Je dis « certaines »; je ne dis pas « toutes
MTSIQUE PARSIE. 17 o
serre les tempes, leur encastre étroitement le front et imprime à leurs traits fins et intelligents une singulière physionomie étriquée, plissée, toute ramenée en arrière; les femmes, délicieusement jolies pour la plupart, la tête serrée dans un petit bonnet de dentelle ouvragé sur lequel se ramènent les plis harmonieux d'un ample voile de blanc cachemire qui les enveloppe tout entières.
Et enfin il y a la musique, et la musique, quand elle n'est pas de M..., c'est toujours intéressant. L'orchestre est très simple : deux timbales, une flûte et trois harmoniums; le rythme plus simple encore : une imperturbable mesure à deux temps et un mouvement toujours le même; le premier harmonium suit servilement la voix et les modulations du chanteur, le deuxième tient l'accord fondamental de chaque mesure, le troisième dessine un accompagnement en battement de triolets, ce pendant que les timbales sonnent un peu à tort et à travers et que la flûte babille pour son propre compte, sans s'occuper le moins du monde des instruments voisins. Quant au chanteur, il prend cette singulière voix de tête, nasillarde et vinaigrée, qui reste si étrangement toujours la même dans les pays d'Orient.
L'ensemble est, au début, intéressant par sa bizarrerie même, il ne tarde pas à devenir fatigant
el monotone, d'autant plus que Toreille se rebille aux intervalles inaccoutumés qui la surprennent désagréablement et qu'elle reste heurtée et mécontente à la fin de chaque morceau, ne percevant pas les conclusions harmoniques auxquelles elle est habituée. De ce manque de conclusion, de cette succession d'intervalles inhabituels, résulte cette impression singulière, renouvelée à chaque air, que non seulement les ensembles paraissent faux aux oreilles, dressées aux conventions de notre gamme tempérée, mais encore que chacun des morceaux semble tourner court, couper net en son milieu la phrase mélodique, telle du moins que nous sommes habitués à en considérer le développement.
11 est bien probable que, si tous ces bons Parsis se trouvaient tout à coup transportés dans la salle du Conservatoire, un après-midi de dimanche, et s'ils écoutaient Texécution d'une symphonie de Beethoven, ils ressentiraient des impressions de mécompte et d'incompréhension très analogues à celles que j'éprouve en ce moment.
Et je me sens envahi de nouveau par ce sentiment poignant et pénible qu'avait éveillé en moi la vision de la barbare architecture des temples du Sud : de quel droit condamnerais-je cet art que je ne comprends pas, et qui donc me dit que