CHAPITRE II
Les OEuvres de Jeunesse sont nécessaires, possibles et bienfaisantes. Nous ne pouvons pas nous en tenir à cette afiirmation générale. Nous devons entrer dans les détails, et nous nous proposons tout d'abord de parler des œuvres destinées particulièrement aux jeunes filles. Dans nos villes et dans nos campagnes, les jeunes filles, surtout celles qui appartiennent aux classes ouvrières, ont besoin de se connaître, de se grouper et de se lier par les liens d'une sainte amitié dans des associations ou patronages animés d'un véritable esprit chrétien. En se soutenant les unes les autres et en s'excitant mutuellement à la piété et à la vertu, elles se préservent plus facilement de tous les pièges tendus à leur innocence, elles affrontent plus généreusement les combats inévitables, et dans les temps mauvais que nous traversons elles se font une jeunesse irréprochable et sainte devant Dieu et devant les hommes.
I. Dans toutes les œuvres déjeunes filles, il nous semble important d'affermir et de développer l'instruction religieuse et la piété chrétienne. Tel doit être le but essentiel et le résultat du patronage.
Et, d'abord, il est nécessaire que les jeunes filles soient sérieusement instruites de leur religion. Elles suivront donc très exactement le catéchisme de persévérance qui aura lieu soit avant, soit après les vêpres, et, si c'est possible, elles prendront quelques notes pour rédiger dans la semaine un résumé de l'instruction entendue au catéchisme. On ne craindra pas de leur demander les objections qu'elles ont pu rencontrer soit dans le journal, soit dans la conversation, et on leur en donnera la solution raisonnée et autorisée. La lecture est un puissant moyen d'éducation. On tiendra à leur disposition une petite bibliothèque sagement composée, sérieuse et variée, et on leur prêtera des livres de science religieuse qui les mettront en état non seulement de garder leur foi, mais de la défendre, de la venger, de la faire respecter et de la propager.
Et puis on aura soin de mettre la piété en honneur dans le patronage. On organisera une association d'enfants de Marie pour les jeunes filles les plus ferventes. Celles qui seront jugées dignes
d'en faire partie s'engageront à mener une vie plus chrétienne et plus parfaite. Elles auront leurs réunions spéciales, dans lesquelles on les formera à une piété plus intense, à la pratique de vertus [.lus élevées. Elles seront dans le patronage et dans la paroisse la minorité forte qui rayonne par l'exemple et par le zèle, qui attire au service de Dieu, qui crée l'entraînement vers le bien, qui arrache la foule indécise et inerte à la servitude du respect humain et de Tindifférence. Elles seront le principal ornement des processions du Très Saint Sacrement et de la Sainte Vierge et concourront de diverses manières à la solennité des grandes fêtes.
Les œuvres de jeunes filles prennent nécessairement dirrérentes formes suivant les besoins et l'importance des paroisses. Mais partout et toujours ces œuvres doivent être vivifiées par rinstruction religieuse et par la piété, par la sanctification des dimanches et des fêtes, parla confession et la communion fréquentes. Sans cela, on perd son temps et sa peine, on ne fait rien de sérieux.
IL Les jeunes filles de la classe aisée tiennent dans la société une place importante, et elles auront plus tard une influence considérable soit à
leur foyer, soit au milieu du monde. Il faut procurer à leur esprit et à leur cœur une culture particulière, il faut les armer pour les luttes qui les attendent, il faut leur donner, avec des convictions religieuses très solides et très éclairées, des habitudes de zèle et de dévouement qui les suivront partout. Quelles sont les œuvres de jeunesse qui leur conviennent?
