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LINSTRUCTÎON RELIGIEUSE A VÉGLISÈ POUR TOUS LES FIDÈLES

La paroisse bien organisée distribue Finstruction religieuse à l'école, au catéchisme, dans les œuvres de persévérance. Elle atteint de la sorte l'enfance, Tadolescence et la jeunesse. Mais où seront instruits le peuple chrétien, les adultes, l'ensemble des paroissiens, la masse des fidèles? à réglise.

I. On prêche dans nos églises. Ce phénomène mérite une attention très particulière. Parce que nous y sommes habitués, nous le trouvons banal, nous ne le remarquons pas même. C'est un tort. Non, certes, ce n'est pas un spectacle vulgaire que celui de ces quarante mille chaires de France oij monte, chaque dimanche, le prêtre catholique, et d'où il conquiert à sa parole, toujours ancienne et toujours nouvelle, toujours simple et toujours grande, le tribut général du respect, alors même que plusieurs lui refusent le triomphe complet de la foi. Le sacerdoce schisma tique d'Orient et d'Oc-

cident est un sacerdoce muet. Les évêqaes hérétiques d'Angleterre ne sont que de gros rentiers qui font circuler des Bibles plus ou moins frelatées. Et, quand même les ministres protestants répandraient la vraie Bible, peuvent-ils prétendre qu'ils obéissent à la voix du Christ qui a dit : « Allez et parlez »? La Bible n'est qu'une grande muette qui offre au lecteur un million de paroles mortes. Et les philosophes ont-ils capacité, compétence, autorité pour enseigner l'humanité? Ce sont des hommes souvent d'un beau talent... mais, hélas! ils n'ont pas de doctrine, ils ne peuvent pas faire marcher sous leur discipline le plus petit des villages, et ils meurent sans progéniture spirituelle. Le sacerdoce catholique^ seul, possède l'art divin de captiver constamment l'attention de la multitude, de la réunir à jour fixe autour de sa chaire, et d'en obtenir sans effort d'éloquence le triomphe même de l'éloquence, la conviction et la persuasion. Ne dites pas que la prédication est stérile. Sans doute, pour des motifs qu'il serait trop long et superflu d'énumérer, nos quarante mille chaires catholiques ne produisent pas tous les résultats qu'elles devraient produire dans les âmes et dans la nation. Cependant le bien qu'elles réalisent est immense. Au milieu d'un peuple divisé, elles font Vunité. Au

XVI® siècle, ce sont les prédicateurs qui ont sauvé l'unité nationale; sans eux, la France serait devenue protestante, c'est-à-dire irrémédiablement divisée en elle-même, et, selon toute apparence, les liens politiques n'auraient pas tenu après la rupture du lien religieux. Aujourd'hui encore, en dehors de la foi, tout divise. Il n'y a plus qu'un lieu où les hommes de notre temps se puissent sentir d'accord, et pour l'instant qui les rassemble et pour le jour qui suivra : ce lieu, c'est l'église. Là, seulement, s'élève la voix qui constate et qui produit l'harmonie. Je n'ai pas besoin de rappeler l'assistance que donne la chaire à la charité; la plupart des œuvres de bienfaisance vivent par elle. Et que ne fait-elle pas pour la moralité? L'enseignement du mal n'a pas de contrepoids plus puissant. La chaire presque seule combat le théâtre, le roman, le journal et tout ce souffle redoutable que l'on peut appeler l'air du monde. Et enfin la chaire distribue la vérité. Elle bannit le mensonge, les vains ornements, les lâches complaisances envers l'auditoire; elle rejette le secours de la passion; bien plus, elle attaque de front la passion elle-même, elle veut la subjuguer et le lui déclare expressément. Voilà certes une institution qui n'est point à dédaigner; on prêche dans nos églises ; on y prêche la doctrine chrétienne ; on y

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proche souvent, très souvent, en semaine et le dimanche et plusieurs fois chaque dimanche. La parole de Dieu est annoncée à presque tous les offices et sous les formes les plus variées : elle s appelle le prône, l'homélie, l'allocution, la conférence, le panégyrique, le sermon, etc.. Nous osons affirmer que ceux-là seulement n'entendent pas la parole de Dieu qui ne veulent pas l'entendre, que ceux-là seulement sont dépourvus d'instruction religieuse qui ne veulent pas la recevoir.

II. Nous nous adressons donc à tous les fidèles, et, d'abord, nous leur demandons de ne pas dédaigner, de ne pas fuir les grands offices, qui sont déjà, par eux-mêmes, une leçon et un enseignement. Tout parle, tout vit, tout étincelle dans nos grandes assemblées liturgiques. Vous avez là, chrétiens, dans nos églises, Fart, Tarchitecture, la poésie, la musique. Vous avez là l'acte permanent, immortel, éternel, qui met l'homme en contact avec la Divinité, l'acte du saint Sacrifice. Vous avez là les merveilles de la liturgie chrétienne qui exerce sur les âmes une propagande et un apostolat sans exemple. Ce n'est pas chez nous qu'on prononce ces mots : « Je hais le profane vulgaire. » L'église est la maison de Dieu et la maison du peuple; l'église est le palais du

