POLITIQUE FISCALE
Avant de passer à la principale question du jour, je me permettrai d'attirer votre attention pendant quelques instants sur la politique fiscale des deux partis qui aujourd hui se disputent la victoire devant les électeurs du Canada.
Vous savez qu'en 1879, après cinq années de régime libéral, Sir John À MeDonald et le parti conservateur, était revenus au pouvoir, adoptèrent ce qu’on a appelé la politique Nationale, c'est-à-dire nne politique en vertu de laquelle, jar l'imposition de certains droits sur les marchandises venant de l'étranger, on protège uos industries, nas manufactures et notre classe ayricule,
Dans une leitre cymme, celle-ci, je né puis entrer dans de grands détails. sut cette. question qe nous aurons occasion de discuter peridäné H'hutte. *
Nous hubitens Ja: partià si tenbrioiule, av’ eo stiéné américain sur une lisière; étroite: ds tetroin qui V'éténd de l'Atlantique au Pacifique.” "Nous sommes à peu près cinq millions d'habitants. Au sud de nous se trouve une grande nation composée de 65,000,000 d’âmes, riche, prospère ‘et .puissante. Il va de soi que, si nous ne nous protégeons contre l’envahissemeat de no3 voisins, ils viendront vendre sur uos marchés tous les produits que peuvent y déverser leur travail et leur énergie,
‘ss ES £
[S Ye
Depuis 1879 jusqu'à aujourd’hui, cette même politique de
proteetion a été suivie par le parti conservateur et il en est | résulté pour le pays des avantages considérables : le pays a grandi et prospéré. Je ne vous en donnerai qu’un exemple,
Plus le peuple est à l'aise, plus il est ea état de déposer
. de l'argent dans les banques. Or, en 1879, le total des dépôts
dans toutes les banques du Canada était de $73,151,425, et en 1894, dernière année pour laquelle nous avons des statistiques certaines, le montant des dépôts s’est élevé à $181,748,890, —une différence d'au delà de $100,090,000.
Si vous presez maintenant le montart des dépôts dans les banques d'épargne, c’est-à-dire dans ges banques où les gens peu fortunés, l’ouvrier et l'agricuiteur, déposent le surplus dé leur gain, voici ce que vous trouverez :
En 1879 le total des dépôts s'élevait à $14,701,847, et en 1894 à $55,955,590.
C’est là, Messieurs, une des preuves nombreuses que le pays a prospéré depuis l'inauguratiou de la politique Nationale.
Je vous invite de demand:r à nos munufacturiers de Québ2e, quels qu'ils soient, libéraux comme conservateurs, ce qu’ils feraient si l'on changeait le tarif et si on enlevait la protection dont ils jouissent aujourd'hui Tous, s'ils veulent parler franchement, vous répondront qu'ils seraient obligés de fermer leurs manufactures, —la conséquence étant que l’ouvrier n’aurait pas de travail et que vous, qui opprovisionnez les marchés de Québec, vous auriez autant moins de bouches à nourrir,
Consultez vos souvenirs et dites-moi quels sont les effets que vous payez plus cher avjourd’hui que vous ne payiez il y à quinze aus. Tout est à meilleur marché,
Tundis que nous prospérions ici, une crise terrible a sévi aux Etats-Unis, en Europe eï dans les colonies australiennes,
Il y a deux ans, dans les Etats-Unis, quatre cents banques faillissaient, les Compagnies de chemins de fer tombaient entre les mains de séauestres, des funilles étaient ruinées de fond en comble, taudis que dans l'Australie au delà de 155 banques furent obligées de fermer leurs portes.
Si nous n'avions pas eu le système de protection dont nous jouissons dans le Canada, la crise qui s'est fuitsentir ici quelque peu, aurait certainement fait des ravages terribles parmi nutre papulation,
La politique de Sir Charles Tupper et de son gnuvernement
est de continuer le système de protection inauguré en 1879,
L'honorable M. Laurier et ses partisaus pafcourent le pays en disant que nous sommes le peuple le plus pauvre de la terre et dE faut absolument chasser du pouvoir les conservateurs, les
remplacer par les libéraux et changer complètement notre politique fiscale,
Mais qu'est-ce que ces messieurs nous offrent en retour de la ; politique conservatrice ? Quel est le remède qu'ils veulent apporter aux maux dont ils prétendent que nous souffrons ?
Il est bien difficile de définir la politique fiscale de l'honorable M. Laurier et de son parti.
Je vous invite à suivre les variations de ces messieurs depuis 1876 jusqu’à nos jours.
Dès 1871, j'ai entendu moi-mêine le chef du parti libéra}, alors qu'il était député à l’Assemblée légisiative de Québee, prononcer un discours en faveur de la protection, c’est-à-dire de la politique couservatrice.