Nous pensons d'abord qu'il faut leur offrir un enseignement supérieur de la religion. Le Bullestin paroissial de la paroisse de Saint-Paterne d'Orléans pour l'année 1906 dit à ce propos : « A dix-sept ans, la jeune fille qui sort du cours ou de la pension est à un moment unique et incomparable de sa formation intellectuelle. C'est l'heure oij toutes ses facultés attendent et appellent une culture plus haute, l'heure où elle est excellemment préparée pour faire profiter son esprit, son imagination et son cœur de ce que le génie chrétien a produit d'immortel dans la littérature, dans l'histoire, dans l'art, dans le domaine des idées morales. Le devoir d'une jeune fille est d'utiliser le temps précieux de sa jeunesse, de mettre en valeur, en les orientant vers le christianisme, les facultés que Dieu lui a données pour les perfectionner, non pour les atrophier. De plus, si nous ne faisons pas tout au monde pour que les jeunes
filles chrétiennes honorent leur foi par leur science, pour qu'elles tiennent le premier rang dans le grand développement intellectuel auquel désormais la femme ne peut plus demeurer étrangère, pour qu'un enseignement religieux très fort, consolide chez elles les idées, les traditions dont les femmes françaises ont été jusqu'ici les incorruptibles gardiennes, nous les aurons mal préparées à l'admirable tâche à laquelle elles sont appelées dans la société et dans la famille, nous aurons laissé conquérir par d'autres, au grand détriment des générations à venir, des positions qu'avec plus de prévoyance il eût été facile de conserver. » Toutes ces considérations sont sérieuses, et nous croyons vraiment ne rien exagérer quand nous demandons pour les jeunes filles du monde la création de cours supérieurs de religion.
Il serait d'ailleurs tout à fait insuffisant de s'en tenir là. S'il est nécessaire de donner à la femme des connaissances religieuses très étendues et très solides, il n'est pas moins nécessaire de lui faire contracter des habitudes de piété, de travail, de charité et d'apostolat. On devra donc enrôler les jeunes filles du monde dans des œuvres pieuses, charitables, scolaires. Elles auront leur Association d'Enfants de Marie oii elles se formeront à l'amour de Dieu et à la pratique intense du sacri-
fice. Groupées dans un ouvroir sous la direction d'une religieuse ou d'une dame expérimentée, elles s'occuperont du linge et des ornements de l'église paroissiale ou des églises pauvres et elles confectionneront des vêtements pour les indigents. Jeunes patronnesses ou jeunes économes, elles choisiront une petite protégée, s'intéresseront à sa vie et à sa famille, s'occuperont d'elle pendant la période difficile de l'apprentissage et lui remettront, s'il y a lieu, quelques secours. Dans les ventes de charité qui sont organisées pour les écoles libres ou pour les pauvres, elles rivaliseront de zèle avec leurs compagnes et avec leurs mères. Elles entreront dans l'œuvre des catéchistes volontaires, et on les verra grouper autour d'elles presque quotidiennement, mais surtout le jeudi et le dimanche, les petites filles des écoles laïques, auxquelles elles apprendront la prière et le catéchisme, qu'elles prépareront à la première et à la seconde communion et qu'elles suivront ensuite jusqu'au patronage. Nous ne pouvons énumérer toutes les œuvres de jeunesse qui conviennent aux jeunes filles du monde; nous voulions seulement appeler sur ce sujet l'attention du clergé et des familles, et nous en avons dit assez pour susciter des réflexions et des résolutions salutaires.
III. Et maintenant que faut-il penser des œuvres de jeunesse ou des patronages pour les jeunes filles des classes populaires? Nous pensons qu'il n'est guère possible d'en contester la nécessité. La vie de famille n'existe plus dans la classe ouvrière et la vie chrétienne existe encore moins. Le jour où le foyer domestique sera redevenu tout à fait chrétien, le jour où les pères et les mères s'occuperont sérieusement de ceux dont ils ont la charge, le jour oii la vie patriarcale établie par Dieu sera en honneur dans toutes les maisons, ce jour-là nous pourrons fermer nos cercles et nos patronages. Hélas ! ce jour ne se lèvera pas de sitôt, et si nous voulons, à l'heure présente, assurer la persévérance définitive des jeunes filles et les préparer aux grands devoirs de l'avenir, si nous voulons leur rendre possibles les pratiques de la vie chrétienne, nous devons leur offrir un abri protecteur, une œuvre de jeunesse, un patronage.
