CHAPITRE V
Le petit catéchisme s'adresse aux enfants de six à neuf ans et les initie aux connaissances et aux pratiques élémentaires de la vie chrétienne. Le grand catéchisme s'adresse aux enfants de neuf à douze ans et les prépare au grand acte de la première communion. Et quand la première communion est faite, tout est-il fini et convientil d'ahandonner l'enfant à lui-même? Non, certes. Tout commence, et c'est l'heure pour les familles et pour le clergé de protéger et de consolider la foi naissante et la vertu incertaine des jeunes adolescents.
L'année qui suit la première communion, l'année du renouvellement, est une année difficile et décisive. Au double point de vue physique et intellectuel, l'enfant grandit, se développe, se transforme, devient méconnaissable. La sève monte abondante dans son corps et dans son âme. Il prend conscience de lui-même, de sa personnalité, de sa force, de sa liberté. Il entre
dans la lutte, et il est menacé non seulement par les entraînements de sa nature, mais encore par les sollicitations de son milieu. Que faire? 11 serait dangereux et presque impossible de l'isoler, de le comprimer et de l'immobiliser, mais il est nécessaire de le surveiller, de le contenir et de le protéger.
I. Les familles ont ici de graves devoirs à remplir. Nous leur demandons beaucoup de discernement et de vigilance. Quelques enfants, après la première communion, continuent leurs études et se préparent dans un pensionnat ou un externat à l'obtention d'un diplôme. C'est le petit nombre. Généralement, de douze à treize ans, Tenfant est saisi par la nécessité de vivre, de gagner son pain, d'apprendre un métier. Chaque année, nous voyons des centaines et des milliers d'enfants s'approcher de la table de la première communion, et nous surprenons d'ordinaire dans ces jeunes âmes les dispositions les meilleures, une délicatesse morale, des sentiments religieux qui nous réjouissent et nous font tout espérer pour l'avenir. Mais, chaque année, aussi l'âge fatal marqué pour l'apprentissage vient les enlever à nos soins. A cet âge où les tentations les assaillent, à cet âge où la passion s'éveille, à cet.
âge où la religion leur serait plus que jamais nécessaire, il n'arrive que trop souvent que la première des libertés, celle de servir Dieu, leur est enlevée impitoyablement. Nous protestons contre un pareil désordre, et nous conjurons les parents de surveiller très attentivement les années d'apprentissage de leurs enfants. Qu'ils ne les confient qu'à des ateliers dignes d'éloges; que la liberté du dimanche tout entier leur soit scrupuleusement garantie ; qu'ils exigent du milieu où ils sont placés des conditions de moralité capables de soutenir et d'encourager des persévérances qui ne font que débuter ; et, enfin, qu'ils aient recours à tous les moyens de préservation que la religion s'ingénie à leur offrir pour sauver leurs enfants.
Au lendemain de sa première communion, l'enfant se trouve en tête à tête avec les dangers de l'atelier, du bureau, du magasin, du chantier, et il rencontre à la même heure les dangers de la rue. Dans notre monde afl'amé de jouissance, les létes profanes se multiplient tous les jours : fêtes musicales, sociétés de tir, de gymnastique, de bienfaisance, courses vélocipédiques, voyages à bon marché, etc. Voici quelques considérations que nous soumettons à Tintelligence et à la conscience des parents :
TUAVAIL NÉCESSAIKE. — 13.
l*" Les parents feront bien de ne pas laisser leurs enfants s'enrôler dans une société quelconque sans leur consentement, et ils devront, avant d'accorder ce consentement, demander conseil et s'enquérir très exactement du but et des statuts de la société, de l'esprit qui l'anime, des membres qui la composent et des dangers d'impiété ou d'immoralité qu'elle pourrait faire courir à leurs enfants.
2° Les fêtes profanes ont lieu généralement le dimanche, elles coïncident presque toujours avec les offices de l'Eglise, et mettent ceux qui y prennent part dans l'impossibilité de sanctifier le dimanche. Il y a là une perfidie contre laquelle il importe de se mettre en garde. Des jeunes gens manquent la messe pour une fête civile, pour un concours de gymnastique ou de vélocipèdes, pour une manifestation soi-disant patriotique, pour un voya^^e d'agrément, etc. Ils sacrifient pour une partie de plaisir l'accomplissement du devoir religieux. C'est aux parents de veiller. Ils sont responsables.
