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A MA FEMME

MADRAS, >IZAM, CASH^IIRE, BENGALE

S février 1897,

A quatre heures de raprès-midi, le train qui nous amène de Tanjore s'arrête dans une gare, d'architecture semblable à toutes celles que nous vîmes déjà en ce pays, mais pourtant d'aspect absolument différent. Ce sont toujours les mêmes assourdissantes criailleries, les mêmes bousculades, le même tumulte, mais, ô stupéfaction, ce ne sont pas les seuls indigènes qui hurlent, qui se gourment, qui se bousculent ; parmi les nudités noires il semble que se distinguent de blancs vêtements d'Européens, des Européens qui courent, qui s'agitent, qui familièrement se mêlent aux indigènes et qui paraissent ne craindre, ni de

se salir à leur conlact, ni de crier aussi fort ninon plus fort qu'eux! En quel pays suis-je donc?

Quand je sors de la gare, ma surprise continue; les voyageurs que mon train a amenés sont accueillis de telle sorte qu'il ne m'est plus possible de me croire sur terre anglaise; je ne vois plus les cérémonieux shake-hands, les saints gourmés, le typique flegme britannique, mais de vives exclamations, de larges gestes, de véhémentes démonstrations, de grandes embrassades interminables. De plus, si je considère les boutonnières des vestons de tous ceux qui m'entourent, je les vois toutes fleuries, qui de rouge, qui de violet, qui de vert, qui de polychrome,... avant même que le son des voix, entendues de plus près, m'ait renseigné, me voilà fixé : je suis en France!

Et cela me réchauffe le cœur de voir, enfin, des gens qui ne paraissent pas en bois, comme aussi d'entendre à nouveau les belles sonorités de notre langue, qu'un accent, quelque peu traînant et alangui à la façon du parler créole, laisse pourtant pleinement harmonieuses et douces à l'oreille. Si même vous voulez m'appeler chauvin , à votre guise; vous ne m'empêcherez point de vous dire la grosse émotion que j'ai à saluer nos trois couleurs qui flottent gaiement et se détachent crûment sur le fond dur du bleu ciel tropical.

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