CHAPITRE VI
Le petit catéchisme, le grand catéchisme et le catéchisme de renoiivollement conduisent l'enfant jusqu'à treize ans, c'est-à-dire jusqu'à l'âge ingrat et difficile oii commencent les orages de la jeunesse. A treize ans, l'enfant est encore très faible et déjà très menacé; il est donc nécessaire de le protéger, de le préserver. A treize ans, l'éducation chrétienne de Fenfant est commencée, elle n'est pas achevée ; il faut donc continuer cette éducation chrétienne qui n'est qu'à ses débuts, il faut préparer l'avenir dans le présent, former des chrétiens et des chrétiennes au vrai et au grand sens du mot, pénétrer les âmes d'adolescents des doctrines, des pratiques et de l'esprit du christianisme.
De treize ans à vingt ans la jeunesse ne peut pas persévérer dans le vrai et dans le bien sans y être aidée. Laissée à elle-même, aux habitudes locales, aux exemples et aux conseils des parents, aux exigences du travail quotidien et ininterrompu, à
l'entraîneiiient des mauvaises compagnies et aux influences néfastes du milieu, elle abandonnera peu à peu TÉglise et les sacrements pour s'en aller à l'indifférence, à Fignorance religieuse ou au doute, et bientôt à la licence des mœurs. Jusqu'à leur mariage, les garçons et les filles ont grandement besoin de réunions de persévérance pour se défendre contre les occasions de péché, pour conserver leur instruction religieuse, pour fortilier leur foi et entretenir leur piété. Et, de plus, dans une paroisse, ces réunions de persévérance sont des pépinières de vrais chrétiens et de solides chrétiennes, la consolation du pasteur, le salut de la religion. Un tel sujet mérite d'attirer l'attention du clergé et des fidèles.
I. Disons d'abord un mot des différentes formes que peut et doit prendre le catéchisme de persévérance.
Une remarque préliminaire s'impose. Quels que soient la forme, la durée, le local et le programme du catéchisme de persévérance, il faut toujours en faire une œuvre morale et chrétienne, une école d'instruction religieuse et de vraie piété, il faut y introduire la confession et la communion fréquentes. Sans cela on manque le but, on ne fonde rien de sérieux, on s'agite dans le vide, on
travaille sur le néant. Le moins qu'on puisse dire des œuvres postscolaires laïques, c'est qu'elles sont absolument stériles parce qu'elles n'ont rien à mettre dans l'âme des adolescents ; elles peuvent distraire et amuser, elles ne peuvent pas moraliser et élever la jeunesse. Nos œuvres de persévérance chrétiennes sont fécondes, en proportion de la sève de foi et de piété qui les anime et les vi- J vifie.
Mais, étant donné que le catéchisme de persévérance sera toujours une institution foncière- | ment religieuse, pourra-t-il revêtir partout la même forme? Non. Il est évident que le catéchisme de persévérance n'aura pas dans les campagnes la môme physionomie que dans les villes et qu'il se fera dans les petites paroisses autrement que dans les grandes.
Dans les petites paroisses, il y aura souvent profit à réunir ensemble à l'église les jeunes garçons et les jeunes filles. Le catéchisme de persévérance sera annexé aux vêpres, c'est-à-dire qu'il suivra ou précédera immédiatement cet office. L'assistance des vêpres pourra devenir celle du catéchisme de persévérance. On y invitera les renouvelants qui se préparent à recevoir dans uni avenir plus ou moins prochain le sacrement d( Confirmation, les enfants du grand catéchisme;
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qui se préparent à la première communion, et môme les plus jeunes enfants, qu'ils fassent partie ou non d'un petit catéchisme. Quelques mères de famille et quelques personnes pieuses pourront aussi se joindre à ces diverses catégories, et la réunion deviendra par là plus nombreuse et plus intéressante.
Dans les paroisses plus considérables, il y aura avantage à faire deux catéchismes distincts, celui des garçons et celui des filles, et les deux catéchismes seront séparés par l'office des vêpres auquel tout le monde sera tenu d'assister. En établissant deux sections de catéchisme, on pourra faire plus de bien, mieux adapter son enseignement aux besoins des âmes, spécialiser davantage les avis, les exhortations. Toute vérité n'est pas bonne à dire devant tout le monde. Devant un auditoire homogène, il est possible d'entrer dans des détails et de donner des conseils que ne supporterait pas un auditoire mixte.
