CHAPITRE PREMIER
La religion est la grande nécessité, le suprême besoin de tout homme et de toute société. Nous constatons cependant qu'elle est profondément, nous pourrions presque dire universellement ignorée. Tout le monde en parle, presque personne ne la connaît. II est donc nécessaire de répandre l'instruction religieuse.
I. Qui fera cela? Qui répandra l'instruction religieuse? Le prêtre? oui, sans doute, c'est la mission du prêtre de catéchiser l'enfance, la jeunesse, l'âge mûr. Mais qu'est-ce que le prêtre peut faire sans la. famille sans les parents? Rien ou presque rien. Si les familles ne sont pas avec nous ou si elles sont contre nous, si elles contrecarrent notre action pastorale ou si seulement elles s'en désintéressent, tous nos efforts d'évangélisation sont impuissants ou n'aboutissent que partiellement. En général, l'éducation chrétienne est donnée trop en
LIINSTRUGÏION RELIGIEUSE
dehors de la famille : à l'asile, à l'école, au collège., au catéchisme, à l'église. C'est à la maison et dès le premier âge que doit se donner l'instruction religieuse par le ministère du père et de la mère, surtout par le ministère de la mère.
II. La famille vraiment chrétienne est le temple de l'idée religieuse. Là, devant les yeux de tous, apparaissent des objets qui parlent de la religion, qui en rappellent le souvenir, qui la rendent familière et quotidiennement présente : le crucifix, le buis bénit, l'eau bénite, l'image de la Vierge, le chapelet, les cachets de Baptême et de Première Communion, etc. Là, sous la main de tous sont des livres dont on peut se servira chaque minute et qui contiennent les notions élémentaires, les pratiques courantes, les prières usuelles, les éléments principaux de la vie chrétienne : l'Evangile, le Catéchisme, le Livre de messe, l'Imitation de Jésus-Christ, le Combat spirituel, le Manuel de piété, la Vie des saints, etc. Là, entre les membres de la famille, se tiennent des conversatioîis qui n'ont rien de didactique et qui n'en sont pas moins instructives, qui n*ont rien de solennel et qui n'en sont que plus salutaires et plus pénétrantes. On parle des choses religieuses avec intelligence et respect, on parle des choses profanes
DANS LA FAMILLE
avec un accent chrétien. Là enfin, au sanctuaire domeslique, on o, des habilude s familmles qui font entrer la religion non seulement dans l'esprit, mais dans le cœur et dans la vie de chacun. On prie en commun le matin, surtout le soir. Ensemble on sanctifie le dimanche, on célèbre les solennités de l'Église, on s'approche des sacrements, on est très fidèle aux grands anniversaires de famille; les défunts ne sont pas oubliés, on entend la messe à leur intention, etc.
111. Dans la famille vraiment chrétienne, les enfants reçoivent de très bonne heure l'instruction religieuse. Beaucoup de parents s'imaginent qu'on peut attendre la septième année pour donner aux enfants quelques idées religieuses. Ils se trompent. C'est dès la seconde ou la troisième année lorsque l'enfant se connaît à peine, qu'il faut semer dans son âme vierge les germes du salut. « L homme est fait à trois ans », a dit de Maistre. Il est certain, en effet, que plus l'enfant est jeune, plus il est tendre et susceptible de recevoir les influences du dehors. Tout petit et tout inconscient qu'il est, il fait attention à tel geste, à telle parole, à tel acte ; il examine, il entend, il retient. Dieu donc n'arrive jamais trop tôt à cette raison naissante. Bientôt ce jeune enfant sera mis en rapport avec
les ministres de la religion chargés de l'instruire, de le catéchiser ; mais, de même que le temple a un vestibule, le prêtre doit avoir un précurseur, et c'est la mère de famille qui est ce précurseur. Elle fait prononcer à ses jeunes enfants les noms de Jésus, de Marie et de Joseph; elle leur apprend à tracer sur eux le signe de la croix ; elle leur fait réciter les belles prières Notre Père et Je vous salue, Marie; elle leur donne les premières notions de la science religieuse ; elle fait pénétrer peu à peu les lumières de la foi dans ces petits esprits par leurs sens éveillés et leur cœur sensible.
