PONDICHERY
Pondichéry! petite ville qui fus le berceau, rien que le berceau, hélas! du plus merveilleux empire colonial que la France ait jamais pu posséder, petite ville dont les ombrages abritèrent les rêves de gloire et les conceptions de génie d'un Dupleix, petite ville dont le sol fut arrosé d'un sang si généreux et si lamentablement inutile, j"ai, à te saluer, à la fois peine et joie. Tu restes seul vestige d'un passé aussi lointain et brillant, aussi vite évanoui que l'éclair; ton seul nom évoque toute la grandeur et toute la mélancolie des plus poignants souvenirs historiques; en vérité, l'ombre que fait sur ton sol le drapeau national est plus sereine, plus sacrée, plus rafraîchissante qu'en aucun lieu du monde!
Rafraîchissante, au figuré s'entend, car il fait ici une chaleur furieuse; il semble que le voisinage immédiat de la mer devrait amener quelque adoucissement aux implacables ardeurs du soleil et faire Pondichéry moins brûlant que les villes de l'intérieur, d'où nous venons : il n'en est rien, et, dès que je fais un pas hors de la gare, j'ai la sensation d'entrer dans une fournaise.
L'accueil qui m'est fait est à l'unisson, chaud comme l'air que je respire.
11 faut avoir quitté les siens, être à mille lieues de tout ce qu'on aime, pour apprendre à connaître le prix d'une cordiale bienvenue; grâce à Dieu et aux aimables gens qui m'ont amplement muni de lettres d'introduction, jai goûté cette sensation rare à peu près partout où je me suis arrêté, nulle part aussi vive qu'aujourd'hui.
Si, en effet, entre o Good morning » et « Bonjour » il y a parité de sens, il y a différence non seulement de langue, mais encore d'accent. Certes, une fois présenté dûment à un Anglais, vous êtes assuré d'un bon accueil, et je serais fort ingrat de ne pas le dire, mais enfin vous n'êtes point aussi à l'aise qu'avec quelqu'un qui parle votre langue, et personne ne saurait trouver mauvais que j'aie mis, dans les poignées de main échangées pendant les premières minutes de mon séjour ici, plus de cordiale chaleur que dans toutes celles que j'avais données ces deux derniers mois.
Et puis, s'il convient, en voyage, de ne pas faire le difficile et de s'accommoder de ce que vous réserve le hasard des installations, il ne faut pas faire fi du confortable quand on le trouve.
Je connais des officiers, singulièrement convaincus, qui, pour s'entraîner aux fatigues de la guerre, ont coutume, dès le temps de garnison, de coucher sur la dure, de se priver de feu en hiver.