3° Ces fêtes profanes réduites à de rares circonstances n'auraient peut-être pas un grand'^ inconvénient; mais, devenues des habitudes fré-^ quentes, prolongées, dispendieuses, bruyantes, ,,
elles peuvent altérer l'innocence du cœur, nuire à l'esprit de famille, déchristianiser et démoraliser l'enfant, et c'est ce qui arrive trop souvent. Par la surexcitation qu'elles produisent, par le goût du plaisir qu'elles développent outre mesure, elles tendent à dégoûter la jeunesse des joies plus calmes, mais plus solides et plus vraies du foyer domestique. Elles provoquent des émotions qui dépassent les vrais besoins et en font naître de factices ; elles éloignent de Dieu, de la vertu et de la famille, et c'est un triple malheur qu'on ne saurait prévenir par trop de précautions. Les parents doivent ici bien faire attention, ne pas tout permettre, et ne concéder que le moins possible à l'amour effréné du plaisir qui est le grand penchant de la jeunesse contemporaine. En somme, il n'y a pas deux manières d'élever la jeunesse : il faut commander et surveiller ; il faut, en même temps qu'on donne des ordres, en vérifier l'exécution ; il faut prescrire et voir, et encore revoir, et toujours revenir sur ce qu'on a déjà redressé ; car rien ne se défait plus vite que ce qui tend la volonté vers un effort. Ce serait trop commode, si tout marchait droit par la seule vertu des prescriptions une fois données. Oh ! combien délicate, laborieuse et compliquée est la mission des parents I Elle exige la plus
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ferme autorité, la plus tendre bonté, la plus minutieuse surveillance.
II. L'année qui suit la première Communion, l'année du Renouvellement, est une année difficile et décisive. Nous appelons les parents au secours de l'adolescent, et dans cette œuvre de préservation et de sauvetage nous conjurons les prêtres d'aider les familles et, au besoin, de les remplacer. Nous devons faire ici une constatation afiligeante. Pendant deux mois et demi de tournée pastorale nous avons administré le sacrement de Confirmation dans un bon nombre de paroisses; or, parmi les confirmands qui nous ont été présentés, nous n'avons pas trouvé tous les enfants du Renouvellement ; dès le lendemain de la première Communion, beaucoup de jeunes âmes nous échappent, et la treizième année est une année d'apostasie pour les chers petits que nous voulions et que nous espérions attacher irrévocablement à Dieu et à la vertu. Nous ne pouvons pas nous résigner à un tel malheur, et notre devoir est de faire le possible et l'impossible pour assurer la persévérance des enfants au moins pendant l'année du Renouvellement.
Et, d'abord, il importe de ne pas perdre de vue l'enfant qui vient de faire sa première Commu-
nion. Il faut savoir ce qu'il devient, le suivre pas à pas, se rendre compte de son absence ou de son assistance à la messe du Dimanche. Un premier manquement en appelle un second; et bien vite, par négligence ou par mauvaise volonté, par sa faute ou par la faute de ses parents, l'enfant se déshabitue des pratiques religieuses obligatoires. Il cesse d'aller à la messe, parce qu'il n'y pense pas, parce que son père et sa mère n'y vont pas, et au bout de quelques mois il se conforme à son milieu, il mène une vie ouvertement indifférente. Le pasteur zélé n'attend pas, pour se mettre en marche, cette déplorable extrémité. Dès la première absence du jeune communiant d'hier, il va le trouver, il fait à sa famille une visite affectueuse, il rappelle doucement le devoir dominical, il écoute et il réfute les objections, il fait valoir les motifs de persévérance, il s'adresse au cœur, à la conscience, à l'intérêt de l'enfant et de ses parents. S'il ne réussit pas une première fois, il attend un moment plus propice et il revient avec un visage plus riant et des manières plus insinuantes ; il ne s'arrête qu'après avoir bien constaté l'inutilité de ses appels, de ses démarches et de ses importunités apostoliques. Quelquefois il n'aboutira qu'au rebut et à l'insuccès ; mais souvent aussi il aura la consolation
de se concilier les bonnes grâces d'une famille indifférente et d'obtenir pour l'enfant la permission, la possibilité et la certitude de la persévérance. De temps en temps il apprendra que tel ou tel enfant de la première Communion a quitté la paroisse, et alors il le recommandera au curé ou au vicaire de la paroisse oii il est allé demeurer. A tout prix il est nécessaire de ne pas perdre de vue l'enfant qui vient de faire sa première Communion.