Le catéchisme de persévérance est-il nécessaire aux garçons? Est-il possible? Oui, les garçons, autant et plus peut-être que les jeunes filles, ont besoin après la première communion de garder, de protéger et de développer leur foi et leur vertu. Mais le catéchisme de persévérance ne leur suffît pas. Sans une œuvre spéciale de jeunesse, il est à
peu près impossible de conserver les garçons plus d'un an ou deux au catéchisme de persévérance. Il faut instituer pour eux un patronage avec un local approprié, avec une installation particulière, avec une cour et des jeux, avec une salle ou deux qui serviront à la récréation, à la lecture, à la conversation, et même à la prédication et à la prière. Là, dans une pièce bien aménagée et tranquille, on réunit les jeunes gens pour le chant des petites vêpres et pour l'instruction religieuse, et le catéchisme de persévérance devient de la sorte un élément du patronage. Que si, au siège J môme ou à proximité du patronage, on peut disposer d'une petite chapelle, d'un petit sanctuaire, on y institue dans l'après-midi du dimanche un office religieux avec instruction et exhortation. On aura soin d'ailleurs de ne pas déshabituer les jeunes gens de leur église paroissiale; on les y amènera à F office des vêpres de temps en temps, à par exemple tous les mois et aux grandes solen-J nités qui doivent réunir tout le peuple chrétien.
II. Voyons maintenant ce que doit être dans une grande paroisse de ville un catéchisme de persévérance déjeunes filles.
On y appelle toutes les jeunes filles de la paroissej qui ont fait leur première communion et on les y|
maintient jusqu'au jour de leur établissement dans le monde, c'est-à-dire pendant une période de huit ou dix ans. Est-ce possible? Est-il possible de rassembler, le dimanche, à l'église ou dans une chapelle, des jeunes filles qui ont de treize à vingt ans et qui appartiennent à des conditions sociales très diverses? Pourquoi ne serait-ce pas possible? Pourquoi ce qui se fait dans quelques paroisses ne se ferait-il pas dans beaucoup? Avec un Status aiiimarum bien dressé on sait quelles sont les jeunes filles qui ont fait leur première communion dans la paroisse et aussi quelles sont celles qui viennent d'ailleurs. Au commencement de l'année, à la suite des vacances, vers la Toussaint, on annonce l'ouverture du catéchisme et on le recrute par des visites faites dans les familles, par l'intervention discrète des institutrices chrétiennes, des dames patronnesses et des zélatrices du quartier. Le succès du catéchisme de persévérance dépend de l'intérêt qu'on sait y mettre. Il faut en faire un organisme animé et vivant. A sa tête siège un bureau ou conseil composé d'une présidente, d'une secrétaire, d'une trésorière, d'une bibliothécaire et d'une sacristine. Dans la quinzaine qui précède la reprise des séances, chaque jeune iille reçoit un calendrier ou programme imprimé qui fait connaître la date de toutes les réunions
de l'année et le titre des sujets qui seront traités. Le local, l'heure, le placement, Tentraînementdes exercices, la manière de dire et de raconter, les surprises qui captivent l'auditoire, les dialogues, les rapports, les fêtes, les chants, les honneurs et les dignités, les récompenses, les prix, les messes de communion, les retraites, les œuvres de piété et de charité, tout est prévu, préparé, mis en œuvre avec un grand à-propos pour tenir les enfants sans cesse en haleine et faire circuler dans le catéchisme une vie intense, pour développer la piété et nourrir l'esprit chrétien, pour instruire et former les âmes. L'instruction et l'exhortation sont les pivots du catéchisme de persévérance, mais il est évident qu'à l'instruction et à l'exhortation doivent concourir les industries de zèle les plus variées et les moyens d'action les plus diversifiés. Il n'y a pas ici de méthode absolue, universelle, infaillible. Tout est bien qui donne la réussite, c'est-à-dire la persévérance, la formation morale et religieuse des enfants.
