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CHAPITRE II

L'instruction religieuse donnée dans la famille est infiniment précieuse. Quand elle manque, presque rien ne peut la remplacer, et, quand elle est distribuée comme il faut par le père et par la mère au foyer domestique, le ministère du prêtre devient facile et réussit presque infailliblement. Cependant, si Faction de la famille est nécessaire, elle n'est pas suffisante. Elle est aujourd'hui, hélas! moins suffisante que jamais. Beaucoup de parents, à l'heure actuelle, n'ayant plus conscience de leur devoir, négligent totalement d'instruire leur postérité des vérités de la foi. La vie de famille n'existe plus guère. La vie chrétienne dans la famille est encore plus rare. On élève à peine des hommes. On ne songe pas à élever des chrétiens. On pousse à l'instruction profane; on oublie l'instruction religieuse. Chose encore plus grave : cette défaillance de l'esprit chrétien dans les familles coïncide avec une recrudescence d'es-

prit antichrétien dans la société. Le milieu familial est froid ; le milieu social est glacé. Au foyer domestique les âmes sont faiblement armées ; dans le monde elles sont puissamment attaquées. Les objections pleuvent de tous les côtés ; les grossières plaisanteries s'abattent comme la grêle sur l'homme qui veut garder sa foi ; le doute est l'hommage ironique que les moins incrédules offrent à la vérité religieuse. Le foyer et le monde étant ce qu'ils sont de nos jours, comment donc se conservera et se perpétuera la science de la religion? Dieu y a pourvu.

I. Une institution existe, une institution officielle, authentique, qui a précisément pour but principal de sauvegarder ici-bas et de distribuer aux âmes l'instruction religieuse : c'est la Paroisse. 11 y a vingt siècles, Jésus-Christ a dit à ses Apôtres ces deux simples mots : « Allez, enseignez! » Et, fidèles à cette consigne, les Apôtres et leurs successeurs ont réalisé l'empire universel. Démêlant dans les ruines de l'homme l'élément le moins gâté, le plus énergique, l'esprit, ils lui ont représenté l'idée du Vrai. Toutes les fausses idées, tous les préjugés dominateurs du monde païen se liguèrent contre lidée chrétienne, mais ils succombèrent sous le feu dissolvant de la vérité, at-

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tisé par la parole apostolique. L'esprit restauré par le Vrai se souvint qu'il était le maître, que la volonté était sa sujette. La volonté finit par se soumettre. L'homme intérieur, une fois conquis à la loi de Dieu, y assujettit bientôt l'homme extérieur. L'idolâtrie du dehors, n'étant plus soutenue par l'idolâtrie du dedans, disparut un matin sous la poussée du peuple. Le peuple obéissait désormais à la pensée chrétienne bien plus qu'à la parole des Césars. La parole apostolique avait révolutionné le monde. Le monde était gagné à Jésus-

Christ. L'Eglise était fondée. Immédiatement, à la période de lutte succédait la période de T organisation. Partout apparaissaient des familles spirituelles appelées paroisses, et dans ces groupes paroissiaux le clergé agissait sur les âmes comme les Apôtres avaient agi sur le monde, par la parole, par la vérité annoncée, par l'instruction religieuse incessamment répandue. Telle est la fonction de la paroisse dans l'Eglise catholique. Elle enseigne. Elle est la source intarissable et l'organe officiel de l'enseignement religieux. Elle est la réalisation perpétuellement et universellement vivante de la parole du Christ : « Allez, enseignez ! « Des aveugles volontaires ou inconscients demandent parfois : « Oii est le Christianisme? que fait-il? on dit qu'il va mourir, qu'il

est mort : est-ce vrai? » Hélas ! du temps des Apôtres on disait la même chose, et les sages de Rome, les Sénèque et les Tacite, ne soupçonnaient même pas le grand travail évangélique qui s'opérait autour d'eux sans bruit, sans secousse, sans violence et qui allait transformer le fond et la face des sociétés. Aujourd'hui des multitudes d'esprits flottants cherchent la vérité et n'ont pas l'air de se douter qu'il y a un Christianisme organisé, vivant, régnant, parlant. Il existe pourtant, ce Christianisme. Il est à votre porte, il sonne à vos oreilles, il est partout chez nous, puisque partout nous avons des paroisses qui gardent, qui annoncent, qui répandent l'idée chrétienne.

II. Sans doute on peut s'instruire de la religion en dehors de la paroisse. Dans les pays de mission on est bien obligé de se passer de la paroisse, elle n'existe pas. Et même dans nos pays catholiques où la paroisse est organisée, on peut encore se passer d'elle et aller puiser dans de bons livres ou dans de saines conversations la science de la religion. Mais de bons livres ne sont pas à la portée de tout le monde, et les bonnes conversations ne sont pour la sanctification des fidèles qu'un moyen secondaire, exceptionnel, individuel ou passager. La paroisse est et doit rester le

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