TEMPS DE NEIGE
A Taul Labbé.
DAKS le fond du pays herbeux Je sais un pré vert à mi-côte.
Par les chemins secs ou bourbeux, Je vais voir souvent les grands bœufs Qui ruminent-là, côte-à-côte.
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Sautillant, trottinant, courant.
Une source en bas dégringole.
Un fossé reçoit le torrent Et les bestiaux plongent en rang Leur mufle au fond de la rigole.
Sur cet enclos, j'ai pris le droit D'une visite par semaine ; Une sente y conduit tout droit.
Quand, distrait, je passe l'endroit, Le rêve flâneur m'y ramène.
A l'aube, c'est comme un afflux D'oiseaux échappés des bocages.
Las ! que de caquets superflus !
Aux cntours, des pommiers jouflus A ces bavards ouvrent leurs cages.
En goûtant au fruit défendu, Bec-à-bec on pille la branche.
O le joli vallon perdu !
Ce matin j'y suis descendu :
La prairie était toute blanche.
Le long de la route, un vieux geai
M'a dit, au cœur d'une cépée :
« Poète, comme il a neigé !
Dans son trou pic-vert est logé.
Quel froid ! J'en ai la voix coupée... »
Au bord de la haie, en un coin, Les grands bœufs, à larges goulées.
Paisiblement grugeaient du foin. Sur le ciel, des corbeaux au loin Promenaient leurs sombres volées.