En 1876, voici ce qu’il a dit dans la Chambre des Communes
“ Ce que mon honorable ami a dit au sujet de mes tendances “ protectionnistes est ab:clument vrai. Je ne nie pas que j'ai “ été protectionniste, et je le suis encore. Quelques-uns prétendent “et d'autres acceptent la théorie que le libre-échange est un “ principe libéral et que la protection est un principe cunserva- “teur. Je ne partage pas cette doctrine, Si j'étais en Angleterre, ‘ j'avocasserais le libre-échange ; mais je suis Canadien, et je dis “ que nous avons besoin de la protection, ”
En 1887, aux élections générales, la politique de M. Laurier et de son parti était le libre-échange.
Puis, en 1889, M. Laurier devint partisan de l’Union commerciale, c’est-à-dire d’une union, pour les fins du commerce, entre les Etas-Unis et le Canada.
Dans le mois de septembre 1889, parlant à Toronto, voici ce qu'il dit :
“ La politique que nous avons suivis et celie que nous con- “ tinueruns à suivre, c'est d'enlever toutes les barrières commer- “ ciales entre notre pays et la grande nation qui nous avoisina “au Sud (les Etat:-Unis) Le parti libéral, aussi. longtemps que “ je contribuer.i à sa direction, restera fidèle à la cause jusqu'à “ ce que la cause ait (Op phé. ”
La conséquence de tte théorie de l’honorable. M, Laurier aurait été que nctre tarif serait modelé à Washington par les Américains qui n'auraient pas manqué, avec toute leur force et leur puissance, de nous absorber.
Après avoit été en faveur de l’Union commerciale, M. Laurier et son parti changèrent encore une fois et adoptèrent la politique du Libre-échange continental, et ensuite ils se déclarè ent en faveur de la Réciprocité illimitée,
En 1891, pendant les élections, M. Laurier s'exprimait comme suit :
“ Quand le parti libéral viendra an pouvoir, il enverra des “ commissaires à Washington qui proposeront une convention # mutuelle en vertu de laquelle on aurait le libre-échange tout “le long de la frontière, faisant ainsi disparaître toutes des “ restrictions et enlevant les douanes qui sont la source de tant “ de frictions entre Jes deux pays.” Cette politique qui ne voulait dire autre chose, en fin de compte, que l’annexion aux Etats-Unis, révolta tellement un chef distingué du parti libéral, l'honorable M. Blake, que celui-ci refusa de marcher sous M, Laurier, se retira du parti et écrivit une lettre dans laquelle il condamna en termes formels le manque-de patriotisme du chef libéral.
Mais nous n'avons pas encore fini l’histoire des variations de M, Laurier.
Après avoir été pour le Läibre-échange, pour l’Union commerciale, pour le libre-échange continental et pour la Réciprocité illimitée, en 1894 il devient'tout à coup partisan de la Réciprocité mmerciale entre le Canada et les Etats-Unis touchant certains rticles seulement. Et voici ce qu'il dit, en 1894 : ‘“ Si nous parvenons au pouvoir, ce jour-là, je vous le promets, ‘ une Commission se rendra à Washington, et si nous pouvons ‘ obtenir-un traité au sujet des produits naturels et d’une liste ‘ d'articles manufacturés, ce traité sera fait. ” En 1895, M. Laurier et le parti libéral changent encure une ois de politique fiscale, et à Montréal, dans une grande assemblée, oïci ce qu'il dit :
“ Le parti libéral ‘roit au Libre-échange dans ses grandes * lignes, tel qu’il existe en Angleterre, et en avocassant cette: ‘ politique, tel que je vous l'ai expliqué, le parti libéral fera la ‘ prochaine lutte, ” Voilà donc le dernier changement, voilà donc la politique won vous demande maintenant d'approuver, à moins que, d'ici la fin de l'élection, le chef libéral ne change encore une fois idée, Mais quel serait le résultat pour le Canada, si le parti libéral arvenait à introduire ici le Libre-échange comwe il existe en ngleterre ? Le voici : c'est que, pour prélever le revenu dont gouvernement a besoin pour faire marcher l’administration du ays et remplacer le revenu qui est produit par les droits de ouane, le gouvernement serait obligé de taxer, comme on le it en Angleterre, les spiritueux, le tabac, le thé, le café, leg rres et le revenu de chaque citoyen.
à Je vous le demande, Messieurs, êtes-vous prêts à vous déclarer n faveur d'une politique qui vous imposerait d'aussi lourdes arges, s'élevant à $20,000,000 ?
Somme toute, ces variations constantes de l'honorable M, Laurier sur la politique fiscale de ce pays prouvent qu'il n’est pas sérieux, qu'il n’a aucune qualité de l’homme d'Etat, qu'il n'est pas digne d’être le chef d’un grand parti et qu’il navigue au gré du vent, comme un vaisseau sans boussole,