peuple. Ecoutez là-dessus François Coppée : «J'assistais à la grand'messe en septembre dernier; à cette époque de l'année, le faubourg Saint- Germain est à peu près désert. . . Toutes ces absences se font sentir à la grand'messe... : rien que des petites gens, des boutiquiers, des domestiques. Or, ce dimanche-là, l'Eglise n'en déployait pas moins la magnificence de ses cérémonies, car elle est, quoi qu'on dise, la grande école d'égalité. Quand il reçoit un parent pauvre, le féroce démocrate qui rêve de tout courber sous le même niveau, n'allume pourtant pas le lustre du salon et ne descend pas à la cave chercher un panier de vieilles bouteilles. Le prêtre chrétien, lui, accueille toujours les fidèles, si humbles qu'ils soient, avec tout le luxe dont il dispose, ainsi que des frères bien-aimés. C'est pour quelques douzaines de dévotes et de servantes, c'est pour les Sœurs et leurs petites orphelines, c'est pour les pauvres qui se tiennent debout au bas de la nef, la casquette sous le bras, que l'office divin est célébré avec toute sa pompe, que le prêtre et les deux diacres, revêtus de riches ornements, exécutent devant l'autel les gestes et les évolutions hiératiques, que les voix des chantres et des enfants de chœur lancent sous la voûte sonore les mélopées majestueuses de la liturgie, que le grand orgue s'émeut, que tour

à tour il gronde, pleure, rêve, soupire, et qu'il verse, par larges ondes, la prière et l'extase sur toutes ces têtes inclinées. » Nous demandons aux fidèles d'aimer et de fréquenter nos grands offices.

III. Nous leur demandons d'aimer et de fréquenter les offices qui sont accompagnés de la prédication, la grand'messe et le prône. Un grand nombre de chrétiens recherchent de préférence une messe basse sans prédication. Ils ont tort. Leur foi, qui n'est pas nourrie, devient peu à peu très faible, flottante, languissante, mourante. Ils oublient vite le peu de science religieuse qu'ils avaient. Il est difficile qu'une lecture, même excellente, remplace pour la généralité des âmes la prédication de la parole de Dieu J'emprunte ici le témoignage très autorisé du curé de Saint- Sulpice qui, dans un petit Manuel de vie et de piété chrétienne publié récemment, s'exprime ainsi : « Les hommes du monde, même ceux qui exercent une profession élevée, quel que soit leur savoir en histoire, en littérature, dans les sciences exactes ou autres, sont rarement des hommes instruits des matières religieuses ; ils n'en ont le plus souvent qu'une connaissance très superficielle. Ils ont récité autrefois le Catéchisme^ qui est l'abrégé de la doctrine chrétienne; ils en

ont alors écouté rexplicalion qui convenait à leur âge; mais, depuis la fin de leurs études classiques, depuis leur entrée aux écoles supérieures et pendant toute leur carrière, en quel temps ont-ils étudié sérieusement la religion de leur enfance? N'est-il pas dès lors présomptueux de leur part de se croire surabondamment instruits de ce qui se dit au prône de leur paroisse ? Ne leur serait-il pas plus utile qu'à bien des personnes moins savantes, d'entendre exposer, même sans éloquence et sans art, la simplicité de l'Evangile et de l'enseignement de l'Eglise ? Ils ont l'esprit trop juste et trop élevé pour ne pas admettre qu'il en est ainsi, et, si la foi est encore dans leur ame, ils ne craindront pas d'être instruits par le plus simple vicaire dans une grande ville, ou par le plus humble curé de village. » Ces sages paroles sont confirmées par l'expérience universelle. C'est en général par l'audition de la parole de Dieu que la foi naît, vit et se fortifie. La prédication entendue à l'église est pour tous les fidèles le moyen ordinaire de garder et de développer leur instruction religieuse.

IV. Aussi nous conjurons le clergé d'avoir égard aux besoins du peuple chrétien et de faire tout le possible pour que renseignement religieux soit du

haut de la chaire largement et utilement distribue : 1" Que nos églises soient ouvertes à tous; que tout le monde puisse, le dimanche, y trouver une place ; que personne ne soit obligé de payer pour y entrer, et qu'il y ait toujours dans nos temples un espace gratuit pour ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas donner le sou de la chaise ; que les hommes, en particulier, soient dispensés de cette redevance qui est pour beaucoup une occasion de murmure et de récrimination ;

2'' Nous supplions les prêtres de procurer à leurs fidèles des offices intéressants et pas trop longs. Le monde moderne va vite, fait beaucoup de choses en peu de temps; ne lui imposons pas des cérémonies démesurées qui risqueraient de le lasser et de le rebuter. Et, pour que notre peuple s'intéresse au culte sacré, il est nécessaire qu'il y prenne une part active, qu'il exécute lui-même les chants liturgiques et, quand cela est permis, des cantiques français ;

3° Le dimanche, en Amérique, en outre du sermon de la messe chantée, il doit être fait à chaque messe basse une courte instruction dont la durée, on y comprenant les annonces et la lecture de l'Évangile, ne dépasse pas dix minutes. Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose? Pourquoi, le dimanche, chacune de nos messes basses ne serait-

elle pas accompagnée d'une courte allocution? 4° Nous voulons, dans notre diocèse, que le prône de la grand'mcsse soit régulier, qu'il ne vaque jamais, si ce n'est pendant la période des vacances, du 15 août au premier dimanche d'octobre. Et enfin, pour ne pas manquer son but, le prône doit éclairer et instruire ; il n'est pas une homélie de piété qui commente FEvangile du dimanche; il est un vrai cours de religion qui, en trois, quatre ou cinq ans, présente à l'attention des fidèles toute la doctrine chrétienne : dogme, morale et sacrements. Toute paroisse oii l'instruction religieuse n'est pas donnée demeure dans une inévitable ignorance, et un pasteur qui n'instruit pas n'accomplit pas réellement le devoir de la prédication et n'est pas en sûreté de conscience ; or, pour instruire, le moyen le plus facile, et presque le seul efficace, c'est de faire un cours suivi d'instructions ou de prônes sur l'ensemble des vérités religieuses.

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