PASSAGE SCABREUX
pour quelques roupies ils ne balancent point à risquer des peaux qui les valent à peine; il ferait beau voir que nous fussions moins hardis qu'eux! Nous les suivons donc...
La largeur du passage n'excède guère deux ou trois cents mètres, nous mettons à les franchir plus d'une demi-heure, nous peinons, suons et soufflons, enfm arrivons sur la terre ferme, exténués, méconnaissables, à ne pas prendre avec des pincettes, crottés jusqu'aux sourcils et les jambes prises dans une gluante carapace de boue qui nous monte jusqu'à la ceinture.
Nous faisons une rapide inspection : tout le monde est là, le chargement de chacun est demeuré complet, mais dans quel étatl Pauvres bagages', pauvres fusils 1 pauvres nous !
N'importe! la route, retrouvée enfm intacte, s'ouvre toute blanche devant nous, nous remontons notre tonga, nous payons nos auxiliaires, nous repartons,... nous avions mis cinq heures pour faire trois kilomètres.
■2 avril.
Et nous avons mis quatre jours pour efl'ectuer notre retour.
Quand je pense que les guides disent que deux jours peuvent aisément suffire de Rawal Pindi à Srinagar! Méfiez-vous donc des guides, ou plutôt ne les en croyez que si vous passez ici à la belle saison.
Maintenant, vous le conseillerai-je, de choisir précisément la belle saison pour voir Cashmire? Si vous aimez vos aises et tenez, autant que faire se peut, au confortable, assurément oui; mais, si un grain d'inédit, une petite, toute petite pointe de danger ne sont point pour vous déplaire, imiteznous, bravez les intempéries, ne craignez point, au risque de quelque gène bien minime en somme, de ne pas démentir les jolies petites misses qui vous diront que les Frenchmen sont un peu fous ; allez à Srinagar quand tout le monde le fuit.