Là, après une semaine de travail assidu, elles se réunissent, le dimanche, entre les offices paroissiaux sous la surveillance d'une religieuse ou de quelques dames de la paroisse. Là elles trouvent des délassements honnêtes et des amitiés chrétiennes, des jeux variés et mille moyens de se soutenir par de mutuels exemples. Là elles reçoivent
de bons conseils et de bons livres appropriés aux ])esoins de leur âge. Là elles entendent des exhortations et des conférences qui complètent l'œuvre de l'école et du catéchisme. De temps en temps le prêtre apparaît dans ces réunions, donne quelques avis, encourage les meilleures, rappelle à Tordre les moins bonnes et stimule le zèle de toutes les associées. De temps en temps il y a fête au patronage; on prépare de petites représentations, auxquelles on invite parfois les parents et les dames patronnesses ; ou bien on organise une promenade qui est la récompense de l'assiduité aux réunions hebdomadaires. Il est d'ailleurs évident que la forme et le règlement des patronages de jeunes filles varient avec les lieux et les paroisses, selon les circonstances et la saison. Les mêmes méthodes ne sont pas possibles partout, bien que les œuvres de jeunesse soient nécessaires à peu près partout.
Nous ajoutons ici une remarque qui a son importance. Pour rendre le patronage plus attirant et plus efficace, il serait bon d'y annexer une petite œuvre d'ordre matériel et économique, par exemple une caisse dotale ou une caisse d'épargne. Nous connaissons dans une moyenne paroisse un patronage qui compte 70 jeunes filles, dont 54 ont pris un livret de caisse d'épargne. Elles versent à
la direction du patronage leurs petites économies ; on accepte les dépôts depuis 10 centimes par semaine ; on leur sert un intérêt de 4fr. 80 pour 100, et chaque année on leur offre des livrets de 20 francs, 10 francs et 5 francs que les plus régulières tirent au sort. En trois ans elles ont déposé plus de 1.800 francs. Ces jeunes ouvrières, qui ne gagnent que de bien modiques journées, apprennent ainsi à se priver de quelques friandises ou de quelques objets de toilette ; elles assistent plus régulièrement aux réunions du dimanche, elles s'intéressent davantage à une œuvre qui leur rend service, qui conserve et fait fructifier leurs modestes économies ; elles prennent des habitudes de prévoyance et elles arrivent à leur mariage avec un petit pécule qui n'est point à dédaigner. — On pourrait aussi instituer dans les patronages déjeunes filles une caisse dotale sur le modèle de celles qui fonctionnent à Pithiviers (Loiret) et à Thaon-les-Vosges (Meurtheet-Moselle). En écrivant à M^"" Chabot, curé de Pithiviers, ou à M. l'abbé Barotte, curé de Thaonles-Vosges, on obtiendrait des renseignements détaillés sur cette institution peu compliquée et très facile à établir. — Un autre moyen de constituer un patronage serait d'y annexer une école ménagère ou une école d'apprentissage. Des jeunes filles habituées à se réunir en semaine pour prendre
des leçons de couture ou de lingerie se retrouveraient ensemble le dimanche, pour se récréer et se sanctifier, et grouperaient facilement autour d'elles leurs compagnes du quartier. On a de la sorte une association de persévérance qui gravite autour d'un noyau solide et qui a toute chance de durer et de prospérer.
On s'étonnera peut-être de nous voir étudier de si près les œuvres destinées à la jeunesse féminine, et quelques-uns diront que nous entrons dans des détails de médiocre importance. A cela nous répondons que la question qui nous occupe est capitale et que, pour en comprendre la gravité, il suffit de constater les projets et les entreprises de l'impiété régnante. N'est-il pas vrai que, à l'heure actuelle, des efforts inouïs sont faits pour corrompre la moralité de la famille ? On a dissous Thomme, on veut dissoudre la femme. Nous ne pouvons pas rester indifférents et inertes en présence de pareilles tentatives. Le clergé et les catholiques ont le droit et le devoir de porter le remède là oii est le mal et de combattre par des œuvres opportunes les dangers qui menacent la jeunesse.