‹ Aux électeurs du comté de Montmorency [microforme]Chapitre 3 sur 3 · LA QUESTION EES ÉCOLES · texte numérisé non relu

LA QUESTION EES ÉCOLES

La question qui absorbe surtout l'attention publique en ce moment, r’est la question des écoles du Manitoba.

Pour nous, Canadiens-français et catholiques, cette question est d’un intérêt majeur. S'il fallait, après tout ce qui s’est passé, que la province catholique de Québec envoyât à Oltawa une majorité hostile aux hommes qui ont tant fait pour rendre aux catholiques du Manitoba les droits que leur garantit la constitution, j'affirme que l'influence francaise et catholique sur ce continent ne serait plus qu'un vain mot et une chose du passé.

Etudions à grands traits l’historique de cette question.

Lorsque, en 1870, la province du Menitoba entra dans la Confédération canadienne, il fut stipulé de part et d’autre, et décrété par la loi, qu’il y aurait dans cette nouvelle province des écoles séparées pour la minotité, qu’elle fût catholique ou protestante. \ A cette époque elle était protestante.

Je n'ai pds besoin de vous expliquer l'importance qu’il y a pour nous, catholiques et français, d’avoir des écoles séparées.

: de suis parmi ceux qui croient qu’il ne suffit pas d’enseigner la religion aux enfants à quelques heures fixes dans le cours de la semaine, mais qu’il faut que l’idée de Dieu et la religion se r'panGent continuellement dans l'intelligence de l’enfant comme le sang vivifiant qui coule à travers le corps humain.

En vertu de la loi de 1871, les catholiques avaient le droit d'enseigner dans leurs écoles les principes de la religion que nous professons. “

En 1890, le gouvernement libéral de l'honorable M, Greenway, sans égard anx plus solennelles garanties, abolit les écoles séparées et établit, dans toute la province du Manitoba, des écoles protestantes.

Messieurs, que diriez-vous si, dans la provinee de Québec, on faisait disparaître de vos écoles le crucifix, les prières et "le catéchisme ? Que diriez-vous si on interdisait aux instituteurs d'enseigner à vos enfants les principes de la religion dans laquelle vous êtes nés et à laquelle vous tenez tant ? Que diriez-vous si on voulait élever vos enfants dans l'indifférence religieuse ou , dans le négation du divin Créateur ?

: Vous vous révolteriez, n'est-ce pas ? Eh bion, voilà la situatiow qui est faite à nos frères catholiques du Manitoba par la loi de 1890, passée par l'honorable M. Greenway.

A la voix des persécutés, le Canada catholique tout entier s’est levé comme un seul homme et a protesté contre un état de choses aussi intolérable, Les protestants eux-mêmes se

révoltèrent, et deux actions furent instituées devant les tribunaux pour faire déclarer cette loi de Greenway incontitutionnelle,

La cause des catholiques fat prise par un monsieur Barrett, et celle des protestants par un monsieur Logan.

Toutes deux fur-nt plaidées snocessivement, avec des résultats divers, devant la Cour d'Appel de Manitoba, la Cour Suprême du Canada et le Conseil Privé en Angleterre, lequel en 1892, décida que la loi était constitutionnelle et qu’elle ne pouvait pas être déclarée"nulle par les tribunaux.

Heureusement que, dans la constitution di Canada, il était dit que lorsque, sur une question affectant les droits des minorités dans une province, la Législature ferait des lois enlevant aux minorités leurs privilèges, il y aurait appel au gouverneur en cohseil pour le redressement des griefs.

En 1890, sur la recommandation de l’hou:rable M. Blake, dont je vous ai déjà parlé, la Chambre ‘des Communes décida que, lorsqu'il s'agirait d’une question de religion ou d'éducation, le gouverneur en conseil, pour se mettre à l'abri des préjugés, pourrait consulter la Cour Suprême du Cauada et le Conseil Privé en Angleterre pour connaître leur avis.