Nous ne pouvons pas oublier nos fonctions d'hier et, souvent, par la pensée, nous revenons à la grande paroisse que nous avons si longtemps évangélisée. Qu'il nous soit donc permis d'emprunter une page au Bulletin paroissial que les vicaires de Saint-Paterne publiaient il y a seulement
quelques mois. Dans cette page apparaît la physionomie d'une séance ordinaire du catéchisme de persévérance. « C'est le dimanche. Il est une heure. Dans la rue du..., ordinairement si déserte, règne une animation inaccoutumée. Un grand nombre de jeunes filles passent: elles se rendent au catéchisme de persévérance. Elles entrent successivement dans la chapelle, oii chacune a sa place ; déjà M. le Directeur du catéchisme a indiqué un cantique, et voici que toutes les voix s'unissent dans un chant puissant et pieux. Vers une heure dix, M. le Directeur monte dans la chaire qui se trouve près de l'autel ; il va dire le mot d'ouverture^ petite allocution très simple qui dure trois ou quatre minutes et qui prépare les jeunes filles à la prière. Après la prière, M. le Directeur donne quelques avis relatifs à la marche du catéchisme, aux événements de la vie paroissiale, aux fêtes, aux œuvres, etc. ; puis il indique le cantique au Saisit- Esprit. On chante une strophe ou deux ; et l'un des trois vicaires chargés du catéchisme de persévérance ou le séminariste qui, chaque année, les aide, monte en chaire et commence Vinstruction. C'est l'exercice le plus important de la séance, car, s'il est nécessaire de former les âmes à la piété, il importe avant tout de leur donner de solides convictions. Pendant
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vingt minutes, le prêtre fait une sorte de causerie sur un point de la doctrine chrétienne ou de l'histoire de rÉglise; les jeunes filles suivent sur un résumé lithographique très complet qui leur est distribué à chaque séance ; elles prennent quelques notes pour rédiger dans la semaine un travail que nous appelons V analyse. Le sujet des instructions est déterminé par un programme établi d'avance pour toute l'année. Ainsi, en 1903-1904, nous avons parlé des commandements de Dieu envisagés au point de vue des devoirs particuliers que nous impose la vie moderne; en 1904-1905, nous avons étudié les sacrements, en insistant spécialement sur leur histoire; cette année 1905-1906, nous voyons l'histoire de l'Eglise jusqu'à la fin du moyen âge ; le sujet de toutes les instructions figure sur le calendrier qui est distribué au commencement de l'année. Mais vingt minutes se sont écoulées; un autre prêtre monte en chaire pour donner le compte rendu des analyses qui ont été remises le dimanche précédent et répondre aux objections et difficultés que les jeunes filles ont mises par écrit et déposées dans la Boîte aux questions. Après le compte rendu, on chante un cantique pour se préparer à Xhomélie. On désigne sous ce nom le petit sermon de dix minutes qui termine toutes nos séances et dont le but est d'ins-
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pirer aux jeunes filles la pratique des vertus chrétiennes et la fidélité aux exercices de piété. Voici les sujets généraux qui ont été traités dans ces dernières années : en 1901-1902 : Devoirs de la P journée chrétienne; — en 1902-1903 : Confession et Communion ; — en 1904-1905 : Commentaire de rÉvangile du dimanche ; — en 1905-1906 : Charité et Humilité. Deux heures viennent de sonner : l'homélie est finie, les jeunes filles quittent la chapelle après avoir récité une dernière prière : le Salve Regina pour la conversion des femmes païennes. » Telle est, autant que ces choses peuvent s'analyser et se décrire, la physionomie d'une séance du catéchisme de persévérance.
Le catéchisme de persévérance ainsi compris et pratiqué est évidemment une lourde charge pour le clergé; il exige une somme de travail considérable; mais ses avantages sont inappréciables; il est le salut des enfants et un des meilleurs éléments de la vitalité paroissiale. « Les catéchismes de persévérance, a écrit M^"" Dupanloup, sont l'unique moyen de tout conserver et d'élever réellement dans les paroisses des générations chrétiennes. »
Nous conjurons les prêtres d'établir et de faire prospérer cette institution qui est, à nos yeux, de première nécessité. Nous conjurons les parents
d'entrer dans nos vues en envoyant leurs enfants au catéchisme de persévérance. Que les mères de famille comprennent bien qu'il ne suffit pas de conduire leur fille à la messe, le dimanche, pour en faire une chrétienne. Il faut à la jeunesse contemporaine plus et mieux qu'une simple messe hebdomadaire ; il lui faut une formation morale et religieuse qui exige Tentente et les efforts communs des familles et du clergé.