‹ Aux hommes travail nécessaireChapitre 54 sur 88 · QUI DOIT RÉPANDRE · texte numérisé non relu

QUI DOIT RÉPANDRE

sanctuaire nous faisions de tendres homélies au ; petit troupeau des enfants et des âmes pieuses, on ■ s'emparait de la rue et de la place publique, et par la mauvaise presse on endoctrinait la grande masse populaire. Il est temps enfin de reconquérir notre droit, et il est nécessaire de nous rappeler que l'exercice de notre droit est un devoir.

Certes, nous ne voulons pas dire que le clergé doit faire delà politique. Ilnelc doit pas. Il s'inféoderait à un parti et il s'aliénerait toute une catégorie d'esprits. Pour rester au service de tous, il faut qu'il n'appartienne à personne. Mais nous disons qu'i/ doit faire de la religion non seulement à l'église, mais dans la rue et sur la place publique. Nous disons que le clergé manquerait à sa mission s'il se contentait de pleurer entre le vestibule et Tautel et d'attendre vainement ses brebis qui ne viennent plus au bercail déserté. Nous disons que le peuple a besoin de nous, qu'il faut aller le chercher là oi\ il est et lui porter la foi et la morale chrétienne sous les espèces du livre, de la brochure, de la feuille imprimée. Nous disons que le prêtre peut et doit répandre la bonne presse. Ce nouveau genre d'apostolat exige sans doute de la prudence ; mais la prudence qui règle le zèle ne le supprime pas ; la prudence est une vertu quand elle guide les pas de l'apôtre, et non quand elle l'empêche de marcher.

IL Dans la nécessaire propagande de la bonne presse, le clergé ne peut pas tout faire ; les laïques doivent s'unir au clergé. Que d'hommes qui ont de la fortune, des loisirs, de l'intelligence, de l'indépendance et qui restent les bras croisés quand ils pourraient et devraient être les chevaliers de la plume, de la parole et des œuvres! Ils s'abstiennent et ils murmurent tout bas, quelquefois tout haut : « La presse? Je m'occupe bien de ça! Moi, je ne m'occupe pas de l'opinion, ni des mauvaises lois, ni de la persécution religieuse, ni du mal qui se fait, ni des âmes qui se perdent. » Ils nous regardent, ils sourient à nos efforts qu'ils traitent d'inutiles, et si, par malheur, nous ne réussissons pas dans nos entreprises, ils se vengent de notre ardeur et de leur inertie en nous disant sur le ton du triomphe : « Je vous l'avais bien dit. Il n'y a rien à faire. » C'est pourtant déjà quelque chose que de ne pas réussir, cela prouve au moins qu'on a essayé. Mais ne rien faire et constater malignement l'insuccès de ceux qui agissent, c'est moins que rien, c'est le zéro diminuant l'unité. Il est vrai qu'à ne rien faire on ne se trompe jamais, et que, entre les mille moyens de ne pas tomber, il y en a un qui est infaillible et qui consiste à rester toujours assis. Mais qu'importe? L'homme est fait pour marcher, pour agir, et, s'il tombe, il

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se relève pour mieux agir et pour marcher plus vite. Telle est la loi de toute vie humaine qui a conscience de sa valeur et de son devoir : militia vita hominis. Vous le savez, vaillants laïques, que nous rencontrons sur le chemin de notre apostolat! Quelquefois vous dépassez vos chefs, et le clergé a de la peine à vous suivre. Que n'êtes-vous plus nombreux? Vous êtes un état-major, recrutez des soldats et devenez une armée 1

Vous qui, par la naissance ou par la situation, êtes les chefs d'une commune ou d'un département et qui par conséquent avez de plus grandes responsabilités sociales, répandez les bons journaux, usez de votre influence sur les masses populaires pour leur faire abandonner la feuille qui les trompe et les pervertit, pour leur faire accepter la feuille honnête qui éclaire et assainit toute une région !

Vous qui êtes les heureux du monde et qui avez le noble souci de faire un peu de bien autour de vous, rappelez-vous que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, et portez jusque dans les chaumières et les mansardes, en même temps que le pain du corps, le pain de l'intelligence et de l'âme!

Vous qui êtes au foyer la mère toujours respectée et l'épouse toujours écoutée, profitez de votre ascendant qu'on ne discute pas, de votre in-

fluence persuasive pour bannir de la maison le journal qui empoisonne et pour y introduire les saines publications !

Vous, les jeunes gens de nos patronages, de nos Sociétés gymnastiques et sportives, de nos Cercles d'études, allez jeter à pleines mains la bonne semence à travers les villes et les campagnes et soyez, comme on l'a dit, « les camelots de la sainte Vérité ».

Vous, les âmes pieuses, les femmes chrétiennes, les enfants de Marie, vous à qui l'on ne sait rien refuser, faites agréer et circuler le journal libérateur !

Tous, prêtres et laïques, comprenons enfin quelle faute énorme nous avons commise en laissant s'implanter dans le pays, sans lui rien opposer, « cette presse maçonnique savamment et infiniment protéiforme, qui a peu à peu tout empoisonné, sans que personne, à l'heure qu'il est, sur n'importe quel point de la société, puisse dire qu'il échappe à l'empoisonnement... Si nous avions eu, depuis trente ans, une presse vraiment saine et française, nous ne serions pas, en ce moment, comme nous y sommes peut-être, à la veille de la ruine morale et religieuse, prélude fatal de la ruine matérielle et économique. » Ces paroles de notre éminent diocésain, M. Maurice Talmeyr, sont la

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