Quand le jugement du Conseil Privé fut rendu, déclarant copstitutionvelle la loi de 1890, la minorité catholique du Manitoba s’adressa au gouverneur en conseil, en vertu de la constitution, et lui demanda d'intervenir pour la protéger.

Il s’éleva ici une question grave : celle de savoir si, en vertu de la loi, après le premier jugement rendu en Angleterre, un pareil appel pouvait être porté davant le gouverneur général. |

Remorquez bien que, si le pays était pruplé eatiéremant par des catholiques, ces questions seraient d’une solution relativement facile ; mais n'oubliez pes que nous vivons dans un pays dont la majorité des habitants est protestante et que, par conséquent, il faut procéder avec beaucoup de circonspection et passer par toute la filière de la procédure légale.

Toujours est-il que, sur la pétition présentée par la minorité manitobaine, la question fut rétérée à la Cour Suprême du Canada par le gouverneur général. La Cour Suprême déclara que l'appel était mal fondé et que la minorité ne pouvait s'adresser au gouverneur en conseil,

C'était un échec considérable, mais le gouvernement conservateur ne se tint pas pour battu, C'étaient ses chef qui avaient fait écrire dans la constitution ces mots : *‘ Respect aux droits des minorités ”, et il était résolu de pousser la lutte Fra bout et de faire triompher la justice,

Les ministres conservateurs eux-mêmes mirent leurs noms à la tête d'une liste de souscription pour piyer les frais d’un appel en Angleterre devant le tribunal de ia Reine, et, comme résultat de leurs démarches, le 20 janvier 1895, le Conseil Privé de Sa

Majesté, en Angleterre, renversa le jugement de la Cour Suprême :

et décida que la minorité du Manitoba avait des griefs, qu’elle avait droit à des écoles séparées, qu’elle devait partager dans l'octroi au fonds d'éducation, ‘qu’elle devait être exempte des taxes pour le maintien des écoles publiques, et que le gouverneur général en conseil pouvait intervenir pour lui rendre les franchises qui lui avait été enlevées.

Pendant que le parti conservateur procédait ainsi sûrement à une solution satisfaisante de cette grande question, que faisait le parti libéral? Il suscitait constamment des obstacles et encourageait les fanatiques de tous les partis qui ne veulent pas rendre justice aux catholiques, à perpétuer en ce pays la discorde et la désunion,

Aussitôt le jugement du Conseil Privé rendu, le gouvernement fédéral somma les parties de comparaître devant lui et de plaider la cause, et, après les avoir entendues, le 19 mars 1895, il promulgua et fit signifier au gouvernement du Manitoba un arrêté en conseil conau sous le nom d’ordre réparateur (Remedial Order) enjoignant au gouvernement de M. Greenway d’avoir à rétablir les écoles néparées et de rendre aux catholiques les droits dont ils avaient été injustement dépouillés,

Quelque temps après, le Parlement fédéral se réunit en session, M. Laurier et le parti libéral ne manquèrent pas de blâmer le gouvernement d’avoir sommé M. Greenway comme il l'avait fait, Il reprocha au gouvernement ce qu’il appelait ‘* les

expressions dures ” de lorlre renédiateur et il commenca à,

préconiser l’idée d’une Commission d'enquête pour s’enquérir si oui ou non la minorité catholique avait des griefs sérieux et quels étaient les moyens à prendre pour y remédier.

Mais, Messieurs, cette politique d’une commission d'enquête est tout simplement un misérable subterfuge.

Les griefs sont bien constatés par le jugement même du Conseil Privé.

En vertu de la loi de 1871 les cetholiques avaient droit à . leurs écoles séparées, et en 1890 la loi de M, Greenway les leur

avait enlevées.

Le moyen à prendre est tout indiqué par le jugement: c'est l'obligation de la part du Parlement fédéral de passer uve loi rendant aux catholiques ce dont ils ont été dépouillés, au cas où le Manitoba ne voudrait pas se soumettre au jugement de la Reine. ile

J'étais de ceux qui croyaient que la loi aurait dû être passée à la session de 1895 ; mais d’autres avis prévalurent.