Il est nécessaire de continuer et d'accentuer sa formation morale et religieuse. Il a communié une première fois. Ne pourrait-on pas l'habituer à la communionmenmelle ? Dans quelques paroisses les enfants renouvellent tous ensemble et solennellement leur communion quinze jours, trois semaines, ou un mois après la cérémonie de la première Communion ; et cette seconde communion est même précédée d'un certain nombre d'exercices religieux qui durent deux ou trois jours. Rien n'est meilleur que cette pratique. Laisser l'enfant une année tout entière sans communion, c'est l'éloigner à tout jamais des sacrements, c'est consentir d'avance à la disparition et à Tanéantissement de sa vie chrétienne. Si Ton veut le conduire heureusement jusqu'à Tépoque du Renouvellement, il faut le rappeler
de temps en temps à la Table saiate, par exemple: à l'Assomption, à la Toussaint, à Noël, aux Quarante Heures, à Pâques, à l'Ascension, à la Fête- Dieu, à peu près tous les mois. Ces communions qui se suivent sont autant de stations qui jalonnent la route du jeune chrétien et déterminent sa persévérance. Elles affermissent sa foi et développent sa piété. Elles lui procurent des grâces précieuses de résistance au mal et de fidélité au bien. Elles le fortifient contre le respect humain et l'habituent à professer sa religion spontanément et publiquement. Il arrive même que certains enfants prennent de la sorte le goût de la communion et sollicitent la faveur de communier plus souvent que tous les mois ; ils deviennent des chrétiens exemplaires, l'édification d'une paroisse et la joie, la récompense, la gloire du pasteur qui les a formés.
De tels résultats ne se produisent pas sans qu'il en coûte. Pour sauvegarder la foi et la vertu des enfants qui viennent de faire leur première Communion, il faut instituer pour eux le catéchisme de Renouvellement qui a lieu chaque dimanche pendant une année. Comme son nom l'indique, ce catéchisme a pour but de préparer les enfants au renouvellement solennel de la première Communion. Il a lieu le Dimanche
entre messe et vêpres. MM. les curés entreront dans nos vues en n'admettant à l'honneur du renouvellement que les enfants qui auront suivi exactement ce catéchisme. Heureux les pasteurs chez qui une telle institution est en vigueur ! Heureux ceux qui pourraient l'établir là oii elle n'existe pas ! Il est bien entendu, d'ailleurs, que les enfants qui sont en âge de renouveler ne peuvent le faire sans une préparation particulière. Pendant une année, ils ont eu le temps de tout oublier, et les instructions reçues, et la lettre du catéchisme, et les prières même les plus usuelles. Ils devront donc, un mois avant la retraite, revenir plusieurs fois par semaine au catéchisme, comme ils le faisaient avant leur première Communion, entendre les explications et les avis du prêtre, faire une confession préparatoire, subir un nouvel examen, en un mot se replonger dans l'atmosphère de foi et de piété qui les avait saisis Tannée précédente. Ils devront, de plus, suivre la retraite de trois jours qui précède obligatoirement la première Communion.
Nous venons de tracer aux familles et auj clergé un programme très chargé. Nous leur demandons une année de petit catéchisme, deuxl années de grand catéchisme, une année de caté-j
chisme de renouvellement, soit quatre années conséciitives de bonne volonté et de labeur. C'est beaucoup, mais ce n'est pas trop. Si nombreuses que soient nos gouttes de sueur, elles ne sont pas plus abondantes que les besoins des pauvres âmes qui nous sont confiées. Les temps sont mauvais; pour les améliorer, il y faut mettre nos sueurs, nos larmes, nos prières, et, si Dieu nous le demandait et nous en donnait la grâce, il y faudrait metlre notre sang.