LE BIEN QUE PEUT FAIRE LA BONNE PRESSE
ils sont arrivés à des résultats bien capables de nous instruire, de nous encourager, de nous montrer la voie et de nous y pousser.
Les catholiques allemands, en particulier, ont admirablement compris et exploité la puissance de la bonne presse. Autrefois ils ne possédaient pas un seul organe, et la situation de l'Eglise d'Allemagne était désespérée. Mais, il y a cinquante ans, le grand évêque de Mayence, M^'Ketteler, jeta cette parole hardie qui fit le tour du monde, et qui fut comme un éclair pour le clergé allemand : « Si saint Paul vivait de nos jours, il se ferait journaliste. » Les catholiques allemands se sont mis à l'œuvre, ils ont créé des centaines et des centaines de journaux, et malgré la majorité protestante de l'Empire, ils forment aujourd'hui une puissance avec laquelle ministres et parlements sont obligés de compter. Ni la violence du Kulturkampf, ni les ruses de la corruption, n'ont pu entamer la phalange du Centre. Pourquoi? Parce que la presse, comme une sentinelle vigilante, était là, chaque matin, qui encourageait les forts, stimulait les faibles, démasquait les adversaires, et tenait tout le monde en haleine. C'est la presse des catholiques allemands qui a vaincu Bismarck, ce stratège qui se croyait invincible. En 4872, le Chancelier de fer était
dans toute sa gloire et dans toute sa puissance ; il avait écrasé la France et tenait l'Europe sous ses pieds. Il n'avait plus qu'une seule ambition, celle de créer en Allemagne l'unité religieuse, comme il avait fondé l'unité politique. A cet effet, il fallait convertir au protestantisme les quelques millions de catholiques disséminés dans l'Empire. 11 était sur de son triomphe... il fut vaincu. Lorsque éclata le Kulturkampf, le clergé se jeta vaillamment dans l'arène avec les laïques, multiplia les journaux, instruisit le peuple et sauva ainsi les catholiques allemands du découragement, du schisme et de l'impuissance. Le Gouvernement sentait bien que la résistance venait de là, du journal, et il poursuivit les rédacteurs avec un acharnement inouï. On les jetait en prison; aussitôt d'autres les remplaçaient avec la perspective très prochaine de pouvoir, à leur tour, souffrir de la faim, aux frais de l'État. Les persécuteurs durent céder à ces résistances, et le vicaire journaliste est resté maitre du champ de bataille. Telle est la puissance de la bonne presse. Elle a fait capituler Bismarck en Allemagne. Conduite avec la même vigueur, elle ferait capituler la poignée de mécréants qui nous oppriment. La presse catholique fait des merveilles en Suisse, en Belgique, en Allemagne. Qu'elle s'acclimate chez nous,