L'honorable M. Angers sortit du gouvernement, et la province de Québec, malgré les efforts des libéraux, se tint | tellement unie que personne parmi les Canadiens français n’osa

ramasser le portefeuille que M. Angers avait laissé tomber.

Le gouvernement promit cependant qu’une session aurait lieu dans le mois de-janvier et qu’alors une loi réparatrice, basée sur l'arrêté en conseil du 19 mars 1895 et sur le jugement du

| Conreil Privé, serait présentée et passée.

Dans l'intervalle, de nouvelles complicatious surgirent.

Quatre vacances furent causées dans la députation de la province de Québec à la Chambre fédérale : Verchères, Jacques- Cartier, Montréal-Centre et Charlevoix.

Malheureusement pour la cause des catholiques, ces quatre comtés, malgré les assurances données par le gouvernement qu’il rendrait justice à la minorité catholique, renvoyèrent en Chambre des adversaires de l’administration.

* N'était-il pas naturel qu'après ces échecs, le gouvernement, composé en grande majorité de protestants, se soit dit : Puisque la province de Québec manifeste ainsi sa désapprobation du gouvernement, c’est un signe que les catholiques de cette province ne favorisent pas la passation d’une loi remédiatrice par le Manitoba. POS

Une crise survint ; mais, heureusement, de cette crise sortirent

pour les catholiques le commencement du triomphe et un avenir 1 de justice.

Sir Charles Tupper,un des pères de la Confédération, fut Happelé à prendre la direction du parti, Une loi réparatrice rendant aux catholiques du Manitoba leurs droits fut proposée à la Chambre et approuvée par les intéressés.

L’archevêque de Saint-Boniface, Mgr Lengevin. qui représente les catholiques du Maaitoba, dans un sermon prononcé il y a quelques semaines à Laprairie, parle ainsi de la loi soumise par le gouvernement conservateur :

Do‘ Je vais vous dire ce que je pense de cette loi, C'était la “ consécration de deux principes : le principe des écoles sépa- “ rées et le principe de l’intervention fédérale... C’est mon “ devoir de dire que cette loi était satisfaisante pour nous, avec

‘ les amendements qu’on pouvait y faire. Avant d'approuver “ cette loi, j'ai consulté, La partie légale regardait les hommes “ de loi, et je me suis adressé à des légistes du Manitoba, à des ‘hommes des deux croyances et leur ai demandé '«ur opinion is Ils m'ont dit : Cette loi est légale et pratique, et si nous # PORTQRE l'obtenir, tant mieux, Et c’est alors que j'ai approuvé “ la loi.”

Plus tard, pon ‘ant que la loi se discutait devant le Parlement, Mgr Langevin envoya les télégrammes suivants, qui furent lns à la Chambre :

“ Loi applicable, efficace et satisfaisante, Je l’approuve. Tous les évêques et tous les véritables catholiques doivent l’approuver. Notre vie est dans la loi... ’

Archevêque LANGEVIN.”

“ Aucun évêque ne diffère d’avec moi ; tous sont extrêmement sympathiques. Les catholiques qui combattent le bill trahissent la minorité catholique.

A. D. LANGEVIN, Archevêque de St-Boniface.”

‘“ Au nom de la minorité catholique du Manitoba, que je représe te officiellement, je demande à la Chambre €. :5s Communes d'adoptt. :e bill réparateur dans son entier, tel qu. il est aujourd’hui amendé, Cette mesure sera satisfaisante à La dite minorité catholique, qui l’accepte comme un règlement substantiel, praticable ( et final de la question scolaire, suivant la constitution,

A. D, LANGEVIN, Archevêque de St-Boniface.”

Un libéral marquant du Manitoba, M. Prendergast, ancien ministre, représentant la minorité dans le gouvernement de cette Province, écrivait ce qui suit :

