-vous le bien-allé ?
Le Grand Chef a sonné la vue.
Dans sa grâce et dans sa fierté, Sur la route il s'est arrêté Le fauve, dont le manteau fume.
La frayeur et l'étonnement Ont paru troubler un moment Son regard qu'un éclair allume.
Veneurs, piqueux, chiens et valets Sont au carrefour des relais, Le soleil dore les livrées Et ses capricieux rayons Font resplendir les pavillons, D'où partent les chansons cuivrées.
Cependant, sautant les halliers, Le cerf nargue les ca\aliers.
Allons, Rustaud, la piste est chaude !
En chasse et donne, s'il le faut.
Un bon coup de croc à Briffaut :
Ne r entends-tu pas qui clabaude ?
O tumultes de relancés !
Galops aux rhythmes cadencés, Echos, dont mille bruits s'emparent ; Débuchés lointains entendus.
Chemins discrets, sentiers perdus.
Où les amazones s'égarent...
Madame, quand vous descendrez
Les ravins profonds, entourés
De coteaux que la brume estompe ;
Si vers vous galope l'ami,
Ne prêtez alors qu'à demi
L oreille aux appels de la trompe.
Mettez vos deux chevaux au pas.
Le mot qu'un chasseur dit tout bas Vaut bien les hallaHs funèbres.
Voici le soir, l'étoile a lui, Rentrez, confiante en celui Qui vous parle dans les ténèbres.
Ce n'est point la saison des loups, La biche file devant vous, Le chevreuil craintif se dérobe.
Près de l'étang où vous passez Les roseaux du bord enlacés Baisent le bas de votre robe.
Ensemble aux périlleux endroits.
Laissez faire les pieds adroits De vos montures apaisées.
Et, côte à côte chevauchant, Mêlez parfois en vous penchant Vos haleines et vos pensées.
Et pendant que la voix des cors Annonce, en de bruyants accords, La curée aux sinistres flammes ; Ecoutez, sans vous effrayer, \^otre amour naissant bégayer Son hymne attendri dans vos âmes.