LA BULLE
Bathylle, dans la cour où glousse la volaille,
Surl'écuelle penché, souffle dans une paille ;
L'eau savonneuse mousse et bouillonne à grand bruit,
Et déborde. L'enfant qui s'épuise sans fruil
Sent venir à sa bouche une acreté saline.
Plus heureuse, une bulle à la fin se dessine,
Et, conduite avec art, s'allonge, se distend
Et s'arrondit enfin en un globe éclatant.
L'enfant souffle toujours ; elle s'accroît encore ;
Elle a les cent couleurs du prisme et de l'aurore,
Et reflète aux parois de son mince cristal
Les arbres, la maison, la route et le cheval. . .
Prête à se détacher, merveilleuse, elle brille ! L'enfant retient son souffle, et voici qu'elle oscille, Et monte doucement, vert pâle et rose clair. Comme un frêle prodige étincelant dans l'air ! Elle monte. . . Et soudain, l'âme encore éblouie, Bathylle cherche en vain sa gloire évanouie. . .