“ L'acte réparateur a l'air informe, et il pouvait difficilement en être autrement, attendu que dans sa rédaction il fallait se | garder de donner à la minorité aucun avantage de plus que ceux dont elle jouissait antérieurement à 1890, Ce bill est une reconnaissance du principe puur lequel nons avons combattu depuis six ans, Notre droit de participer à l'octroi législatif y est reconnu, Je ne suis pas prêt à discuter le pouvoir du gouvernement fédéral de nous accorder une part du subside provincial. SI J'ÉTAIS DANS LA CHAMBRE FÉDÉRALE, JE VOTERAIS POUR CETTE MESURE,”

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Donc, Messieurs, d’après les intéressés, cette loi était catisfaisante pour les catholiques, Elle rendait enfin justice à ceux qui, depuis si longtemps, s’adressaient aux autorités et la demandaient à grands cris.

Quel était le devoir de tous les catholiques et de tous les protestants bien pensants dans la Chambre des Communes ?

Quelle était leur obligation solennelle ?—C’était de mettre de côté tont esprit de parti et de rendre enfin justice à qui justice était due, .

Quel est l’homme qui, le premier en Chambre, s’est levé pour dire aux catholiques du-Manitoba : Il y a cinq ans que vous souffrez, il y a cinq ans que vous réclamez justice, il y a cinq aus que vous tournez vers nous des yeux suppliants, mais je ne veux pas vous la rendre cette justice que vous demandez ; je veux profiter de cette question brûlante pour semer la discorde dans le pays, pour échauffer les esprits, pour ruiner le parti conservateur et pour régner sur ses ruines ?

Cet homme, c’est l'honorable Wilfrid Laurier, chef du parti libéral,

Messieurs, j'émets comme doctrine parlementaire incontestable, que la proposition qu’un bill soit lu une deuxième fois est la consécration par la Chambre dw principe contenu dans cebill ;—dans le cas actuel, le principe des écoles séparées et le principe de l'intervention ‘édérale, comme le dit Mgr Langevin.

Or, quand M. Laurier s’est levé, a-t-il proposé sa fameuse commission d'enquête ? A-t-il proposé un autre remède que celui indiqué dans le bill ?—Non. Il a proposé que ce bill ne soit pas lu alors mais qu’il ne soit lu que dans six mois, c’est-à-dire, d’après les autorités parlementaires, il a proposé le renvoi pur et simple et la destruction du bill réparateur.

M. Laurier est le chef d’un grand parti. Si, dans cette circonstance solennelle, il s'était levé comme un homme et avait dit : Je mets de côté mes préférences politiques, je fais taire mes ambitions personnelles, voici enfin le moment venu où justice va être rendue à nos f.ères du Manitoba, je demande à tous mes partisans de se joindre à moi pour accepter cette loi, pour l’amender et l’améliorer si c'est nécessaire, il n’y aurait pas eu vingt députés dans la Chambre qui se seraient opposés à la loi, et aujourd’hui les catholiques du Manitoba auraient leurs écoles séparées et le pays serait rentré dans le calme; l’harmonie aurait régné, et nous ne verrions pas la nation canadienne divisée par une vérîtable guerre de religion.

C’est sur M. Laurier et sur son parti que pèse la responsabilité de l'échec ; c’est lui qui en répondra devant l’histoire ; c’est lui \

À 12 qui en répondra devant les électeurs intelligents et justes du Canada.

Il y a eu de l’obstruction, obstruction libérale à laquelle se sont joints quelques conservateurs fanatiques, obstruction qui à empêché le bill de passer; mais j'affirme que si M. Laurier avait fait ce que j'ai dit plus haut, s’il s'était prononcé en faveur de cette loï, l’obstruction se serait limitée à une vingtaine de députés.

Il a prêté aux obstructionnistes et aux fanatiques le prestige de sa haute position, l’autorité de son titre de Canadien-français et catholique ; il a voulu semer la discorde, la haine, pensant qu'ainsi il escaladerait le pouvoir,

‘Sa conduite « été sévèrement commentée par les autorités ecclésiastiques de ce pays.