IV. Et quand l'enfant a grandi, quand il a de sept à douze ans, les parents bien avisés continuent de travailler avec plus de soin encore à sa formation morale et religieuse. Ils le mettent le plus tôt possible en rapport avec le prêtre, pour qu'il reçoive de lui le complément des leçons de la famille. Les enseignements du catéchisme ne sont que l'extension des enseignements de la famille, où ils trouvent d'ailleurs leur écho fidèle et leur énergique confirmation. A l'action du catéchisme vient se joindre Faction de l'école chrétienne. Mais, si le père et la mère se font aider, ils ne se font pas remplacer par le prêtre et Tins-
DANS LA FAMILLE
tituteur. Le catéchisme et l'école chrétieune ne sont que la continuation et la prolongation de la famille. La famille reste le sanctuaire premier et la principale école primaire où se forment les consciences. Là on répète et on commente devant les enfants les belles vérités et les fortes maximes entendues à Téglise et à l'école; là on les habitue à faire leur examen de conscience et à se bien confesser ; là on leur fait étudier la lettre du catéchisme et on leur en donne l'explication ; là on leur parle souvent de la première communion. Quand ce grand jour approche, on redouble d'attention et de zèle pour les bien préparer ; et, quand ce grand jour est arrivé, que ne fait-on pas pour donner à cet acte essentiel et toute sa splendeur et toute sa fécondité?
V. Enfin, dans la famille chrétienne, les parents prodiguent à radoleseence et à la jeunesse des soins religieux encore plus intelligents et plus empressés. Ils ne se contentent pas de respecter la foi de leurs enfants et de les envoyer aux œuvres de persévérance. Ils façonnent, ils affermissent, ils développent l'instruction religieuse et la piété non seulement de leurs filles, mais de leurs garçons. Ils entrent avec eux dans des entretiens intimes répondant à leurs difficultés,
redressant les tendances qui penchent vers l'erreur, éclaircissant les doutes, dissipant les préjugés, réfutant les fausses maximes, prévenant les tentations contre la foi, élevant ainsi la conversation trop souvent frivole à la dignité d'un grand ministère. Ils évitent soigneusement de laisser errer sur leur table cette feuille publique qui distille chaque matin les mauvais principes, ce livre perfide d'oii suintent le dojite et Timpiété, cette revue malsaine qui dégage une mortelle saveur et qui empoisonne du même coup l'esprit et le cœur. Ils bannissent impitoyablement les lectures dangereuses. Ils font naître dans l'âme du jeune homme et de la jeune fille le goût des lectures sérieuses, et peu à peu, à mesure qu'ils grandissent, ces jeunes gens bien guidés découvrent la convenance, l'ordre, la beauté, l'enchaînement des vérités religieuses qu'ils avaient crues d'abord sans les comprendre et reçues dans leur bas âge par voie d'autorité.
VI. Des considérations qui précèdent, nous déduisons pour notre clergé et nos fidèles quelques conclusions pratiques :
1° Nous supplions /<?s prêtres d'instituer dans leurs paroisses une Association de mères de famille avec réunions mensuelles, fête patronale et
DANS LA FAMILLE
retraite pascale. Cette institution est possible à peu près partout, et l'on peut en attendre les plus heureux résultats pour la sanctification des mères, pour l'éducation chrétienne des eiifants, pour la vie religieuse du foyer, pour le bien des paroisses.
2° Nous nous adressons aux parents^ particulièrement aux mères, et nous leur demandons instamment :
— D'établir chez eux la prière, au moins la prière du soir, en famille ;
— D'avoir dans leur maison un crucifix dressé sur un meuble ou attaché au mur en un lieu apparent ;
— De bannir du foyer les livres, brochures, journaux, gravures qui sont contraires à la religion et aux bonnes mœurs ;
— De se procurer de l'eau bénite, le chapelet, l'Histoire sainte, l'Évangile, le Catéchisme, le Paroissien, l'Imitation de Jésus-Christ, la Vie des saints, et même une petite bibliothèque pieuse bien composée, c'est-à-dire sérieuse, instructive et intéressante ;
— D'habituer leurs enfants à prier dès qu'ils peuvent articuler une parole ; de les faire aller au petit catéchisme, à confesse, à la messe dès l'âge de sept ans; de les conduire à l'école qui doit leur
donner la meilleure éducation chrétienne ; de les préparer à la première communion par plusieurs années de catéchisme; et, enfin, d'assurer leur persévérance par tous les moyens possibles dans les années qui suivent la première communion.
Les parents qui élèvent chrétiennement leurs enfants les voient sur la terre dociles et vertueux, bonis de Dieu et estimés des hommes ; ils reçoivent d'eux dans la vieillesse la reconnaissance la plus affectueuse et la plus dévouée ; ils les retrouveront un jour au ciel, associés à leur récompense et à leur bonheur.