THEATRE PARSI
comme les autres, ils ont fui le fléau, et la plupart d'entre eux sont venus se fixer précisément à Hyderabad;ils ont tout emmené, leurs familles, leurs serviteurs, leurs chevaux, tout leur train de maison, — et aussi leurs plaisirs.
C'est ainsi que, dans le jardin de l'hôtel, sous une grande baraque en bambous, s'est installée « The Most exalted Bombay Parsi's Theater Company ». Voilà plusieurs nuits que les perçantes criailleries des acteurs et leur plus qu'étrange musique m'empêchent de dormir. Je me décide, ce soir, à aller voir et entendre de près ces gens que mes chaudes insomnies ont confondus dans leurs malédictions avec les moustiques, les souris, les lézards, avec les matelas durs comme la pierre, avec tout ce qui fait le cortège obligé du voyageur dans les hôtels indiens.
Pour trois roupies, je suis installé comme un grand seigneur dans une loge tout contre la scène, aussi bien que possible pour ne perdre ni un mot, ni un jeu de scène, ni une expression de physionomie; mais je ne suis guère plus avancé pour cela, car tous ces braves gens parlent hindoustani, et je ne comprends pas un traître mot.
Cela me rappelle (flocl une pierre dans la mare aux grenouilles!) certaines soirées du Théâtre de rOEuvre * : même incompréhension, même ahurissement, même sombre ennui! Et encore les acteurs ont ici Tair de comprendre ce qu'ils jouent, les décors sont d'une couleur originale, les costumes très somptueux, et quand, de la salle, partent des applaudissements, les spectateurs paraissent savoir pourquoi ils applaudissent. Nous voilà bien loin de « TOEuvre », n'est-il pas vrai?
Et puis la salle est beaucoup plus amusante à regarder. Plus d'hypothétiques vierges préraphaéliques, au teint bilieux, aux bandeaux et aux corsages plats, plus d'inquiétants éphèbes trop bien peignés, aux joues trop pâles, aux lèvres trop rouges, plus de néo-symbolistes, de néo-mystiques, de néo-impressionnistes, de néo-fumistes! De beaux Indiens aux riches vêtements, les doigts chargés de bagues, la tête coiffée de turbans chatoyants surmontés d'aigrettes où scintillent des pierreries, des marchands musulmans drapés dans de jolies mousselines aux tons lustrés et changeants, et surtout, naturellement, des Parsis : les hommes, vêtus à l'européenne, mais coiffés d'un étrange bonnet de toile cirée, en forme de mitre, qui leur