‹ Aux champsChapitre 19 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

Une minute il grésilla.

On eût dit qu'il pleuvait des perles ;

Tôt après le soleil brilla ;

Le geai, tout-à-l' heure à quia,

Répondit au sifflet des merles.

Autour des bœufs quelques moineaux Commencèrent un vit" manège ; Je vis s'approcher deux linots; Brusquement, un vol d'étourneau.x Vint s'éparpiller dans la neige.

lit voilà que, très-librement.

Sous les foins que le bœuf égrène, Loiscau plonge son cou charmant.

Il se produit à tout moment Des chamaillis pour une graine,

Des batailles pour un fétu,

Pour de simples trognons de pommes ;

Le pic-vert se montre pointu,

Celui-ci fait : turlututu !

Celui-là répond : tu m'assommes !

Prenez garde, oiseaux imprudents !

L'homme guette l'oiseau qui joue.

J'ai vu Lucas, claquant des dents, Fixer sur vous ses yeux ardents...

Prenez garde, il vous met en joue î

Ah ! misérable... au même instant Du grésil redouble l'averse Et Jeanne, qui passe en chantant, Sème aussi son rire éclatant Le long du chemin de traverse.

Lucas se lève, tout saisi.

Les pillards ont flairé l'embûche..

Le braconnier, sous le grésil, Désarme aussitôt son fusil, Esquisse un salut et trébuche.

En le voyant, Jeanne a souri

Méchamment, railleuse et coquette.

Le chasseur enjambe l'âri

Et s'avance tout aluiri,

Les cheveux au vent, sans casquette.

Jeanne l'arrêtant : « Eh ! Lucas, Tu perds ton bonnet dans les ronces.

Le mauvais gas ! Le mauvais gas !

Les oiseaux font donc des dégâts ?

Le galant resta sans réponses.

Moineau, linot et sansonnet Jasaient maintenant dans la haie.

La fille dit au gros benêt :

« Mais va-t-en chercher ton bonnet ! » Puis elle s'enfuit, leste et gaie.

A quelques pas, sous le hallier, Où le "pic-vert riait aux larmes.

Il se fit un bruit singulier, Et Lucas, sautant l'échalier.

Tomba... dans les bras des gendarmes î

Page 1