Dans le Mandement collectif des évêques, que vous avez entendu lire, nous trouvons la passage suivant :

“ Nous avions espéré, N. T. C. F., que la dernière session du “ Parlement fédéral m ttrait un terme aux difficultés scolaires “ qui divisent si profondément les esprits : nous avons été ‘“ trompés dans ces espérances. L'histoire jugera elle-même des “ causes qui ont retardé la soluticn attendue depuis si longtemps.”

Quelle est la principale cause qui a détruit les espérances des catholiques ? C’est l'opposition de M. Laurier et l'obstruction qui s’en est suivie.

Dans leur mandement, les archevêques et évêques de la Province de Québec, continuent :

“ Nous avons pu, jusqu’à présent, nous féliciter de l'appui ‘“ sympathique d’un grand nombre de nos frères séparés ; ils ont “ compris que, dans un pays de races et de religion différentes “ comme le nôtre, il est nécessaire, pour le bien général, d’user “ de cette largeur de vues qui sait respecter la liberté de con- “ science et tous les droits acquis, ”?

Quels sont ces frères séparés qui jouent le beau rôle dont parlent nos guides spirituels ? Sont-ce les Cartwright, les Mulock, les Charlton, les Patterson, chefs anglais du parti libéral? Evidemment non, puisqu ils ont tout fait, avec M. Laurier, pour tuer la loi.

Ceux qui ont mérité les éloges de l’Episcopat canadien dans cette circon<tance sont des protestants comme les Tupper, les Foster, les Dickey, les Tisdale, chefs du parti conservateur, qui ont risqué leur vie politique pour faire ce que les catholiques demandent à grands cris.

Le Mandement de NN, SS. les évêques a été commenté du haut de la chaire dimanche, le 17 mai, par l’un d: ceux qui l'ont rédigé, Sa Grandeur Mgr Laflèche, de Trois-Rivières, et

voici ce que dit l’éminent prélat en parlant de lattitude prise par le chef libéral :

“ Un député canadien-français, qui se dit catholique et le chef reconnu d’un grand parti composé de catholiques et de protestants a fait la déclaration suivante en fait de principes, dans sa conduite politique : “ Tant que j'occuperai un siège en cette “ Chambre, tant que j’occuperai le poste que j'occupe, chaque fois “qu'il sera de mon devoir de prendre une position sur une “ question quelconque, cette position, je la prendrai, non pas au -# point de vue dû catholicisme, non pas au point de vue du ‘ protestantisme, mais je la:prendrai pour des motifs qui peuvent ‘s'adresser aux consciences de tous les hommes, indépendam- “ ment de leur foi, pour des motifs qui peuvent animer tous les “ hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance, ” (Extrait des débats officiels, version française, séance du 3 mars 1896),

“ Voilà, continue Mgr Laflèche, l'affirmation du libéralisme condamné par l'Eglise la plus catégorique qui ait jamais encore été faite à ma connaissance dans une assemblée législative de notre pays. L'homme qui parle ainsi est un libéral rationaliste, Il formule une doctrine entièrement opposée à la doctrine catholique, C’est dire qu’un catholique n’est pas tenu d’être catholique dans sa vie publique. C’est une erreur fondamentale et qui peut conduire aux plus déplorables conséquences.”

Le député canadien français dont parle Mgr Lafièche, c'est l'honorable M. Laurier, chef du parti libéral,

