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et la même cause produira les mêmes résultats.
II. Les idées et les lois deviendront meilleures sous l'action de la bonne presse. Nous nous plaignons des mauvaises lois qui soutirent de nos populations la dernière sève morale et religieuse, et nous n'avons que trop raison de nous plaindre. Mais, pour supprimer les mauvaises lois et en édicter qui soient bonnes, il nous faudrait de bons législateurs, et, pour créer de bons législateurs, qu'y a-t-il à faire ? 11 faut créer de bons électeurs, des électeurs consciencieux, honnêtes, animés de saines idées et suffisamment éclairés. Ce sont les hommes qui votent, qui dirigent la vie sociale et publique, tandis que les femmes dirigent la vie domestique et privée. Il est donc nécessaire d'ogir sur les hommes et de les atteindre avec l'arme moderne, la presse. Sans quoi nous piétinons sur place, nous nous agitons dans le vide, nous manquons le but.
Par la presse, par la bonne presse nous semons des idées, nous créons des convictions, nous préparons des chrétiens, et c'est là, en dernière analyse, qu'il faut en venir. Faire des chrétiens, c'est l'œuvre la plus pressée... et la plus combattue. Nos ennemis sont beaucoup moins préoccupés de sauver la République que de ruiner le oatholi-
cisme. et. quand ils nous accusent de faire de la politique, ils ont surtout en vue de nous empêcher de faire de la religion. Ils savent bien que nous ne sommes pas des conspirateurs, mais ils voudraient nous faire passer pour tels, afin d'énerver notre action en calomniant nos intentions. Nous protestons contre les mauvais desseins qu'on nous attribue : nous acceptons loyalement et nous respectons la forme républicaine que la France s'est donnée, comme nos devanciers ont accepté et respecté la forme monarchique et la forme féodale: mais en même temps nous déclarons que notre mission nest pas une mission politique, que nos préoccupations sont plus hautes, que nous sommes et voulons rester au-dessus et en dehors des partis, dans la sphère des choses morales et religieuses.
Chateaubriand, à la dernière page du Génie du Christianisme, s'exprime ainsi ; « Une religion dont les préceptes sont un code de morale et de Vf rtu est une institution qui peut suppléer à tout et devenir, entre les mains des saints et des sages, un moyen universel de félicité. Peut-être un jour les diverses formes de srouvernement. hors le despotisme, paraitront-elles indifférentes, et l'on s'en tiendra aux simples lois morales et religieuses, qui sont le f -nd permanent des sociétés et le vé-
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ritable gouvernement des hommes. » On ne se tromperait guère en disant que nous en sommes là aujourd'hui. La question politique s'éclipse devant la question religieuse. Le meilleur gouvernement est celui qui s'inspire davantage de l'Evangile. Laissons donc la presse politique s'agiter dans sa sphère, et donnons notre concours à la presse religieuse qui a pour but premier et principal d'accréditer la cause de Dieu et de l'Evangile. Ce que nous voulons, ce que nous devons vouloir avant tout, c est que Dieu règne sur nous, bien persuadés que le reste nous sera donné par surcroît. Laissons de côté les conditions contingentes de la société actuelle, mais défendons les principes qui sont la base nécessaire de toute société humaine. Par la bonne presse nous ferons de bons citoyens en faisant de bons chrétiens. La bonne presse, en améliorant les idées, améliore les lois et prépare notre relèvement social.
III. Ici se place une objection. Si nous proposons à notre peuple une presse ouvertement bonne, morale, religieuse, catholique, il va se cabrer, il ne nous lira pas, nous ferons peut-être plus de mal que de bien.
A cette objection il y a une première réponse. Nous ne sommes pas obligés de réussir, mais nous
sommes obligés de faire notre devoir. Nous serons prudents, mais nous ne serons pas timides ; nous ne parlerons pas mal à propos, mais nous parlerons; nous ne dirons que la vérité, mais nous la dirons. La prudence règle l'action et la tempère, mais ne la supprime pas. La timidité suspend Faction et bat en retraite. La prudence évite les luttes inutiles, mais elle accepte toutes les luttes nécessaires et elle ne va jamais jusqu'à l'abandon du vrai et du devoir. Qu'y a-t-il de plus nécessaire aujourd'hui que de défendre et de populariser les idées morales et religieuses? La presse est le moyen, donc servons-nous-en.
Mais le peuple va se cabrer devant notre presse? Peut-être!... il y est si peu habitué. Marchons quand même. Soyons discrets, mais soyons en même temps sincères et courageux. Dégageons la religion de tout alliage étranger, présentons-la dans sa lumineuse beauté, tirons-la de ses temples 011 on ne vient point apprendre à la connaître et à l'aimer; faisons jaillir cette source dans les rues, et sur les places publiques, et jusque dans les réduits les plus obscurs de nos paroisses ; mettons en menue monnaie ces lingots d'or de la vérité religieuse, qui sont la richesse inconnue du grand nombre, et que l'opinion s'habitue peu à peu à ■voir la religion s'affirmer, se montrer, se défendre,
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se prouver. Nous avons bien le droit de dire au peuple par la presse ce que Tertullien disait aux Empereurs païens : « La religion ne demande qu'une chose, c'est qu'on ne la condamne pas sans la connaître, ne ignorata damnetur. »
Nous nous imaginons parfois que le peuple est mauvais de parti pris. Mais non. Les méchants de parti pris sont des monstres, et les monstres sont toujours une exception dans le peuple comme dans les classes supérieures, dans l'humanité comme dans la nature. Et même, quand je vois le peuple travaillé comme il l'est par la contagion du mal, par la propagande de l'erreur, je m'étonne de le trouver encore si relativement bon, calme, résigné, honnête, sensible au bien. Si le peuple prenait à la lettre toutes les insanités et tous les racontars criminels dont ilfait sa pâture quotidienne dans les mauvais journaux, il nous aurait déjà lapidés, prêtres, conservateurs et bourgeois, et nous ne l'aurions pas volé, car la mauvaise presse nous désigne journellement comme les pires ennemis des classes populaires. Heureusement nos populations gardent un fonds de bon sens, de droiture et de justice qui les empêche de succomber à la pression ininterrompue du mensonge écrit. En réfléchissant, elles s'aperçoivent qu'on les trompe, qu'on les berne,
qu'on abuse de leur crédulité, qu'on en dit trop pour que ce soit arrivé. Et beaucoup de gens qui ne savent pas, qui ne sont que des égarés, reviendraient à des idées plus saines, si la lumière était plus abondante, si on les éclairait. Gomment les éclairer? Par la bonne presse.
Donnons quelques exemples. La vente des biens des Congrégations devait rapporter un milliard, et ce milliard devait servira la caisse des retraites ouvrières. Or la caisse des retraites ouvrières n'a encore rien touché et ne touchera rien. Pas un sou n'a été distribué et ne sera distribué aux travailleurs. Le fameux milliard des Congrégations disparait dans la poche des liquidateurs, de leurs avocats, de leurs avoués, de leurs huissiers, de leurs serruriers et des Juifs qui achètent pour rien les immeubles des proscrits. Par contre, l'Etat a déjà dépensé, en frais de poursuites et de liquidations, près de six millions que doivent payer les contribuables. C'est à la presse honnête qu'il appartient de démasquer cette mystification grandiose, cette admirable opération financière avec laquelle on a berné les naïfs pour leur faire accepter la loi contre les Congrégations. Et c'est encore la presse honnête qui doit et qui peut expliquer au peuple les résultats déplorables, iniques, anti-démocratiques de l'expulsion des religieux et des reli-