‹ Aux flancs du vaseChapitre 4 sur 20 · LE SOMMEIL DE CANOPE · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL DE CANOPE

Accoudés sur la table et déjà noyés d'ombre,

Du haut de la terrasse à pic sur la mer sombre,

Les amants, écoutant Téternelle rumeur,

Se taisent recueillis devant le soir qui meurt.

Alcis songe, immobile et la tête penchée.

Canope avec lenteur de lui s'est rapprochée

Et, lasse, à son épaule a laissé doucement

Comme un fardeau trop lourd glisser son front charmant.

Tout s'emplit de silence. . . Au fond des cours lointaines

On entend plus distinct le sanglot des fontaines;

Par endroits sur le port une lumière luit ;

Et l'étrange soupir qui monte vers la nuit,

Mystérieux aveu du cœur profond des choses,

Ce soir, se fait plus doux de passer sur les roses

Alcis songe. . . Et la paix immense, la douceur

Nocturne, l'infinie et calme profondeur,

Le croissant et Tétoile, à sa base, qui tremble,

Et la mer murmurante, et cet enfant qui semble.

Avec son cou sur lui renversé sans effort,

Comme morte d'amour parmi ses cheveux d'or,

Tout l'exalte ! Une lente et solennelle ivresse

Semble élargir jusqu'aux étoiles sa tendresse !

Frémissant il se penche, et contemple un long temps

Le front uni voilé par les cheveux flottants,

Et la bouche de rose où luit l'émail des dents.

Et le beau sein qu'un rythme égal et lent soulève. . .

Des feuillages au loin bruissent ... La nuit rêve . . .

Alcis, les yeux au ciel, avec un lent baiser

Sur la bouche a laissé son âme se poser ;

Et tout à coup son cœur semble en lui se briser !

Car il le sent, jamais, jamais plus dans sa vie,

Il ne retrouvera l'adorable accalmie,

La nuit et le silence, et cette mer amie,

Et ce baiser, dans l'ombre, à Canope endormie.

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