Traitant du même sujet, voici ce que dit le Mandement : “ Remarquez bien, N. T, C. F,, qu'il n’est pas permis à un catholique, quel qu’il soit, journaliste, électeur, candidat, député, d'avoir deux lignes de conduite au point de vue religieux : l’une our la vie privée, l’autre pour la vie publique et de fouler aux iede, dans l'exercice de ses devoirs sociaux, les obligations que ui impose son titre de fils soumis de l'Eglise, (C’est pour cela ‘ue N. S. P. le Pape Léon XIII, dans son Encyclique isibertas præœstantissimum, condamne ceux qui ‘“ estiment ue daus tout ce qui concerne le gouvernement de la société umaine, dans les institutions, dans les mœurs, les lois, les foncions publiques, l'instruction de la je’ nesse, on ne doit pas plus aire attention à l'Eglise que si elle n'existait pas, ” Pour la ême raison, il dit ailleurs (Eacychique Zmamortale Dei) : ‘ Avant tout, il est nécessaire que tous les catholiques dignes de a nom se déterminent à être et à se montrer les fils très dévoués e l'Eglise ; qu'ils repoussent sans hé-iter tout ce qui serait compatible avec cette profession ; qu’ils se servent des intituions publiques, autant qu'ils le pourront faite en conscience, au rofit de la vérité et de la justice, ”

C'est à vous maintenant, Messieurs, à faire votre choix. D'un côté, vous avez un protestant comme Sir Charles Tupper, secondé par M. Angers, qui fait des efforts surhun:ains pour faire passer une loi réparatrice, De l’autre, vous avez un Canadien-français catholique comme M, Laurier, qui, délibérément, trahit sa racc et sa religion en s’opposant de toutes ses forces à la passation d’une telle loi.

Quel parti devez-vous choisir ? la réponse est facile à donner,

Le Mandement dont je viens da vous parler dit expressément qne vous ne devez donner vos suffrages qu'à ui candidat ‘ qui “ s’engagera formellement et solennellement à voter, au Parle- “ ment, en faveur d'une législation rendait à la minorité catho- “ lique du Manitoba les droits scolaires qui lui sont reconnus “ par l'honorable Conseil privé d'Angleterre, ”

Je prends ici, sous ma signature, cet engagement formel et solennel, et de plus je déclare que, sans distinction de parti et mettaut de côté mes préférences, je voterai contre tout gouvernement qui ne rendra pas à la minorité catholique du Manitoba la plénitude d: ses droits tels que garantis par la constitution.

Sans doute, nos adversaires vout promettre la même chose. Mais rappelez-vous que M. Geoffrion, à Verchères,M. Charbonneau, à Jacques-Cartier, M. McShane, à Mcntréal-Centre, pour se faire élire dans le cours de l’année 1895, ont fait à leurs électeurs les mêmes promesses solennelles, et cependant, rendus en Chambre, subissant l'influence prépondérante de leur chef, M. Laurier, ils ont parlé et voté contre lu loi,

On ne peut faire semblable promesse avec: l'intention de la tenir, tout en étant un candidat et un partisan de M. Laurier, qui a fait tout ce qu’un homme peut faire pour empêcher la passation de la loi et dont la politique, répétée en maintes circonstances dans la présente campagne, est non pas de proposer l'adoption d’une loi réparatrice, mais d'instituer une C :mmission d'enquête pour s’enquérir si la minorité manitobaine a des griefs et si elle souffre d’une injustice,

Messieurs, vous avez les garanties les plus certaines de la bouche même du Premier Ministre, Sir Charles Tupper, dans son manifeste anx électeurs du Canada, qu’une loi réparatrice sera soumise au Parlement, à sa prochaine session, et cette garantie est d'autant plus forte qu'il s'est associé dans le gouvernement un homme cotume l'honorable M. Angers qui, djà, a tout sacrifié, houneurs, position, richesse pour que justice pleine et entière soit-rendue à nos concitoyens persécutés,

Je vous demande donc, non seulement vos suffrages, mais votre concours le plus actif,

Permettez-moi de vous dire qu’à cette heure solennelle de histoire de la Confédération canadienne, nous devons mettre de té nos préférences personnelles, donner un grand exemple de atriotisme et contribuer de toutes nos forces à montrer aux fanatiques de ce pays qu’ils ne peuvent réussir à détruire "œuvre des pères de la Confédération, que toutes les races, toutes es religions doivent être sur le même pied et que justice égale oit luire pour tous les citoyens.

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